Match interrompu et joueurs unis contre le racisme… Retour sur une soirée qui fera date dans l’histoire du foot

PSG-BASAKSEHIR Le match entre le PSG et Basaksehir a été interrompu après des soupçons de racisme de la part du quatrième arbitre envers un adjoint du club turc

Aymeric Le Gall

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Le débrief du non-match PSG-Basaksehir — 20 Minutes
  • Arrêtée au quart d’heure de jeu, la rencontre entre Paris et Basaksehir n’a finalement jamais repris mardi soir.
  • Pierre Achille Webo, adjoint du club de Basaksehir, accuse le quatrième arbitre d’avoir eu des mots racistes à son encontre.
  • La soirée, marquée par de nombreux rebondissements en coulisses, fera date dans l’histoire du football et de la lutte contre le racisme.

Au Parc des Princes,

Et dire qu’à l’origine on avait juste bravé le froid de canard pour voir un simple match de foot… Mais de football, mardi soir, il n’en fut jamais question, ou si peu. La rencontre entre le PSG et le club turc de Basaksehir a tourné au scandale planétaire quand, peu après le quart d’heure de jeu, le quatrième arbitre a été accusé d’avoir tenu des propos racistes à l’encontre de Pierre Achille Webo, un membre du staff stambouliote, provoquant par là le refus général des joueurs et des staffs de reprendre le match. A l’arrivée, ce qui serait probablement tombé dans les oubliettes de l’histoire, sans les huis clos devenus la norme en Ligue des champions, va peut-être être à l’origine d’un grand ménage dans le monde du foot sur la question du racisme.

  • Le moment où tout bascule

On jouait la 13e minute de ce PSG-Basaksehir, mardi soir, quand le staff turc s’est levé d’un seul homme pour protester après un tacle appuyé de Kimpembe sur Gulbrandsen. Du haut de la tribune de presse, ça faisait quelques minutes déjà qu’on trouvait le banc de Basaksehir passablement chaud, se plaignant notamment des deux jaunes reçus par ses joueurs en début de rencontre.

Les esprits s’échauffent, le quatrième arbitre, Sebastian Coltescu, appelle le juge central et lui demande de sanctionner l’adjoint d’Okan Buruk, l’ancien international camerounais Pierre Achille Webo. Problème, quand l’arbitre lui demande de lui désigner une deuxième fois l’élément perturbateur côté turc, Coltescu lui aurait répondu « Ala negru » (« Le noir », en roumain). Sur ces mots, Webo explose. « why he said "negro" ?? why he said "negro" ? », hurle-t-il une bonne dizaine de fois. La soirée vient de basculer.

  • Les Parisiens solidaires de leurs adversaires

Outrés par ce qu’ils viennent d’entendre, les membres du staff de Basaksehir et les remplaçants, Demba Ba en tête, entourent les arbitres et tentent d’obtenir des réponses, bientôt rejoints pas les joueurs du PSG. En pleine causerie avec l’arbitre central, Mbappé est formel, « on ne peut pas rejouer avec ce type ». En retrait, l’entraîneur turc Okan Buruk refuse d’entendre les explications de Sebastian Coltescu, le paria du soir. « On ne vous tolère pas ici, coupe-t-il court. Vous êtes raciste ». Plus loin, un de ses adjoints en rajoute une (grosse) couche : « C’est pas la Roumanie ici. Ici c’est la Ligue des champions. » Combat de finesse entre les deux camps…

  • Demba Ba mène la contestation

Pas le dernier quand il faut aller au mastic pour dénoncer le racisme dans le foot, Demba Ba prend vite les choses en mains. Sebastian Coltescu essaye de lui expliquer qu’il a simplement voulu désigner Pierre Webo en disant « ce noir », mais la pilule est difficile à avaler. « Mais quand vous parlez d’un joueur blanc, vous ne dites pas "ce blanc". Donc quand vous parlez d’un homme noir, pourquoi vous dites "cet homme noir" ? », lui demande-t-il les yeux dans les yeux, avant d’ajouter, blasé, « marre de ces conneries, on était là pour jouer au foot… » Après quelques échanges avec les francophones du PSG, le natif de Sèvres invite tout le monde à rentrer aux vestiaires, fini de rigoler. Kimpembe valide, « on rentre, on rentre. C’est tout, on rentre ».

Le match PSG-Basaksehir a été interrompu pour soupçon d'insultes racistes de la part du quatrième arbitre.
Le match PSG-Basaksehir a été interrompu pour soupçon d'insultes racistes de la part du quatrième arbitre. - FRANCK FIFE / AFP
  • Les échanges se poursuivent en coulisses

A partir de là, c’est le trou noir. Plus aucune information ne nous sera communiquée officiellement, et c’est uniquement par les réseaux sociaux et grâce aux rares journalistes TV présents en coulisses qu’on arrive à comprendre tant bien que mal ce qui est en train de se jouer en coulisses. Selon différentes sources, les échanges ont continué dans les travées du Parc des Princes et l’UEFA a un temps envisagé une reprise du match à 22 heures, sans la présence de Sebastian Coltescu. Il se murmure que l’idée de l’instance européenne était de le remplacer par l’un des arbitres présents dans le camion de la VAR. Soirée système D.

Selon les informations de nos confrères de RMC, Demba Ba aurait proposé aux 22 acteurs de reprendre la rencontre, et, pour marquer le coup, de revenir sur la pelouse du Parc main dans la main, unis contre la bêtise. Proposition refusée par certains joueurs – des deux côtés - visiblement décidés à vraiment marquer le coup. Au même moment, Kylian Mbappé et Presnel Kimpembe tweetaient depuis les couloirs du Parc « No to racism », le numéro 7 parisien ajoutant un message de soutien à Achille Web (« M.WEBO WE ARE WITH YOU »). Quelques minutes plus tôt, le community manager de Basaksehir publiait, non sans une pointe d’ironie, le slogan et la photo que l’UEFA utilise lors de ses campagnes contre le racisme.

Les joueurs de Basaksehir quelques minutes avant de quitter le Parc des Princes.
Les joueurs de Basaksehir quelques minutes avant de quitter le Parc des Princes. - FRANCK FIFE / AFP
  • L’UEFA se décide enfin à communiquer

A ce moment-là, alors que certains joueurs de Basaksehir préparaient déjà leurs sacs pour rejoindre leur bus, l’UEFA n’avait toujours pas publié le moindre communiqué officiel. Celui-ci tombera sur les coups de 23 heures 30, en même temps que l’annonce du report du match au lendemain, mercredi, à 18 heures 55. « L’UEFA est consciente de l’incident qui a eu lieu ce soir en Champions League lors du match entre Paris et Istanbul Basaksehir. Elle mène une enquête approfondie. Le racisme et les discriminations, sous toutes leurs formes, n’ont pas de place dans le football », peut-on lire ce la part de l’instance.

  • Un match qui doit servir pour la suite

Il faut bien se rendre compte d’une chose, nous avons assisté mardi soir à un moment qui fera date dans l’histoire du football et de sa lutte contre toutes formes de racisme et de discriminations. Jusqu’ici, jamais un match d’une telle importance n’avait été arrêté pour des faits liés au racisme. Mardi soir, en mondiovision, joueurs et staffs réunis ont dit stop d’une seule voix. Et si c’était un acte fondateur ?