Manchester United - PSG : A 28 ans, Verratti est-il à un tournant de sa carrière ?

FOOTBALL Indispensable au milieu à Paris, Marco Verratti donne pourtant l'impression de ne pas avoir fait tout ce qu'il fallait pour devenir l'un des meilleurs joueurs au monde

Aymeric Le Gall

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Verratti l'oiseau de nuit lors de l'anniversaire de Neymar en février dernier.
Verratti l'oiseau de nuit lors de l'anniversaire de Neymar en février dernier. — Zakaria ABDELKAFI / AFP
  • De retour de blessure, Marco Verratti devrait être précieux pour aider le PSG à l’emporter contre Manchester United mercredi.
  • Elément incontournable du PSG depuis des années, l’Italien n’a pourtant pas toujours fait les efforts qu’une carrière de très haut niveau exige.
  • A 28 ans, le milieu parisien a encore le temps d’atteindre le niveau que tout le monde lui prédisait à son arrivée en France en 2012, mais il ne faut plus traîner en route.

Et la lumière fut. Alors que les Parisiens venaient de passer une bonne heure et quart à jouer à colin-maillard et à se prendre les murs de partout contre Leipzig – notamment au milieu du terrain –, Marco Verratti a déboulé comme un cheveu sur la soupe, armé de sa lampe frontale pour rallumer le Parc des Princes. On n’est pas fan du « tout statistique », mais il faut parfois savoir se taire et laisser parler les chiffres. En treize petites minutes de jeu contre Leipzig, et alors qu’il revenait tout juste de blessure, le Petit Hibou a gratté presque autant de ballons que les trois du milieu réunis (8 pour Verratti, 10 pour le trio Paredes-Danilo Pereira-Herrera).

De quoi espérer voir un meilleur PSG, mercredi soir à Old Trafford, face à Manchester United ? La question ne se pose pas pour l’ancien Parisien Eric Rabesandratana. « Évidemment que, de par son talent et son intelligence de jeu, il t’apporte tout ce que ne t’apportent pas les autres. Il n’y a pas débat. Est-ce que le PSG est meilleur avec Marco Verratti ? Oui, c’est évident. » Là où la question se pose en revanche, surtout quand on regarde la manière avec laquelle son entrée en jeu a transfiguré le PSG ce soir-là, c’est sur ce que Paris et Verratti auraient pu devenir ces dernières années si l’Italien n’avait pas manqué autant de match, soit à cause des blessures soit à cause de son côté sale gosse avec le corps arbitral.

Une grosse centaine de matchs manqués

« Peut-être que le PSG aurait déjà gagné la Ligue des champions ou au moins aurait fait de meilleurs parcours », réfléchit le consultant pour France Bleu Paris. S’il n’y a pas forcément grand intérêt à se casser la soupière en conjectures inutiles, le constat se pose là : depuis son arrivée dans la capitale à l’été 2012, Marco Verratti aura manqué 131 rencontres avec le PSG. CENTRE TRENTE-ET-UNE ! « Soit à peu près le nombre de matchs que j’ai joué en quatre ans de carrière au PSG », se marre Rabé. Résumons le palmarès de ses absences.

  • Blessures et autres pépins physiques : deux opérations pour soigner une pubalgie (en 2016 et en 2018), une déchirure musculaire, deux blessures à une malléole, deux gros problèmes au mollet, un problème à un quadriceps, le tout agrémenté de douleurs récurrentes aux ischios.
  • Craquage et autre cartons (souvent) couillons : 99 avertissements, 5 cartons rouges et un nombre incalculable de suspensions.

Au total, sur huit saisons parisienne, l’Italien aura été absent 384 jours. TROIS-CENT QUATRE… Enfin bon, vous avez compris l’idée. Le plus frustrant là-dedans, c’est qu’on sait plus ou moins où le bât blesse. A Paris, Verratti est au moins aussi connu pour son talent hors norme que pour son goût de la vie nocturne. D'ailleurs, on ne résiste pas à l'envie de vous partager cette scène, relatée par L'Equipe fin novembre, quand Thomas Tuchel est tombé nez à nez avec son joueur dans un club parisien quelques heures après un match au Parc... Et quatre jours avant d'affronter Liverpool !

Le coach lui fait comprendre que ce n'est pas très pro, qu'il l'avait justement remplacé en cours de match pour le ménager avec le choc face aux Reds, la tirade classique en somme. Mais Marco ne se démonte pas et lui rétorque : « Oh, ça va ! J'allais partir. Mais toi non plus ce n'est pas sérieux, tu es le coach, tu dois montrer l'exemple ». Bien envoyé, mais d'une culotté tout à fait remarquable quand on connaît la réputation de l'animal. 

