VIDEO. Lassé de prendre des roustes, un club de 12e division pousse un coup de gueule plein d'humour

FOOTBALL Le petit club de Saleich, au sud de la Haute-Garonne, enchaîne les lourdes défaites depuis le début de la saison dans l'avant-dernière division française…

Nicolas Stival

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Le village de Saleich, en Haute-Garonne, abrite un peu moins de 400 habitants et un club de football.
Le village de Saleich, en Haute-Garonne, abrite un peu moins de 400 habitants et un club de football. — Compte Facebook du FC Saleichois
  • Diffusée sur Facebook, une vidéo détaille les déboires du FC Saleichois, club d’un village commingeois de moins de 400 habitants.
  • Derrière l’humour, la question de la survie du foot en milieu rural profond ou montagnard est posée.

Comment faire vivre une équipe de foot dans un village de moins de 400 habitants, quand on prend des raclées tous les week-ends ? C’est l’une des questions que pose le FC Saleichois (FCS) dans une vidéo humoristique qui compile ce lundi matin plus de 20.000 vues. Après 20 ans de sommeil, le club revit depuis 2015, à l’initiative d’anciens joueurs fidèles à la petite commune haut-garonnaise, située à 90 km au sud-ouest de Toulouse.

Aujourd’hui, le FCS compte une seule équipe senior, composée d’une vingtaine de copains trentenaires. La bande de potes connaît un début de saison cataclysmique, avec 20 buts encaissés pour trois marqués en quatre journées de Promotion première division de district Haute-Garonne. Autrement dit, la 12e division française. Il y en a 13 au total, et Saleich évoluait tout en bas de l’échelle nationale jusqu’à sa curieuse promotion, cet été.

A quelques kilomètres près, c'était l'Ariège et il n'y avait plus d'embrouille avec le district de la Haute-Garonne.
A quelques kilomètres près, c'était l'Ariège et il n'y avait plus d'embrouille avec le district de la Haute-Garonne. - Compte Facebook du FC Saleichois

« On termine quatrièmes de notre poule, alors que logiquement seuls les deux premiers montent, s'étonne le gardien de but Nicolas Worms. Cette accession n’est absolument pas méritée, nous sommes là pour faire le nombre. » Au cœur du problème : la refonte des championnats rendue nécessaire par la fusion entre les deux districts haut-garonnais, le Midi toulousain (environ 40.000 licenciés) et le Comminges (dix fois moins), autour de Saint-Gaudens, soit grosso modo le nord et le sud du 31.

La logique démographique s’impose

Cette fusion est effective depuis le début de saison sur fond de réforme territoriale, qui exige un seul district par département. « On ne sait pas pourquoi, mais nous sommes les seuls promus commingeois à nous retrouver dans une poule hybride avec des clubs du Midi toulousain, bien plus forts », regrette le portier de 35 ans, qui anime la très recommandable page Facebook du club.

Dans cette fameuse poule E, la logique démographique s’affirme, sans pitié : les représentants du Comminges ( longtemps le plus petit district de France en termes de licenciés) souffrent, alors que ceux du Midi Toulousain (Rieux, Le Fousseret, Muret, Carbonne, Le Plan) affichent une différence de buts insolemment positive. Le FCS a accroché un nul contre Puymaurin, autre formation commingeoise (2-2), pour trois lourdes défaites façon Roland-Garros (6-0, 6-1, 6-0) contre des « Toulousains ».

C’est la dernière volée en date, le 15 octobre, qui a poussé Nicolas Worms à publier trois jours plus tard la fameuse vidéo sur Facebook, « un coup de gueule pour déplorer plutôt que pour dénoncer » la situation. « On a joué chez nous contre Le Plan, et on en a pris six sans en mettre un seul. A chaque match à domicile, pas mal de supporters viennent nous voir. Cette fois, ils nous ont dit que c’était injouable. Cela nous embête par rapport à ces gens et pour notre village. Nous sommes fiers de jouer pour Saleich, et nous n’avons pas envie que ça tourne au désastre. »

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Au fait, qu’en pense le district de la Haute-Garonne ? Maurice Dessens, son président délégué ( et ancien patron du foot commingeois), évoque « une saison transitoire, expérimentale » suite à la fameuse fusion.

« Ce n’est pas mauvais pour Saleich de vivre cette expérience, de se frotter à plus fort que soi. Il n’est pas dit qu’en cours de saison il n’y ait pas de progrès. Et puis, si le club a été promu, c’est qu’il a accepté la montée. »

Le FCS confirme mais explique qu’il avait déjà refusé l’accession l’année précédente, dans des circonstances similaires, et qu’il craignait qu’un deuxième « non » lui cause du tort auprès du district. Autant dire que la confiance règne entre les deux parties…

Pas plus heureux dans les Coupes

Pour l’heure, malgré les déconvenues en championnat, auxquelles il faut ajouter un forfait en Coupe d’Occitanie et une autre rouste dans la Coupe du Conseil départemental (1-5), les copains du piémont pyrénéen restent soudés. « Mais j’ai peur que les gens se découragent et que des clubs comme le nôtre finissent par disparaître, avertit Nicolas Worms. Nous faisons vivre le village, bien au-delà des seuls matchs ou des entraînements, avec des repas et des animations. »

Alors quel avenir pour le FC Saleichois, au terme de cette probable « annus horribilis » ? Une relégation et un retour vers le foot de tout en bas ? Le district avance une autre idée, par la voix de Maurice Dessens. « S’ils ne veulent pas faire de la compétition, ils peuvent se tourner vers le football loisir. » Pas sûr que la proposition enchante les gars du FCS qui ont une chance de remporter enfin leur premier match : ils se déplacent samedi à Montbernard (220 habitants), aussi mal en point(s) qu’eux.