Ligue 1 : « Mediapro a été machiavélique »… Bientôt le clap de fin entre la LFP et le groupe sino-espagnol ?

FOOTBALL La conciliation menée entre la LFP et Mediapro prendra fin le 18 décembre et on se dirige vraisemblablement vers la fin de l’aventure française pour le groupe sino-espagnol

A.L.G, avec N.C

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Jaume Roures et Mediapro, bientôt de l'histoire ancienne ?
Jaume Roures et Mediapro, bientôt de l'histoire ancienne ? — FRANCK FIFE / AFP
  • La conciliation menée par Marc Sénéchal, nommé par le tribunal de commerce de Nanterre, serait sur le point de porter ses fruits.
  • Sauf retournement de situation de dernières minutes, la LFP devrait acter une rupture de contrat avec Mediapro avant la fin du mois de décembre.
  • Une fois ses droits TV récupérés, celle-ci pourrait alors les revendre en partie à Canal +, qui se tient prêt à faire une offre.

La LFP et avec elle tout le foot français ne sont pas encore sortis des ronces, mais au moins les choses se précisent. Empêtrée dans une affaire impossible après la décision de Mediapro, le principal diffuseur du championnat de France, de ne pas payer ses deux premières tranches de droits TV (172,3 millions en octobre et 152,2 millions en décembre) qu’il doit à la Ligue, celle-ci aimerait vite trouver une issue de secours. Il en va ni plus ni moins de la survie de bon nombre de clubs professionnels dans l’Hexagone. C’est en ce sens que les résultats du conseil d’administration de la LFP qui s’est tenu mercredi matin étaient très attendus.

Invité à venir faire un point sur la conciliation qu’il mène avec Mediapro depuis plusieurs semaines maintenant, Marc Sénéchal, le conciliateur nommé par le tribunal de commerce de Nanterre, a affirmé devant les membres du CA de la LFP que les négociations touchaient à leur fin. En effet, selon les dernières indiscrétions de nos confrères de L’Equipe, celui-ci aurait informé l’instance que ce mauvais feuilleton ne pouvait désormais plus avoir que deux issues : soit la LFP accepte les conditions qu’il a négocié avec Mediapro, à savoir un abandon du contrat liant les deux parties, contre la garantie pour le groupe sino-espagnol de ne pas être poursuivi en justice, soit le clash synonyme à la fois de faillite de Mediapro et d’une intense bagarre juridique qui pourrait durer des plombes.

La conciliation devrait porter ses fruits

« La position de Mediapro semble avoir évolué, note Pierre Maes, auteur du livre Le business des droits TV du foot. Au départ, ils expliquaient qu’ils n’avaient pas l’intention de se retirer, qu’ils souhaitaient juste renégocier les droits à la baisse. On peut donc dire qu’on avance… Un peu. On a compris aujourd’hui qu’il ne s’agissait en fait que d’un défaut de paiement. Et aujourd’hui la seule volonté de la LFP, c’est de se débarrasser de Mediapro et de récupérer ses droits. » Ce serait effectivement une bonne chose.

Mais quid des 324,5 millions d’euros non perçus pour la diffusion par Téléfoot des matchs de L1 et de L2 depuis le début de la saison ?L’Equipe avance que Vincent Labrune, le nouveau président de la LFP, qui ne serait pas loin d’opter pour la première solution (accepter la conciliation avec Mediapro), songerait tout de même à réclamer des indemnités à Jaume Roures et Mediapro. Un moindre mal pour Pierre Maes, qui s’étrangle en repensant à la stratégie du groupe télévisuel ces dernières semaines.

« Une indemnité ? Ça serait la moindre des choses, oui. Parce qu’il ne faut pas oublier dans tout ça que Mediapro a été machiavélique dans ce processus : ils ont utilisé une procédure [la conciliation via le tribunal de commerce de Nanterre] qui est là à l’origine pour sauver les boîtes en difficultés de la faillite, procédure qui a été renforcée avec le Covid-19, et Mediapro a profité de ça pour diffuser deux mois de Ligue 1 sans payer ! Ils ont abusé des droits que lui donnait cette procédure. Je serais la Ligue, j’examinerais en profondeur tous les moyens que j’ai pour "taper dedans". »

Canal+ attend le top départ

Ce n’est pas l’option envisagée à en croire les derniers bruits de couloirs après l’AG de mercredi. Et Canal dans tout ça ? Car si la LFP en vient à casser son contrat avec Mediapro, li va bien falloir que quelqu’un récupère le bébé. Pour le moment, la maison mère historique du foot français se tapit dans l’ombre, bien décidée à ne rien proposer tant que la LFP n’aura pas récupéré ses droits. Une posture on ne peut plus légitime selon l’expert des droits TV.

« Pour le moment il n’y a rien à acheter puisque les droits appartiennent toujours à Mediapro. Ils sont déjà bien gentils de se tenir prêt à reprendre le flambeau. » Pas au même coût, évidemment. Selon L’Equipe, Canal + pourrait mettre sur la table 590 millions d’euros (plus 100 millions de bonus liés à une hausse éventuelle de son nombre d’abonnements). « Ils sont en position de force et ne vont pas laisser passer l’occasion de corriger le marché et de le ramener à quelque chose de plus en adéquation avec la réalité du produit télévisuel qu’est le foot français », ajoute Maes.

Une forte baisse des droits TV à prévoir

C’est d’ailleurs peu ou prou ce qu’a annoncé Gérald Brice-Viret, le directeur des antennes et des programmes de Canal+, mercredi sur Europe 1 : « C’est fou cette histoire. Ils [Mediapro] vont nous mettre à terre la Ligue 1 alors que nous, on l’a magnifiée pendant plus de 30 ans. En tout cas Maxime Saada et tout le groupe Canal+, on sera là pour les aider, pour dialoguer avec eux mais il ne faut pas que les prix soient hors sol. » Vu le contexte quasi apocalyptique dans lequel s’est lui-même mis le monde du foot français, celui-ci n’est plus en position de négocier quoi que ce soit.

« Quand on signe un partenariat comme celui-ci, on s’engage, et donc les torts sont partagés », confirme Le député LREM des Alpes-Maritimes, Cédric Roussel, membre du groupe d’études sur « l’Economie du Sport » de l’Assemblée nationale qui a auditionné une bonne partie des acteurs de ce deal en mousse. « D’un point de vue du contrôle financier et du contrôle du modèle économique proposé par Mediapro, là il y a eu beaucoup trop de légèreté de la part des décideurs du foot français, souffle-t-il. C’est tout un état d’esprit qui est à revoir dans la manière dont ont été menées les négociations. » D’ici la fin de la conciliation, dont la date butoir a été fixée mercredi au 18 décembre, Mediapro et sa chaîne Téléfoot vont continuer de diffuser les matchs de Ligue 1, notamment le PSG-Lyon de dimanche. Son baroud d’honneur ? Ça y ressemble de plus en plus.