OL-FC Nantes: «On sait à tout moment ce que va faire l’autre»… Comment les jumeaux Rafael et Fabio vont vivre leurs retrouvailles?

FOOTBALL Pour la première fois de leur carrière, les latéraux brésiliens Rafael et Fabio (28 ans) pourraient s'affronter samedi (20 heures) lors du match de Ligue 1 entre l'OL et le FC Nantes...

Jérémy Laugier

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Fabio et Rafael, ou l'inverse en vrai, ici à l’âge de 15 ans après un entraînement avec Fluminense (Brésil).
Fabio et Rafael, ou l'inverse en vrai, ici à l’âge de 15 ans après un entraînement avec Fluminense (Brésil). — VANDERLEI ALMEIDA / AFP
  • Coéquipiers durant plus de sept saisons à Fluminense et Manchester United, Rafael et Fabio (28 ans) ne s’étaient encore jamais affrontés jusqu’au Lyon-Nantes de samedi (20 heures).
  • 20 Minutes a interrogé plusieurs footballeurs professionnels ayant déjà vécu pareille expérience « étrange » face à un frère.

« On a promis à notre mère de ne jamais se battre l’un contre l’autre. Donc même pour un milliard de dollars, ça ne se fera pas. » A l’image des célèbres boxeurs ukrainiens Wladimir et Vitali Klitschko prêts à refuser 100 millions de dollars de la part de Don King pour s’affronter, les oppositions entre frères dans le sport professionnel sont toujours perçues comme « plus que spéciales ».

Même s’ils ne se retrouveront pas sur un ring, les jumeaux brésiliens Rafael et Fabio pourraient vivre cette étonnante expérience samedi (20 heures) lors du match OL-FC Nantes. « Ce sera la première fois que je jouerai contre mon frère jumeau, a confié jeudi le latéral nantais Fabio, toujours en quête de ses premières minutes en Ligue 1. Jouer avec lui était un rêve et on l’a réalisé. Là, ce sera sympa aussi. »

La grosse pression de l’entourage

Comment les deux joueurs de 28 ans, coéquipiers durant plus de sept saisons à Fluminense (Brésil) puis Manchester United, vont-ils appréhender cet événement ? Durant ses passages à Strasbourg, Nantes et Ajaccio, Ricardo Faty (32 ans) a vécu cette situation face à son grand frère Jacques.

« La première fois, je tergiversais vraiment à l’idée de jouer contre lui. J’étais alors sur le banc et je le regardais beaucoup, en me demandant ce qu’il pouvait se passer si je me retrouvais devant lui. C’est surtout l’entourage qui nous avait mis une grosse pression avec ce match. Et finalement, je n’étais pas entré en jeu », se souvient l’actuel milieu de terrain d’Ankaragücü (Turquie).

« Sur le terrain, mes seuls frangins sont mes coéquipiers »

Les Faty auront droit à deux véritables duels à enjeu, entre un Sochaux-Nantes (2-1) décisif pour le maintien en L1 en 2009 puis un Bastia-AC Ajaccio (1-0) en 2013. « En avant match, il y avait un sentiment étrange mais on a vite fait abstraction de ça, explique-t-il. C’est un peu comme se retrouver contre un bon ami, ce que j’ai vécu plus tard, par exemple avec Kévin Gameiro. »

Finalement, ose-t-on se jeter dans un duel de la même manière lorsque l’on constate que son frère est en face ? « Oui, j’étais même capable d’y aller en doublant la dose, sourit Ricardo Faty, qui garde en tête des images du derby corse de 2013… à cinq cartons rouges ! Quand Jacques s’est chauffé avec certains de mes partenaires, je prenais parti pour eux. Sur le terrain, mes seuls frangins sont mes coéquipiers. Bon, je n’allais quand même pas jusqu’à insulter Jacques ! »

« On se donnait des conseils et des indices »

Lionel Zouma (25 ans) s’est lui aussi retrouvé dans un contexte tendu lors du seul match de Ligue 1 disputé contre son frère cadet Kurt. Et pour cause, ce 2 novembre 2013, à la 29e minute de jeu de Sochaux-ASSE (0-0), Kurt Zouma signe un tacle non maîtrisé sur le milieu sochalien Thomas Guerbert. Bilan : luxation de la cheville plus double fracture tibia-péroné (5 mois d’absence), et une expulsion assortie de 10 matchs de suspension pour celui qui allait devenir international tricolore à Chelsea.

