Equipe de France : « De base, je ne voulais pas faire de foot »... La belle histoire derrière la première licence de Camavinga

FOOTBALL Bientôt international, Eduardo Camavinga n’aurait peut-être pas connu la carrière qui est la sienne aujourd’hui sans l’œil avisé de l’animatrice périscolaire de l’école élémentaire de Fougères

Aymeric Le Gall

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Eduardo Camavinga pourrait faire ses grands débuts en bleu face à la Suède samedi.
Eduardo Camavinga pourrait faire ses grands débuts en bleu face à la Suède samedi. — FRANCK FIFE / AFP
  • Appelé par Didier Deschamps pour remplacer un Paul Pogba testé positif au Covid-19, le jeune Rennais Eduardo Camavinga pourrait connaître sa première sélection face à la Suède samedi.
  • Hyperdoué balle aux pieds dès son plus jeune âge, le garçon avait pourtant commencé par s’inscrire dans un club de judo.
  • Mais c’était sans compter sur Fatima Ali, éducatrice à l’école élémentaire de Fougères, qui a convaincu les parents du jeune homme de l’inscrire au football.

« Il pose ses mains sur son adversaire, la manche est prise, c’est bon. La hanche devant, voilà gamin ! Allez il faut enchaîner maintenant, OUUUUIIIIIIIIIIII LE IPPON DE DERRIERE LES FAGOTS !!! C’est qui l’patron ? ! C’est Eduardo Ca-ma-vin-ga ! A 17 ans seulement, le jeune licencié du dojo de Fougères est champion de France et pose certainement là son rond de serviette à la table des grands judokas tricolores, magnifique ! »

Voilà, ça c’est ce que vous auriez pu lire si, à 6 ans, le jeune Eduardo Camavinga n’avait pas tapé – balle aux pieds – dans l’œil de Fatima Ali, l’animatrice périscolaire de l’école élémentaire de La Chattière, à Fougères (Ile et Vilaine), où le gamin vit avec ses parents depuis leur départ d’Angola en 2003. Enfin, même si rien ne dit que le jeune homme serait devenu aussi fort au judo – son premier amour sportif – qu’au foot (on n’a malheureusement pas réussi à joindre le club dans lequel sa maman l’avait inscrit à l’époque), on a choisi de faire de cette fiction un remake triomphal de ce qui arrive au footballeur du Stade Rennais, convoqué pour la première par Didier Deschamps en équipe de France pour affronter la Suède et la Croatie en Ligue des nations.

« Je l’ai eu dès le CP et c’est vrai qu’à cette époque-là, il avait 6 ans, ses parents l’avaient inscrit au judo puisque son grand frère en faisait lui aussi. Le foot, ce n’est pas que ce n’était pas son truc, c’est juste qu’il n’y jouait que dans la cour de récré de l’école, pas en club », se souvient celle qui travaille encore aujourd’hui à l’école à Fougères. C’est à ce moment-là que la vie du garçon va basculer.

Un destin, deux versions

Pourtant, à l’heure de partir en quête d’infos sur les premiers pas de footballeur de Camavinga​, c’est une autre histoire qui nous est contée. « Il faisait du judo, il n’aurait jamais dû jouer au foot, il ne voulait pas. C’est sa mère qui l’a inscrit parce qu’il habitait dans le quartier à côté du stade et qu’il cassait tout dans la maison en jouant au foot ! Elle en a eu marre, elle est allée voir Yannick Courteille et Michel Souty (alors éducateurs au Drapeau de Fougères) et leur a dit : « Prenez-le au foot, comme ça, il ne cassera plus rien dans le salon ! », racontait Nicolas Martinais, un proche de la famille Camavinga, à nos confrères de Ouest-France en mai 2019.

Mais dans sa vidéo de présentation sur le site de la FFF, le joueur rectifie : « De base je ne voulais pas faire de foot, je voulais faire du judo [jusqu’ici les deux versions concordent] comme mon frère. Sauf qu’à un moment, j’étais à l’école et je faisais tout le temps du foot. Et les surveillantes ont dit à ma mère de m’inscrire au foot, c’est là que tout a commencé. » Pour un journaliste, entendre ça c’est comme dire à un enfant qu’il y a des bonbons cachés quelque part dans la maison » Niveau de curiosité maximale activé. La suite, c’est du gâteau : une petite recherche sur Google Map et quelques coups de fils aux écoles du coin plus tard, bingo, nous avons retrouvé la fameuse surveillante/dénicheuse de talent.

« C’est pas possible d’être aussi doué à 6 ans ! »

« Je savais qu’il faisait du judo, mais il était tellement doué au football que ça aurait été dommage de ne pas tenter le coup », raconte Fatima Ali, « fan de foot », et dont les souvenirs du jeune Eduardo sont encore bien vivaces. « Quand on faisait des rencontres interécoles, c’était un régal de le voir jouer. Il faisait tout, il dribblait, il attaquait, il défendait, il courait dans tous les sens. Il pouvait même faire tout le terrain tout seul et avec les collègues on se disait " mais c’est pas possible d’être aussi doué à 6 ans ! ", se remémore l’animatrice périscolaire. Dans la cour de récré, il était obligé de jouer avec les grands parce que quand il était avec les enfants de son âge, les CP-CE1, ils ne voyaient jamais le ballon (rires) ! Mais même les CM2 il les dominait largement en fait. »

Curieuse de voir ce que ce môme incroyablement doué pour son âge pense du football et de son niveau de jeu, Fatima entame la discussion.

« Il me disait que ses parents l’avaient inscrit au judo, que ça lui plaisait bien mais qu’il faisait ça parce que son frère aussi en faisait. Un jour, rembobine Fatima, il m’a raconté qu’il aimerait bien faire du foot en club mais qu’il n’osait pas trop en parler avec sa famille. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, que j’allais m’en charger. J’ai servi d’intermédiaire en fait ! »

Notre scout du dimanche poursuit : « On en a discuté avec les collègues et quand ses parents sont venus à l’école un jour, j’ai dit à la maman "Quand Eduardo est avec un ballon, on voit qu’il est heureux, que c’est son truc". Je lui ai demandé si elle ne pensait pas l’inscrire en club pour voir ce que ça donne. Avec ce talent, ç’aurait été dommage de ne pas tenter le coup. Voilà, tout a commencé comme ça. Quelques jours plus tard, il est venu me voir et il m’a dit "Fatima, merci, mes parents m’ont inscrit [au Drapeau de Fougères] !". Il était ravi. Un jour ses parents sont revenus me dire qu’Eduardo était épanoui, que son sac pour l’entraînement du mercredi était prêt dès le lundi. »

Bonne pioche. Si elle continue toujours de suivre sa petite pépite à la télé, Fatima admet qu’il est plus difficile aujourd’hui d’avoir des nouvelles de l’adolescent. Samedi, elle sera devant Suède-France pour voir si son crackito honore sa première sélection en bleu. « Voir mon petit en équipe de France, ce serait incroyable ! », s’enthousiasme-t-elle. Il va pourtant falloir s’y habituer.