Arsenal-Rennes: Frilosité, manque d’impact et peur de l’évènement… C’était quoi cette première mi-temps infâme?

FOOTBALL Le Stade Rennais doit en partie son élimination à une première période en-dessous de tout

Aymeric Le Gall

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Rennes n'a quasiment pas existé au match retour à Arsenal.
Rennes n'a quasiment pas existé au match retour à Arsenal. — Ian KINGTON / AFP
  • Le Stade Rennais s’est fait sortir en 8es de finale de Ligue Europa après une défaite (3-0) sur la pelouse d’Arsenal.
  • La première mi-temps des hommes de Julien Stéphan n’a clairement pas été à la hauteur jeudi soir et a causé l’élimination des Bretons.
  • Avec l’aide des joueurs, on a tenté de comprendre ce qui avait bien pu se passer.

De notre envoyé spécial à Londres,

La jurisprudence PSG n’aura finalement servi à rien… Si le Paris Saint-Germain a beaucoup déçu ces dernières années en Ligue des champions, au moins ces éliminations auraient pu servir aux autres clubs français engagés en coupe d’Europe afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Raté. Malgré un joli petit matelas de deux buts d’avance glané lors du match aller au Roazhon Park contre Arsenal, les Bretons ont eux aussi eu droit à leur remontada version british.

La défaite (3-0) à l’Emirates Stadium et l’élimination en 8es de finale de Ligue Europa, les Bretons la doivent en grande partie à une première période que l’on peut qualifier au mieux d’insipide, au pire d’infâme. Si le Stade Rennais a fait souffler un petit vent de fraîcheur sur le football français en coupe d’Europe et a gagné le respect et la sympathie de tout un pays, cela ne doit pas nous empêcher de jeter un regard lucide sur la déroute rouge et noire en première période.

Quinze minutes en enfer

Clément Grenier n’a pas eu besoin de remonter jusqu’à la remontada barelonaise face au PSG pour savoir qu’une qualif’ ne s’acquiert qu’après avoir joué les deux matchs, aller et retour, avec le même sérieux et la même intensité. Le PSG-Manchester d’il y a deux semaines suffisait. « Il ne faut surtout pas s’enflammer parce que ça peut arriver (l’élimination malgré une belle victoire à l’aller) même aux grandes équipes, on l’a vu avec Paris l’autre soir, déclarait-il au soir de la victoire sur les Gunners. Il faut rester focalisé sur ce qu’on veut faire à Arsenal au retour car on sait que ça va être difficile là-bas. » Ça l’a été, c’est rien de le dire.

A peine le coup d’envoi sifflé jeudi soir dans le nord-est de Londres, les Rennais ont pris un bouillon phénoménal. Dépassés dans les duels, à la ramasse au marquage, invisibles devant, les hommes de Julien Stéphan n’ont pas mis plus de cinq minutes avant d’encaisser le premier pion par Aubameyang. Or, dans ces matchs retour à l’extérieur, et encore plus quand on a un avantage à défendre, l’objectif est de ne surtout pas laisser l’adversaire emballer le match et le public s’embraser. Malheureusement ce fut le cas et, d’habitude plutôt taciturne, les supporters d’Arsenal ont très vite et très fort poussé leur équipe vers un come-back… Dix minutes plus tard, sur un centre en cloche du même PEA (hors-jeu mais non signalé), le jeune Maitland-Niles claquait un coup de boule et faisait chavirer le stade.

En zone mixte après la rencontre, après avoir laissé passer de (trop) nombreuses questions sur sa célébration masquée lors de son deuxième but, on a enfin pu aborder le début de match tonitruant d’Arsenal avec Aubameyang. « Oui, l’objectif c’était de les étouffer d’entrée. Contre n’importe quelle équipe à l’Emirates, on a toujours ce même désir tout en cherchant à marquer le plus rapidement possible. Encore plus ce soir puisqu’on avait deux buts à remonter, on se devait de se lancer à l’attaque dès le début du match. C’est ce qu’on a fait en marquant dès la 5e minute, ça nous a bien aidés. »

Une mauvaise gestion émotionnelle

Dans les travées de l’Emirates après la rencontre, Hatem Ben Arfa n’a pu que constater les dégâts : « On a mal entamé le match, on n’a pas réussi à trouver de relais technique, on n’a pas réussi à maîtriser le ballon chez eux. On a pris beaucoup de vagues offensives qui ont amené ces deux buts. Après c’était plus compliqué. » Pour expliquer cette entame catastrophique, l’ancien Parisien est allé chercher du côté de l’expérience, de la capacité à savoir maîtriser ses émotions : « Physiquement on se sentait bien mais c’est l’événement qui a été dur à gérer ».

Le grand Pep Guardiola himself évoquait l’importance de savoir gérer ces émotions quand sonne l’heure des matchs couperets en Coupe d’Europe : « Il faut apprendre à gérer les moments difficiles. C’est ça la Ligue des champions. Peu importe l’équipe que vous affrontez, ces moments difficiles se produiront lors des 180 minutes. Nous devons prendre conscience que nous allons concéder des occasions à l’adversaire. Il faut apprendre à gérer ce genre de situation. »

Bien que novice à ce stade de sa (très) jeune carrière d’entraîneur, Julien Stéphan connaît bien la musique et « savait que cette équipe d’Arsenal allait attaquer très fort ». « On s’y était préparés mais entre se préparer pour ça et le vivre, c’est différent, a-t-il admis en conférence de presse après l’élimination. On a été pris dans les duels, la vitesse de jeu, dans trop de domaines sur la première mi-temps. »

Après les deux buts d’Arsenal au bout de 15 minutes, les vagues se sont un peu calmées mais les Rennais nous ont quand même semblé trop petits pour l’évènement. Le bruit de l’Emirates, l’expérience des hommes d’Unai Emery, tout a concouru pour que jamais les Rennais ne soient en mesure de venir embêter Petr Cech. La preuve, à part une pseudo-frappe écrasée de Ben Arfa, les Bretons ne se sont pas procuré la moindre occasion. Ce fut un peu mieux en seconde mi-temps, mais le mal était fait.