« Cette action avait gâché la fête, se rappelle Lionel Zouma, désormais à Bourg-en-Bresse (National). Je m’étais senti vraiment mal. Je savais que mon frère était un gentil et qu’il n’avait aucune intention de le blesser. Mais j’étais désolé vis-à-vis de Thomas Guerbert et je craignais la réaction des supporters. » Jusqu’à cette grave blessure, les deux frangins ayant débuté ensemble à Vaulx-en-Velin (Rhône) s’étaient retrouvés exactement comme en U16 et en U18 lors de précédents Sochaux-Sainté.

« On rigolait tout en étant sérieux, surtout car on défendait l’un sur l’autre à chaque fois sur les coups de pied arrêtés. Finalement, c’est toujours le défenseur qui remportait son duel entre nous. On savait à tout moment ce qu’allait faire l’autre sur le terrain. On a toujours été attaché à mort. Même le jour de notre match de Ligue 1, on s’appelait toutes les cinq minutes pour se donner des conseils et des indices sur les appels de balle et le style de jeu des attaquants que l’autre aurait au marquage. »

« Si je dois lui mettre un tacle, j’y vais de bon cœur »

Une solidarité des frangins défenseurs qui n’aurait pas forcément enchanté Hervé Renard et Christophe Galtier, respectivement entraîneurs de Lionel et de Kurt Zouma à l’époque. On a bien fini par trouver la trace de jumeaux s’étant côtoyés dans l’univers du foot pro français, à Lille. Non, non, pas Fernando et Patricio D’Amico, on vous voit venir les fins connaisseurs de notre championnat. Il s’agit de Mathieu Robail (33 ans), qui compte 185 matchs en L2 dans sa carrière, et 10 en L1 avec le Losc, et qui n’a affronté son frère jumeau Samuel (17 minutes en L1 avec le Losc à son actif) qu’en entraînements, que ce soit durant leur formation à Lille ou depuis cet été à l’IC Croix (N2).

« Si je dois lui mettre un tacle, j’y vais de bon cœur, assure en se marrant Mathieu Robail. En fait, je me dis que c’est mon frère et qu’il me comprendra si jamais je lui fais mal. » La proximité entre les deux ailiers nordistes est quand même ailleurs. « On s’est toujours appelé trois fois par jour, on est hyper proche, comme tous les jumeaux je crois, indique Mathieu. Sur le terrain, même après 12 ans dans des clubs différents, je sais à chaque instant où il se trouve et ce qu’il compte faire. Il y a un truc fusionnel entre nous que je n’ai jamais ressenti avec un autre partenaire dans ma carrière. »

« Des entraîneurs m’ont appelé par le prénom de mon frère dans un match »

Un feeling a priori partagé par les deux anciens protégés d’Alex Ferguson, dont les proches ont également hâte de vivre cet OL-Nantes. « C’est difficile pour notre famille de choisir un camp, sourit Fabio. J’ai 10 personnes de la famille qui vivent chez moi en ce moment et tout le monde va aller à Lyon. » Avec peut-être, comme la mère de Paul Pogba avant un 16e finale de Ligue Europa en février 2017 entre le Man U de Paul et l’ASSE de Florentin, un maillot spécial mixant les couleurs des deux clubs pour ne pas faire de jaloux entre les fistons. Mine de rien, il peut quand même y avoir de sacrées histoires avec des jumeaux ensemble sur le terrain.

Wesley Brown est-il certain de quel partenaire il enlace, entre Fabio et Rafael, lors de cette fête de Manchester United pour le titre en Premier League, en mai 2011?
Wesley Brown est-il certain de quel partenaire il enlace, entre Fabio et Rafael, lors de cette fête de Manchester United pour le titre en Premier League, en mai 2011? - PAUL ELLIS / AFP

Comme lors d’un match de Coupe la Ligue anglaise, lorsqu’un arbitre a sanctionné Fabio d’un carton jaune… alors que la faute était de Rafael. « Des entraîneurs au Losc m’ont déjà appelé par le prénom de mon frère pendant tout un match », confie même Mathieu Robail. Il n’y a plus qu’à compter sur Bruno Genesio et Miguel Cardoso (si c’est encore bien lui qui a en charge la composition nantaise samedi) pour titulariser les deux frangins. Sait-on jamais, les espiègles latéraux brésiliens pourraient même s’amuser à changer de camp discrètement à la mi-temps, non ?