Marseille: Coup de bluff ou pas? L’OM peut-il quitter le Vélodrome et construire son stade?

FOOTBALL (ET GROS SOUS) « Toutes les options sont sur la table, y compris celle de construire notre propre stade », assure le président de l’OM. Les négociations avec l’exploitant du stade Vélodrome sont agitées…

Jean Saint-Marc

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Le stade Vélodrome lors du match OM-Salzbourg, en Ligue Europa.
Le stade Vélodrome lors du match OM-Salzbourg, en Ligue Europa. — E. Barranguet / AFP
  • Selon plusieurs experts, le risque de voir l’OM quitter le Vélodrome est assez faible.
  • Officiellement, la mairie de Marseille n’est pas inquiète non plus.
  • Elle est prête à aider l’OM financièrement si le club reprend l’exploitation du stade et fait de lourds investissements.

Jadis, il nous conseillait de boire de la tisane. Désormais, il paye l’apéro aux journalistes. Pot de fin de saison à la Commanderie, Jacques-Henri Eyraud trinque et évoque son été. « Je n’ai jamais beaucoup pris de vacances, de toute façon. » L’été sera chargé, comme ce rosé de Provence qui donne mal au crâne. Dégoter un grand attaquant au mercato. Eviter une grande amende au titre du fair-play financier. Et mettre fin au grand feuilleton autour du Vélodrome.

Rappel des épisodes précédents : la société Arema exploite le Vélodrome dans le cadre du partenariat public privé signé avec la mairie de Marseille. Après chaque match, l’OM, simple locataire, doit tout remballer. Depuis près d’un an, le club tente d’obtenir l’exploitation exclusive du stade. L’objectif ?

  • pouvoir gérer la pelouse et éviter qu’elle se transforme en bourbier la moitié de l’hiver
  • améliorer les offres VIP avec des loges de meilleure qualité
  • gérer l’ensemble de la billetterie, y compris pour les concerts ou autres évènements organisés au stade
  • pouvoir faire des investissements (sono, éclairage, bancs de touche à l’anglaise) sans passer par un intermédiaire, Arema, qui facture « trois fois plus cher » que les prix du marché

Cette dernière info, on la tient d’une interview de Jacques-Henri Eyraud à La Provence, interview qui sonne comme un ultimatum : « Toutes les options sont sur la table, y compris celle de construire notre propre stade. […] Nous avons les moyens financiers de cette ambition-là. » Vrai projet ou simple menace pour faire aboutir des négociations difficiles ? Plusieurs économistes estiment qu’il s’agit d’un coup de bluff.

« Tout est possible, souffle ainsi l’économiste marseillais Lionel Maltese. Il est arrivé aux Etats-Unis que des franchises déménagent. Mais en France, c’est plus compliqué ! Il y a le poids du territoire. » Eyraud, lui, assure que « 50 % des supporters viennent de l’extérieur de Marseille » et sous entend, donc, qu’ils seraient tout aussi motivés pour aller suivre des matchs en rase campagne, dans un stade construit de toutes pièces et propriété du club. Il affirme aussi que Frank McCourt a la surface financière pour porter son propre projet de stade. Sur le modèle du rival lyonnais ?

« On ne construit pas un stade en quinze jours ! »

L’OL de Jean-Michel Aulas a réussi son « coup », non sans difficultés : annoncé dès 2007 et prévu pour 2010, le Parc OL a finalement été inauguré en 2016. Jean-Michel Aulas a eu toutes les peines du monde à obtenir les autorisations administratives, à surmonter les recours juridiques et, aussi, à boucler son financement.

« On ne construit pas un stade en quinze jours », sourit Richard Miron. L’adjoint LR chargé des sports surveille du coin de l’œil les négociations entre l’OM et Arema, sans afficher d’inquiétude :

On est dans une zone de turbulences… Mais cela fait partie du jeu des discussions dans le monde des affaires. Je ne dis pas que c’est du bluff, mais ça fait partie des pressions des uns et des autres. Nous, à la mairie, on ne rentre pas là-dedans. »

La perspective d’un stade Vélodrome privé de l’OM n’empêche pas les élus marseillais de dormir. Pourtant, le scénario a tout du cauchemar : « Sans le client OM, le stade Vélodrome n’a aucun modèle économique, c’est un grand danger », rappelle l’économiste marseillais Lionel Maltese. Un modèle déjà fragile : après quatre ans d’exploitation, et malgré de nombreux concerts et évènements organisés, Arema affiche toujours des déficits : 1,5 million d’euros lors du dernier exercice.

Des ristournes pour l’OM ?

Si l’OM devient exploitant, ce sera à lui de rentabiliser la coûteuse enceinte. Le club pourra compter sur le soutien de la municipalité, à qui il verse cinq millions d’euros de loyer par an (plus une part variable). Mais on est à Marseille, alors « tout se discute », même de potentielles ristournes. « On est entre gens intelligents, reprend Richard Miron. Si le locataire [l’OM] paye des travaux pour plusieurs millions d’euros, le propriétaire [la mairie] peut réduire le loyer. Ce raisonnement n’a rien de farfelu ! »

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