OM-Salzbourg: Le Marseille de Frank McCourt peut-il s'inspirer de ce qu'a fait Red Bull en Autriche?

FOOTBALL Un modèle pour le développement de la formation, oui. Mais un anti-modèle en matière de gestion des supporters…

Jean Saint-Marc, avec C.C.

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De fait, leur «grand attaquant», c'est un Israélien qu'ils ont payé 6 millions, mais vous avez l'idée.
De fait, leur «grand attaquant», c'est un Israélien qu'ils ont payé 6 millions, mais vous avez l'idée. — Photo : PDN / SIPA (Montage : Service Paint de 20 Minutes)
  • Salzbourg est le premier club de foot qui a intégré la galaxie Red Bull, avant Leipzig.
  • En 12 ans, la marque au taureau a réussi à monter un impressionnant système de recrutement et de formation de jeunes talents.
  • C'est plus compliqué avec les supporters, localement. 

REDIFF : A l’occasion de la demi-finale de Ligue Europa entre l’OM et Salzbourg, ce jeudi, 20 Minutes vous propose de relire une version actualisée d’un article écrit à l’occasion des matchs de poules, cet automne.

Comme un chien dans un jeu de quilles, comme un taureau sur un terrain de foot. C’est peu de le dire, l’arrivée en fanfare de Red Bull​ dans le foot européen ne fait pas que des heureux. On a beaucoup parlé de Leipzig, propulsé en haut de la Bundesliga et en quart de finale de Ligue Europa grâce aux millions de la taurine. En oubliant parfois que le premier club dans lequel Red Bull a investi, c’est Salzbourg, dès 2005. Que l'OM retrouve en demie, ce jeudi, après avoir éliminé le «cousin» Leipzig. Frank McCourt, patron de l’OM depuis un an et demi, peut-il s’inspirer du projet de Dietrich Mateschitz, propriétaire de Red Bull ?

En matière de formation, Red Bull a tout compris

Le footeux est une marchandise comme les autres, non ? Red Bull a développé un fonctionnement industriel, maîtrisant toutes les étapes du circuit de « production » : « Ils repèrent et achètent les jeunes talents, les font grandir à Salzbourg ou dans leurs académies, pour enfin les revendre », décrypte Virgile Caillet, délégué général de l' Union Sport et Cycles. Le dernier étage de la fusée est le RB Leipzig, avec qui le boss Dietrich Mateschitz veut gagner la Ligue des champions. L’équipe éliminée par l’OM en quarts de finale de Ligue Europa…

« Ils font jouer les jeunes rapidement et évaluent bien la progression », confiait à 20 Minutes le Français Mahamadou Dembélé, qui a quitté le PSG pour l’Autriche cet été. On est très encadrés, on joue avec Liefering (une autre filiale) en D2 et on revient avec Salzbourg pour la Youth League », nous expliquait-il à Bordeaux, cet automne. « Nous avions commencé le projet avec des joueurs en fin de carrière… Ce n’était pas le bon choix, alors on a développé la formation, avec des équipes qui ont toute notre philosophie de jeu », précise Mustapha Mesloub, un historique du club, chargé de l’intégration des joueurs. Quitte à bousculer les clubs français, comme on vous le racontait ici :

>> Et l’OM alors ?

« Commencer le projet avec des joueurs en fin de carrière » : aïe, c’est justement, plutôt, le choix de l’OM pour ces deux premiers mercatos. Il y a eu les réussites Adil Rami, Luiz Gustavo, Dimitri Payet, très bien... Et les échecs Sertic, Abdennour et Evra… « L’OM a certes recruté des vieilles gloires, mais on voit qu’Eyraud construit aussi sur la durée, avec un effort sur la formation », reprend l’expert Virgile Caillet.

Pour ne plus laisser filer les pépites, de nombreux partenariats ont été noués avec les clubs du coin. Et l’OM de McCourt a fait les efforts financiers pour retenir les Maxime Lopez ou Boubacar Kamara. Car c’est bien sûr le nerf de la guerre. Mustapha Mesloub : « On recrute des jeunes car on a de belles installations et que le cadre est magnifique ». Les salaires le sont aussi, bien au-dessus, en tout cas, des standards.

« Je pense que McCourt veut augmenter la valeur de l’OM pour faire une plus-value à la revente, estime Virgile Caillet. Pour ça, il faut des actifs immobiliers, mais il faut aussi un portefeuille de joueurs ! » Celui des Marseillais se développe : grâce à un bon coaching, Rudi Garcia fait grandir ses jeunes pousses Lopez, Kamara, a reconverti Sarr au poste de latéral et continue de faire progresser Thauvin ou Sanson. «Le portefeuille de joueurs»… Celui de Red Bull fait des petits : Naby Keita, acheté à Istres 1,5 million d’euros, a été revendu entre 50 et 70 millions à Liverpool (pour 2018). Et sur le terrain, ça fonctionne pas mal : Salzbourg marche sur les épreuves domestiques, et s’est qualifié pour la demi-finale de Ligue Europa avec des exploits contre de grands clubs européens (Dortmund, Lazio Rome, Real Sociedad).

Vis-à-vis des supporters et du grand public, vers un fail ?

Une tête de taureau bazardée sur la pelouse : voilà comment les supporters du Dynamo Dresde ont accueilli le RB Leipzig, en Coupe d’Allemagne. Un bon symbole de la haine suscitée par le nouveau riche, chez les Ultras allemands… mais aussi autrichiens. Y compris parmi les fans historiques. Car quand Red Bull débarque, ça déménage : la marque a changé le nom du club et ses couleurs. « Ça a provoqué la colère de certains supporters, qui ont même tenté de créer un autre club », raconte  Pierre Gorce, qui depuis son école de journalisme niçoise tient un compte Twitter dédié au club autrichien (« j’ai de lointains ancêtres là-bas ! »). Salzbourg a donc des suiveurs en France, mais son stade sonne creux : la Red Bull Arena, 30.000 places, est généralement aux deux-tiers vide. Elle sera pleine, toutefois, pour la demi-finale européenne contre l'OM.

« Je suis assez dubitatif sur leur stratégie dans le foot, lâche Virgile Caillet. Je pense que la marque essaye de s’ouvrir à un public plus familial, plus âgé… Mais ça ne correspond pas autant à leur ADN que les sports extrêmes, où ils investissent depuis plus longtemps. » Dans des proportions dingues, soit dit en passant : jusqu’à 30 % de leur chiffre d’affaires.

>> Et l’OM alors ?

L’actionnaire américain n’a pas eu la bêtise de changer le nom (un Olympique de McCourt ?) ou les couleurs du club (même si ce troisième maillot violet est très vilain). Au contraire, il surfe à fond sur la glorieuse histoire du club.« Ils ont bien compris que l’OM, c’est dans l’ADN de la ville », analyse Virgile Caillet. Et la folie autour de cette demi-finale européenne leur donne raison.

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