France-Pays-Bas: Mais où sont donc passés les «bouchers» néerlandais?

FOOTBALL Davids, Stam, Cocu, Van Bommel, Boulahrouz, De Jong, une longue lignée de grands méchants est en train de s'éteindre aux Pays-Bas...

Nicolas Camus

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Nigel De Jong et Mark Van Bommel, deux beaux spécimens.
Nigel De Jong et Mark Van Bommel, deux beaux spécimens. — SIPA

Pour faire bien, en société, on dit qu’on les déteste. Mais en vrai ce n’est pas aussi simple. Le frisson qui nous parcourt l’échine dans l’attente de leur prochain coup bas fait partie des plaisirs coupables de la vie. Le football néerlandais, ce n’est pas que Cruyff, Van Basten, Bergkamp et Sneijder. Il ne serait rien sans ses « bad cops » des pelouses, les Van Bommel, De Jong, Boulahrouz, Davids, Koeman ou Stam, qui ont eux aussi marqué l’histoire de la sélection.

Les deux premiers, chacun dans leur genre, font partis de tous les bons « top 10 des bouchers du football ». Nigel De Jong a sûrement chez lui une salle pour ses trophées de chasse, ornée de cotes de Xabi Alonso, d’une jambe de Ben Arfa et d’une cheville d’un joueur de MLS qui n’avait rien demandé. Mark Van Bommel est lui champion du monde ad vitam de pourrissement de match, entre insultes, crocs-en-jambe par-derrière et yeux de biche à l’arbitre.

Yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.
Yaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa. - CARL DE SOUZA / AFP

C’est souvent à la limite, parfois révoltant (personne ne peut cautionner les agressions de ce cher Nigel), mais d’un certain côté indispensable. « C’est vrai qu’ils ont toujours pu compter sur un joueur pour faire le sale boulot, et après faire tourner le ballon pour le total football, estime Edouard Duplan, un Français expatrié en Eredivisie depuis neuf ans. Mais c’était des joueurs qui sortaient du schéma. Ce n’est pas quelque chose qu’ils cultivent. »

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, le terrain est en friche. « Il y a Strootman quand même, le voilà votre méchant hollandais », rétorque en souriant Addick Koot, l’ancien joueur de Cannes et du Losc. C’est vrai que le Romain avait le profil (dans une version light, tout de même), mais ses genoux en mousse l’ont contraint à deux années quasi blanches entre 2014 et 2016. S’il est de retour après avoir enfin enchaîné les matchs la saison dernière, il n’a pas chez les Orenje le rôle qui lui était promis à ses débuts. Les autres sélectionnés pour affronter les Bleus sont trop jeunes, ou pas de cette trempe.

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On se dit d’ailleurs que cette absence de vice n’est sans doute pas étrangère aux difficultés des Pays-Bas depuis 2014. « Il en manque, certainement, admet Koot. Vous dites "méchant", nous on dit "leader", "patron". Chez nous, et ça a toujours bien marché, il y a un patron, quelqu’un chargé de dire leurs vérités à ses coéquipiers. C’est une grande différence avec la France. Aux Pays-Bas, on a le droit de se critiquer. On appelle ça le contrôle social, c’est très présent dans la société néerlandaise. »

« Les manques du foot hollandais ne se résument pas à ce détail »

Patron, aboyeur, viril dans les duels, tout cela est souvent intimement lié. Un des facteurs qui pourrait expliquer l’extinction de la lignée est l’affaiblissement du PSV Eindhoven ces dernières années. C’est dans le club des « boerens » (un terme méprisant utilisé par les habitants de la zone Amsterdam-Utrecht-La Haye, que l’on pourrait traduire par « ruraux », « paysans ») que l’on forme les plus beaux spécimens de notre sujet d’étude (même si De Jong et Davids sont là pour nous embêter). Mais cela va bien au-delà de ça.

« Le problème pour la Hollande est plus général. Ces dernières années, l’accent a été mis sur la tactique, beaucoup plus que sur le physique. On le voit à nos défenseurs notamment. Et aujourd’hui à cause de ça on résiste moins bien au plus haut niveau, explique Addick Koot. On ne peut pas dire que les manques du foot hollandais se résument à ce détail des joueurs "méchants". On manque actuellement d’un peu de tout. »

"Je vois pas du tout ce que tu me reproches, mec". - Paulo Whitaker / Reuters

Quoi qu’il en soit, on n’est pas près de revoir un match comme le fameux Pays-Bas-Portugal de 2006. Seize cartons jaunes et quatre rouges avaient été distribués lors de ce 8e de finale de Coupe du monde, rebaptisé « la bataille de Nuremberg ». « Je n’ai jamais vu quelque chose de moins hollandais que ça. Et jamais rien revu de tel depuis », assure Duplan, pour qui le profil boucher est finalement « une anomalie ». « Ces bourrins ne sont pas les héros du football hollandais, assure-t-il. Ils n’en sont pas les hontes non plus, mais on accueillera plus facilement sur un plateau télé les joueurs qui incarnent la vraie vision qu’ils ont du foot. »