« Tu ne peux pas être derrière lui toutes les deux secondes »

Au bout du fil, Steve Savidan, un autre fêtard assumé, prend les choses en main : « Je pense qu’il y a un manque d’exigence avec lui au Paris Saint-Germain, et c’est un mec qui n’a pas tout le temps été exigeant avec son corps qui vous le dit ! Moi, à partir du moment où j’ai pris conscience de ça, ou j’ai décidé d’être performant (à ma juste hauteur de compétence et dans le club où j’étais) j’ai mis les moyens pour y arriver. Je ne me suis par exemple jamais blessé musculairement de toute ma carrière, et pourtant j’aimais la vie (rires). J’ai mis des process médicaux et physiques en place pour pallier à ça. Mais encore faut-il en avoir conscience. De sortir après un match et, disons-le honnêtement, de s’en prendre une, c’est pas ça qui est fondamentalement grave. Le problème c’est si tu ne fais rien pour compenser ça. »

Or, comme le notait un habitué du Camp des Loges dans L’Equipe fin novembre, « le problème de Marco c’est qu’il n’a pas l’hygiène de vie d’un sportif de haut niveau ». Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. De Carlo Ancelotti à Laurent Blanc en passant par Unai Emery ou Thomas Tuchel, tous ont un jour essayé de domestiquer le petit démon sur l’épaule du joueur. En vain.

« Après il ne faut pas non plus le fliquer 24h sur 24, tempère Savidan. L’idée c’est simplement de trouver le bon dosage, le bon équilibre, afin que le mec se sente bien. S’il a besoin d’aller manger au restaurant tous les soirs, de voir des potes ou de sortir boire des coups pour se sentir pleinement épanoui dans son travail, pas de problème. La question c’est : qu’est-ce que tu mets en place derrière pour pallier cette débauche d’énergie ? »

Entré en jeu en fin de match contre Leipzig, Marco Verratti a montré à quel point il était indispensable à cette équipe.
Entré en jeu en fin de match contre Leipzig, Marco Verratti a montré à quel point il était indispensable à cette équipe. - VS Press/SIPA

Peut-on blâmer le PSG dans cette affaire ? « C’est difficile à dire, tu ne peux pas non plus être derrière lui toutes les deux secondes, juge Rabesandratana. Le mec s’il ne comprend pas qu’il aurait pu faire une meilleure carrière, à un moment donné c’est aussi son problème. » Lui, en tout cas, n’attend plus grand-chose du côté du joueur : « Il aurait déjà changé sinon. S’il n’a pas compris aujourd’hui, à 28 ans, au moment où t’es censé atteindre le sommet de ta carrière, il ne le comprendra jamais. Comme tu ne peux plus t’attendre à ce qu’il prenne moins de cartons ou qu’il change son comportement sur un terrain avec les arbitres. »

Il n’est pas trop tard pour rectifier le tir

Reconverti dans l’accompagnement mental des sportifs de haut niveau, Steve Savidan préfère quant à lui croire que tout n’est pas encore joué. « Le pic d’une carrière, il commence dans la plupart des cas vers cette tranche d’âge là, c’est autour des 27-28 ans. Tout le monde est unanime là-dessus sans qu’on sache vraiment comment expliquer cela. C’est un mélange de maturité et d’expérience. Bon ben lui il a 28 ans, il peut encore devenir le meilleur milieu de terrain au monde dans les cinq années à venir. Et sur les trois années qui viennent, il peut gagner la Ligue des champions, l’Euro et la Coupe du monde, c’est pas mal comme perspective ! Après s’il ne prend pas conscience qu’il a devant lui de super objectifs à atteindre, bon… Ce qui est sûr c’est qu’il a encore le temps de se mettre un coup de pied au cul. »

Vu d’Italie, la situation de l’ancien de Pescara ne fait pas lever beaucoup de sourcils. « Comme il n’a jamais joué en Série A et que les Italiens ne regardent pas beaucoup le championnat de France, il a un peu disparu des radars, note Paolo Tomaselli du Corriere della Sera. Après, il a fait partie de la renaissance de la sélection avec Mancini, mais depuis d’autres très bons jeunes milieux de terrain sont arrivés (Locatelli, Tonali, Pellegrini) et c’est vrai qu’on parle moins de lui. » Pour le journaliste transalpin, le milieu parisien a « peut-être perdu un peu de cette faim qui fait l’essence des grands champions ». « Verratti c’est typiquement le genre de joueur que tu regardes et tu te dis "putain mais il a tout", conclut Steve Savidan. Et puis, des années après, tu regardes et tu vois qu’il n’a pas progressé autant que tu l’imaginais... C’est dommage parce que c’est quand même un formidable joueur ».