OM: «C'est un mec brillant!»... L'ancien «cerveau» du Barça Laurent Colette nommé à Marseille

FOOTBALL Le mercato de l’OM est lancé : Jacques-Henri Eyraud vient de recruter un nouveau directeur général au CV impressionnant…

Jean Saint-Marc

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Des supporters de l'OM au Vélodrome (illustration).
Des supporters de l'OM au Vélodrome (illustration). — B. Langlois / AFP
  • A Barcelone, il était chargé de trouver 300 millions d'euros par an.
  • Pour ça, il a révolutionné la billetterie, et, plus globalement, la stratégie marketing du club.
  • Laurent Colette, nommé directeur général de l'OM, est un grand nom du foot business

Et s’il était là, le gros coup du mercato ? Ni un grand attaquant, ni une jeune pépite. Mais un élégant quinquagénaire en costard, spécialiste du Powerpoint et du yield management. L'OM a annoncé ce lundi le recrutement de Laurent Colette comme directeur général. Passé par le Barça et l’AS Roma, il devient numéro 2 dans l’organigramme. 20 Minutes tire son portrait.

>> Il a transformé le Barça du sol au plafond

« Il a construit le Barça qu’on connaît aujourd’hui », attaque d’emblée François David, journaliste français installé à Barcelone, qui connaît bien Laurent Colette. Le « Frenchie » a travaillé huit ans au FC Barcelone - une ville qu’il a d’ailleurs adoptée. Directeur d’exploitation de 2003 à 2006, puis directeur marketing entre 2010 et 2015, Laurent Colette a révolutionné la billetterie. « En 2003, les billets se vendaient uniquement aux guichets du stade, comme pour la corrida », racontait à L'Equipe celui que plusieurs médias, dont Le Monde, ont décrit comme le « cerveau du Barça ».

>> Il n’a rien contre les parcs d’attractions

C’est aussi Laurent Colette qui a mené la « Disneylandisation » du FC Barcelone, parfois critiquée par les socios du club. Colette, qui a aussi travaillé à Port Aventura, assume la comparaison. Dans L’Equipe, toujours :

Les familles qui se rendent au Camp Nou cherchent à s’immerger totalement dans un monde nouveau. Le club doit pour cela créer du rêve. Comme Disney, le Barça a construit son succès sur l’authenticité, avec de vrais héros. »

Laurent Colette est à l’origine du développement du musée du Barça, devenu le troisième plus gros musée en Espagne, avec près de deux millions de visiteurs par an. Rappelons, au passage, que la création d’un musée de l’OM est un des projets de Jacques-Henri Eyraud à Marseille. (Et que Jacques-Henri Eyraud a bossé à EuroDisney, tiens.)

>> Il a versé quelques larmes quand il s’est fait virer du Barça

En 2006, pris dans une guerre de clans, Colette doit quitter le club à la demande du président Joan Laporta. Et verse quelques larmes quand il le voit, à la télé, soulever la Ligue des champions. Beau joueur, Colette envoie un texto de félicitations au sbire qui l’avait viré. « Il faut savoir manier l’ironie », glissait-il à Capital. Il faut savoir faire de la politique, aussi : en 2010, Colette se transforme en directeur de campagne de Sandro Rossel, rédige intégralement son programme. Et prend un poste encore plus important - avec 65 subordonnées - quand son ami est élu président.

>> Il est devenu polyglotte pour draguer

Si vous trouvez qu’on fait trop d’économie dans cet article, considérez que c’est une petite pause. Laurent Colette parle sept langues : français, anglais, espagnol, catalan, allemand, italien et russe. « Les langues, c’est un superplan drague, il n’y a que des filles dans les classes », disait-il à Capital. C’est en cours d’allemand qu’il a rencontré sa femme.

>> Il va ramener beaucoup d’argent à l’OM

A Barcelone, Laurent Colette était chargé de faire rentrer les deux tiers du budget, soit la bagatelle de 300 millions par an. Billetterie, restauration, merchandising, sponsoring… Il s’occupait de tout, sauf du « trading joueurs » et des droits télé. Il est notamment à l’origine de l’arrivée de Qatar Foundation comme sponsor maillot, une première dans l’histoire du club. Un contrat à plus de 150 millions d’euros. « On reste attaché à des valeurs sociales, la Qatar Foundation va dans le même sens qu’Unicef. On n’a pas choisi une marque de cigarette, on ne s’est pas vendus au diable », se justifiait-il auprès du Petit Journal (le site, pas l’émission). « C’était une nécessité économique », dira-t-il également, évoquant les énormes dettes du club.

L’OM aussi est endetté, tiens donc. « Il sait exactement quoi faire dans ce foot ultra-mondialisé, ultra-compétitif, reprend le journaliste François David. Il a 30.000 idées à la minute, c’est un des mecs les plus brillants que j’ai croisé ! » Pour François David, sa signature est un « super coup pour l’OM ». Quelques minutes plus tard, Olivier Goldstein, patron du site Barça Inside, emploie l’exacte même expression. Et développe :

C’est quelqu’un de très compétent. L’OM achète un carnet d’adresses. Il a un réseau de fou ! Il a une très grande expérience aussi… Ils vont chercher ce qu’ils n’ont pas. Des gens comme lui, ça ne court pas les rues. Dans les grands clubs, tout le monde le connaît ! »

>> Mais son passage à l’AS Rome a un peu tourné court

Laurent Colette a passé un an et demi à Rome, en tant que directeur marketing. Un passage plus compliqué qu’à Barcelone. Il n’a pas réussi à trouver un sponsor maillot censé rapporter entre 15 et 18 millions par an au club romain - une mission quasi impossible, selon un site spécialisé italien.

Il y a un mois, plus d’un an après son départ, l’AS Rome a annoncé l’arrivée de Qatar Airways sur son maillot. « Laurent Colette, c’était Monsieur Qatar, il avait d’excellentes relations avec eux », estime François David, pour qui ce deal « a sans doute été lancé quand Colette était à Rome. »

>> Il devrait faire un trio parfait avec Zubizaretta et Eyraud

Leurs parcours sont proches : des businessmen dans le foot, passés par la com' et le monde du spectacle. Eyraud et Colette sont-ils faits pour s’entendre ? « Je pense que ça va faire un super duo. Ils ont des manières de fonctionner assez proches », estime François David, qui a travaillé pour Jacques-Henri Eyraud à l’époque où il dirigeait sport365. Laurent Colette a aussi côtoyé Rudi Garcia à la Roma, et, surtout, Andoni Zubizaretta au Barça.

Quand le Basque a rejoint l’OM de McCourt, Colette l’a couvert de compliments, dans La Provence : « Il est très intègre. Ce n’est pas un fanfaron qui dit blanc un jour et rouge le lendemain. J’ai toujours apprécié sa cohérence. » C’était l’époque où Laurent Colette, excellent communicant, donnait des interviews sans rechigner. Après sa signature à l’OM, il a répondu à de très nombreux textos de félicitations - dont le nôtre. Mais pas à la demande d’entretien qui allait avec. « Pas de déclaration pour l’instant. » Son chantier à l’OM est lancé. En silence.

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