Thierry Laurey, coach du Racing club de Strasbourg.
Thierry Laurey, coach du Racing club de Strasbourg. — VALERY HACHE / AFP

FOOTBALL

Coupe de la Ligue: «Fin tacticien» mais «pas magicien», à quoi ressemble la patte Thierry Laurey?

Le coach du Racing développe ses idées à la veille de la finale Strasbourg-Guingamp en Coupe de la Ligue samedi

  • Avant la finale Strasbourg-Guingamp en Coupe de la Ligue samedi, « 20 Minutes » s’est penché sur le jeu façon Thierry Laurey.
  • « Fin tacticien » selon son adjoint ou ses joueurs, le coach du Racing est connu pour son 4-4-2 en losange. Mais il n’hésite pas à avoir « un plan A, un plan B, un plan C » pour évoluer au fil du match.

Il dessine trois croix et deux flèches sur un bout de feuille : « On a nos trois défenseurs axiaux. Si un des trois avance à un moment donné pour aller chercher un joueur qui est là, libre, on sait que cet espace dans son dos va être de suite utilisé. Si tu ne t’organises pas pour compenser, t’es mort ! Je n’interdis pas aux joueurs les initiatives, mais il faut être là derrière », pointe du doigt Thierry Laurey, à la veille de Strasbourg-Guingamp en finale de Coupe de la Ligue samedi (21 heures).

Le coach du Racing aime parler jeu ; du reste un peu moins. Mais alors, lancé sur cette question, le Strasbourgeois peut être intarissable. Pas étonnant, tant il a de choses à dire selon son joueur Pablo Martinez : « Tactiquement et footballistiquement parlant, Thierry Laurey est au top parce qu’il connaît tout sur le bout des doigts. Il sait exactement comment l’équipe adverse va jouer, comment on peut s’adapter et embêter tout le monde. C’est un gros bosseur qui, entouré de son staff, arrive à nous permettre d’avoir les clés pendant les matchs ».

Du spectacle, des émotions

Le coach reconnaît que son collectif sort parfois de la ligne directrice définie, mais force est de constater que les équipes de Thierry Laurey, du Gazélec au Racing, sont plaisantes à regarder jouer. En d’autres termes, ceux de Youssouf Fofana : « Ça a une gueule comment on joue non ? » Thierry Laurey sourit : « C’est un jeune… ». Et poursuit : « On veut offrir du spectacle. J’avais dit ça quand je suis arrivé à Strasbourg, je me suis aperçu que ça pouvait être un peu prétentieux. La dernière fois qu’un entraîneur avait dit ça, enfin celui dont je me rappelle, il était viré quatre mois après ».

Même si Strasbourg se caractérise par sa force offensive (meilleure attaque de Ligue 2 en 2017, actuellement troisième attaque de Ligue 1), le coach définit le spectacle surtout « comme des émotions. J’estime que les gens qui viennent au stade payent leur place pour vivre des émotions. A un moment donné, t’es obligé de leur donner. C’est pas en te mettant dans tes 16 mètres à attendre que ça va venir. Les choses il faut aller les provoquer un petit peu pour qu’on puisse gagner le match ou ne pas le perdre. Avec tes moyens bien entendu, tout en sachant que ça ne marchera pas à tous les coups. Je veux que les garçons soient imprégnés de ça ».

« Quelqu’un d’exigeant »

Difficile de reprocher à son équipe d’être généreuse. « Oui, mais c’est un peu ce qui a failli nous coûter cher l’année dernier. On était tellement généreux qu’on oubliait certains principes défensifs. On attaquait tellement en nombre que quelques fois on oubliait qu’il y allait peut-être avoir un contre dans les cinq secondes », souligne celui qui se satisfait désormais de voir son équipe ne pas avoir pris plus de deux buts cette saison.

Les principes, Thierry Laurey y tient. « C’est quelqu’un d’exigeant, renchérit son adjoint Fabien Lefèvre. Il sait ce qu’il veut, il est dans le détail au mètre près. Il voit tout avant les autres. Joueur déjà : il n’allait pas vite (Sourire), il était obligé de s’adapter et de jouer en fonction de ses qualités. Comme c’est quelqu’un d’intelligent, il savait s’adapter. Et en tant qu’entraîneur c’est la même chose. »

« Je n’hésite pas à tenter des coups »

A l’instar de Pablo Martinez ou Adrien Thomasson, Fabien Lefèvre trouve que Thierry Laurey est « un fin tacticien ». Qu’en pense le principal intéressé ? « Ce sont toujours des choses qui m’ont plu. Par exemple, je joue au tarot, mais je ne joue jamais de la même façon. A un moment donné, les adversaires il faut les leurrer. Et quelques fois, il faut prendre des risques. J’essaye toujours d’avoir toutes les ficelles et de faire le mieux possible. Mais je n’hésite pas à tenter des coups, c’est clair ! Il ne faut pas avoir peur de créer un déséquilibre. Pour attaquer, il faut surprendre l’adversaire. Maintenant il faut que ce soit un déséquilibre organisé. »

Quitte à se planter parfois parce que, il le dit, ça fait partie du jeu : « Il faut avoir l’humilité de reconnaître ses erreurs et de changer son fusil d’épaule. Il faut avoir un plan A, un plan B, un plan C… ». Le tacticien prend alors le match le plus significatif à ses yeux cette année, Lille à la Meinau (1-1) : « L’objectif était d’arriver à 0-0 à la mi-temps mais être menés d’un but, ce n’était pas grave non plus. On l’avait dit avant le match donc les garçons n’ont pas paniqué. En deuxième mi-temps, je sors un milieu pour faire rentrer un attaquant supplémentaire. Quand tu reviens à 1-1, tu vois que t’es pas mal et tu te dis ‘on peut passer à quatre derrière’. Les conditions du match font que ça peut évoluer. »

Un 4-4-2 en losange et puis ?

La méthode Laurey « c’est s’adapter à son équipe » et « regarder le contenu du match ». Et la patte Laurey alors ? Son fameux 4-4-2 en losange ? « C’est le système qui nous a permis de jouer au Gazélec, et de monter de L2 en L1 à Strasbourg. Mais c’est une fausse idée parce qu’il doit faire partie des entraîneurs qui utilisent le maximum de systèmes et qui dans un match sont capables de changer de tactique », répond son adjoint. Et Thierry Laurey d’abonder : « Le losange a été ma marque de fabrique en Ligue 2, c’est vrai. L’an dernier, on avait changé déjà. Cette saison, on a joué Nantes en losange mais ça a duré 25 minutes tellement on défendait mal. »

La saison dernière par exemple, selon le livre 38 leçons de maintien du data-journaliste Jeoffrey Voltzenlogel, le Racing avait principalement utilisé trois systèmes différents : le 4-4-2 en losange pendant 20 matchs (pour 25 % de victoires), un 4-3-3 et un 4-2-3-1 pour le reste de la saison (pour respectivement 12,5 et 28 % de succès). Le coach réfute toutefois l’idée d’être « un magicien. Je ne vais pas inventer des choses, je suis là pour être le plus efficace possible ». Il ne demande guère plus pour la finale samedi.