Coronavirus : « C’est très très bizarre »… Alors, ça a donné quoi la Bundesliga version Covid-19 ?

FOOTBALL Le championnat allemand a repris samedi, plus de deux mois après l’arrêt de toutes les compétitions à cause de la pandémie de coronavirus

N.C.

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Le joueur de Nuremberg Torwart Christian Mathenia lors du match contre St. Pauli en Bundesliga, le 17 mai 2020.
Le joueur de Nuremberg Torwart Christian Mathenia lors du match contre St. Pauli en Bundesliga, le 17 mai 2020. — Tim Groothuis/action pres/SIPA
  • Après plus de deux mois d’arrêt, la Bundesliga a repris samedi.
  • Il s’agit du premier championnat a organisé à nouveau des matchs depuis le début de la pandémie de coronavirus.
  • L’expérience a été globalement réussie, même si l’ambiance, forcément, est très bizarre du fait du protocole sanitaire particulièrement lourd.

Tous les regards étaient tournés vers l’Allemagne, ce week-end. Premier championnat à reprendre, quand d’autres ont déjà sifflé la fin (France) ou s’interrogent toujours sur la meilleure manière de procéder (Angleterre, Italie, Espagne), la Bundesliga a rappelé à l’Europe ce qu’était un match de foot, plus de deux mois après la suspension de toutes les compétitions à cause du coronavirus. Plus exactement, elle a montré ce à quoi pourrait ressembler le foot pendant encore de nombreuses semaines.

Car le jeu a repris, certes, mais il va falloir du temps à tout le monde pour s’habituer au nouveau décor imposé par le Covid-19 : des tribunes vides, des entrées sur le terrain séparées pour les équipes, des ballons régulièrement désinfectés, des remplaçants masqués et espacés sur leur banc et des célébrations de buts baroques, entre envie de marquer le coup et respect de la distanciation sociale.

Bref, l’ambiance est assez surréaliste. « Il n’y a aucun bruit, tu tires au but, tu fais une super passe, tu marques, et rien ne se passe, c’est très très bizarre », décrit Lucien Favre, coach du Borussia Dortmund qui a lancé la journée en étrillant son rival Schalke, 4-0. « La journée était un peu bizarre. Je suis quelqu’un d’émotif, j’aime bien prendre un joueur dans les bras, ce que je ne pouvais évidemment absolument pas faire », raconte pour sa part Uwe Rösler, l’entraîneur de Dusseldorf.

Déjà qu'être remplaçant c'était pas très fun...
Déjà qu'être remplaçant c'était pas très fun... - Martin Meissner/AP/SIPA

De ce point de vue, certains joueurs ont laissé les vieux réflexes ressurgir. La bise entre Boyata et Grujic, les deux joueurs du Herta Berlin, n’est par exemple pas passée inaperçue. Pas de quoi non plus entraîner des sanctions, selon la Ligue allemande, seuls « des conseils » ayant été donnés aux acteurs. Cela pourrait toutefois changer. Dimanche, le chef du gouvernement de Bavière Markus Söder – dont l’avis pèse, puisqu’il peut comme tous les responsables régionaux interdire les manifestations sportives sur son territoire – a suggéré de « renforcer les consignes » avant la prochaine journée pour empêcher que ce genre de scène ne se reproduise. « Le football a une très importante fonction d’exemplarité », a-t-il rappelé, même s’il a estimé que l’expérience de ce week-end était « une réussite ».

La Bundesliga a gagné le droit de revenir la semaine prochaine

Côté terrain, le spectacle a été assuré avec 20 buts inscrits, en attendant le résultat final d’Union Berlin-Bayern Munich ce dimanche soir. On notera la belle performance du duo français Plea-Thuram, qui a permis à Mönchengladbach de s’imposer à Francfort et de s’emparer de la troisième place, derrière le Bayern et Dortmund. Le manque de rythme s’est quand même fait ressentir un peu partout, avec quelques joueurs cramés à la demi-heure de jeu. Comme un match de reprise, mais en plein milieu de la saison.

« C’était un match différent de d’habitude. C’est difficile de juger, d’ailleurs, si c’était un bon match ou non, note ainsi Lucien Favre. Ce n’était pas aussi engagé que ce qu’on avait prévu. » « C’était une longue pause de plusieurs semaines, durant laquelle nous ne pouvions pas travailler sur des situations de match. Tout ne colle pas encore parfaitement », estime l’attaquant de Leipzig, Yussuf Poulsen.

L’un des enjeux des prochaines journées sera de gérer les blessures, qui risquent de se multiplier avec l’enchaînement des matchs. Et ce même avec la nouvelle règle des cinq changements autorisés par rencontre. Si tout cela reste fragile, le foot allemand a en tout cas gagné le droit de revenir la semaine prochaine… pour le plus grand bonheur des fans, qui étaient apparemment en manque. Sky Allemagne a battu ses records d’audience, attirant samedi plus de six millions de téléspectateurs, soit près du double de ses scores habituels.