Equipe de France: «Faudrait être le dernier des cons pour moufter», ça ressemble à quoi une gueulante de Deschamps?

FOOTBALL Didier Deschamps n'a pas du tout apprécié la défaite des Bleus face à la Colombie...

Aymeric Le Gall

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Fallait pas l'énerver.
Fallait pas l'énerver. — Montage 20 Minutes
  • Les Bleus ont perdu leur match amical contre la Colombie (2-3) au Stade de France vendredi soir. 
  • Cette défaite n'a pas plu du tout au sélectionneur Didier Deschamps. 
  • On a voulu se faire une idée de ce que pouvait donner un coup de gueule de «Dédé». 

« Aucune chance… MAIS AUCUNE CHANCE, LES GARS… On est en train de saborder toutes nos chances. Alors ou on réagit et on y va, parce qu’il y a une finale au bout, ou vous laissez tomber, et vous attendez, et vous attendez qu’on jette la pièce en l’air. Y a personne qui bouge, personne ne réagit, on dirait dix mecs amorphes. Vous avez peur de quoi ? Vous avez peur de qui ? Peur ? Ben vous allez perdre les gars, je vous le dis, vous allez perdre, vous n’avez pas de souci à vous faire. »

Voilà, quand on pense à une gueulante mythique dans le foot français, impossible de ne pas revoir Aimé Jacquet se péter les cordes vocales à la mi-temps de la demi-finale contre la Croatie au Mondial-98. A cette époque, Didier Deschamps n’a pas encore revêtu le costard de sélectionneur, et c’est en tant que capitaine des Bleus qu’il assiste à cette soufflante mémorable de Jacquet.

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Peut-être s’en est-il servi pour taper à son tour un coup de gueule, vendredi soir, après la défaite de l’équipe de France face à la Colombie (3-2). Mais si on se souvient tous de Jacquet en furie, on n’a pas d’images similaires de Deschamps se fâchant tout rouge devant ses joueurs et il est donc difficile de dire à quoi cela peut bien ressembler. Pour s’en faire une idée, il a fallu aller chercher du côté des joueurs ou membres du staff qui ont côtoyé « Dédé » durant sa carrière de coach.

Loin d’être adepte des coups de gueule

« Le connaissant, sachant que c’est quelqu’un qui est très attaché au travail tactique, c’est sûr qu’il n’a pas du tout dû apprécier de se faire remonter de trois buts contre la Colombie, commence Garry Bocali, qui a connu Deschamps à l’ OM entre 2009 et 2010. Il a dû penser que c’était le bon moment pour que le groupe se ressaisisse et il n’a pas hésité à taper du poing sur la table, c’est normal. »

Touuuuut doux, Didier, tout doux.
Touuuuut doux, Didier, tout doux. - Jean-Michel Paint/20 Minutes

C’est en effet ce qui s’est passé samedi soir dans les travées du Stade de France. Furieux contre ses joueurs, le sélectionneur a pesté devant la suffisance des Bleus. Un message qui a dû être pris très au sérieux par ses joueurs. Pour deux raisons :

  • La Coupe du monde en Russie arrive à grand pas et les joueurs ne vont plus avoir 15.000 occasions de se jauger.
  • Deschamps n’a pas pour habitude de gueuler devant son groupe, à chaud, juste après une rencontre.

« Didier, en règle générale, c’est quelqu’un qui n’a pas besoin d’élever la voix, il sait ce qu’il fait, il mène sa barque. C’est sa personnalité, il n’a pas besoin de gueuler pour faire passer son message. C’est pour ça que le jour où il change de ton, ça interpelle, attention. » Quand il nous décrit les méthodes de management de l’entraîneur, Christophe Manouvrier, ancien préparateur physique de l’OM sous l’ère Deschamps, sait de quoi il parle.

Lyon-Marseille : le 5-5 qui ne passe pas

On lui demande alors s’il a en tête le souvenir d’une colère particulièrement marquante de l’ancien coach marseillais.

Ah oui, j’en ai un !, répond du tac au tac le nouveau membre du staff du Paris FC. C’est quand on fait 5-5 à Lyon alors qu’on mène 4 à 2 à dix minutes de la fin. On est rentrés dans le vestiaire, tout le monde était abattu, il a laissé passer quelques minutes et là, il a pris la parole. Il a parlé de faute professionnelle et, comme c’est quelqu’un de très mesuré habituellement, quand il a levé la voix, ça a calmé tout le monde. Il est monté dans les tours, je ne l’avais encore jamais vu comme ça. Vu que ce n’est pas dans ses habitudes, ça a frappé les esprits. On prend ça en pleine poire, ça marque. Et dans ces cas-là, y a pas un bruit, il faudrait être le dernier des cons pour moufter à ce moment-là. »

Et si Christophe Manouvrier tient à préciser que Deschamps n’est « pas un sanguin », du genre d’un Sir Alex Ferguson par exemple, capable de mettre un coup de pompe dans une chaussure et de l’expédier (involontairement) dans la tête de David Beckham, le sélectionneur français peut aussi avoir ses petits coups de sang.

« Ça peut être la bouteille d’eau fracassée sur le sol, ça oui », confie Gary Bocaly, très marqué par la soufflante post 5-5. « Quand il est en colère, il n’est pas en mode furieux, appuie Fabrice Abriel, lui aussi du voyage lors du fameux voyage de novembre 2009 à Gerland. Mais le ton est ferme, suffisamment pour qu’on comprenne qu’il ne plaisante pas. »

Rare donc mémorable

Surtout, ce qui frappe chez Deschamps (non, ce n’est pas la paume de sa main sur le visage de Pogba), c’est le côté rare de la chose. C’est ce qui rend le geste d’autant plus marquant. « C’est impressionnant quand il tape un coup de gueule parce que ça ne lui ressemble pas, admet Bocaly. Parce que dans la vie de tous les jours, c’est quelqu’un qui est proche de ses joueurs, c’est quelqu’un de cool aux entraînements, donc quand il hausse le ton, on s’en souvient tous. »

La crédibilité d’un coach se mesure donc en partie à sa capacité à sentir le moment exact où il faut secouer ses troupes avec quelques piques bien senties. Selon Christophe Manouvrier, Deschamps a le nez pour ça : « Avec un coach qui ne fait que brailler, brailler, brailler, les joueurs finissent pas ne plus l’écouter. Alors qu’avec lui, ce n’était pas le cas, et du coup quand il a haussé le ton, ça a douché tout le monde. C’est logique car c’était tout à fait mérité. Et puis ça a été bénéfique car ça nous a remis sur le droit chemin. » Il faut espérer que le message soit passé auprès des Bleus, car même si on adore se repasser la scène de Jacquet mettant la misère aux Bleus contre la Croatie, on aimerait tout autant ne pas avoir à en arriver jusque-là.