Pays-Bas-France: Pas d’Euro, une équipe d’inconnus… Mais qu’arrive-t-il au foot néerlandais?

FOOTBALL Le foot néerlandais connaît actuellement un gros trou d’air…

Nicolas Camus

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Non qualifié pour le dernier Euro et en manque de relève, le football néerlandais est dans le dur en cette année 2016.
Non qualifié pour le dernier Euro et en manque de relève, le football néerlandais est dans le dur en cette année 2016. — JONATHAN NACKSTRAND / AFP

De notre envoyé spécial à Amsterdam,

On ne sait pas vous, mais nous, on ne reconnaît plus nos Pays-Bas. Cette équipe pour qui tout amateur de foot a forcément eu de l’admiration un jour dans sa vie, est depuis de longs mois devenue une sélection banale. Beaucoup trop, en tout cas, pour faire honneur à son histoire et aux grands noms qui l’ont forgé.

A jeter un œil à l’équipe qui accueille la France, lundi, on se croirait davantage dans une partie de Football Manager qu’à un match de qualification à la Coupe du monde. Karsdorp, Bruma, Van Dijk, Blind, Wijnaldum, Strootman, Promes, Klaassen, Propper, Janssen, voilà les noms sur lesquels s’appuie le sélectionneur Danny Blind. Pas aidé, il est vrai, par le forfait de Sneijder, venu s’ajouter aux absences de plus en plus répétées de van Persie et Robben.

Non qualifiés pour le dernier Euro, et de loin (quatrièmes de leur groupe derrière la République Tchèque, l’Islande et la Turquie), les Pays-Bas connaissent un énorme trou d’air. « Ils sont entre deux générations, explique Edouard Duplan, un Français qui évolue en Eredivisie depuis 8 ans maintenant. Des jeunes très prometteurs arrivent, mais ils manquent d’expérience. Il faut du temps, et il n’y en a pas en sélection. »

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En fait, c’est toute la génération des vainqueurs de l’Euro Espoirs en 2007 (Drenthe, Babel, Maduro, etc.) qui a failli alors qu’elle devrait constituer la moelle de l’actuelle sélection. « Du coup on se retrouve avec un mixte indigeste de vieux trop fragiles [Sneijder et Robben ont 32 ans, van Persie 33] et de jeunes trop tendres », appuie Michael Bell, fondateur du site Football Oranje.

Le trompe l’œil du Mondial 2014

Le déclin est manifeste depuis l’Euro 2012, quitté sans gloire au premier tour. « Et la troisième place au Mondial 2014, on s’en tape peut-être ??? », objecterez-vous… Et bien paradoxalement, elle a fait plus de mal qu’autre chose aux Pays-Bas. « On s’est vu plus beaux qu’on était. On aurait dû tirer les leçons de 2012 mais on ne l’a pas fait », résumait l’ancienne gloire locale Ruud Krol dans L’Equipe dimanche.

Ce podium ne porte pas l’empreinte du foot néerlandais mais uniquement celle de Louis van Gaal, qui a su tirer sur un mois le maximum de son équipe en l’organisant dans un impensable 3-5-2. « Cette équipe ne ressemblait pas à une équipe néerlandaise », reprend Krol. Le retour de bâton a été violent lors des deux années suivantes.

« La suite a été mal gérée. Hiddink (resté 10 matchs) puis Blind ont multiplié les mauvais choix au niveau tactique et du management », estime Michael Bell, qui ne comprend toujours pas pourquoi la Fédération n’a pas fait confiance à Koeman avant que la situation ne se dégrade et qu’il ne veuille plus de la sélection.

Besoin d'une légende, vraiment?
Besoin d'une légende, vraiment? - Koen van Weel / ANP / AFP

Ce n’est pas mieux du côté des clubs, pas assez puissants pour garder leurs meilleurs éléments. Ces derniers partent tôt et s’enlisent à l’étranger malgré leur talent, comme Memphis Depay à Manchester United.

L’instant philo

Un autre facteur, plus philosophique celui-là, entre également en jeu. Et là, il faut écouter Edouard Duplan, notre expatrié. On vous met ça in extenso. C’est long, mais c’est bon.

« L’identité du foot hollandais, c’est le jeu. C’est Cruyff. Je ne pensais pas que c’était à ce point-là avant d’arriver. Regardez les défenseurs, ce ne sont pas des monstres physiques, ils savent tous jouer au ballon. De toute façon, ici, si t’es défenseur et que tu ne sais pas construire, tu ne trouves pas de contrat. Et si t’es coach et que tu ne joues pas en 4-3-3, tu ne tiens pas deux mois. Les Hollandais ont une vision romantique du football. C’est d’ailleurs un peu le problème face à un foot plus physique et "opportuniste" aujourd’hui. Ils ne sont pas prêts, il n’y a qu’à voir les résultats en Coupe d’Europe. Cette philosophie est un héritage fantastique et en même temps ils en sont victimes ».

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Selon le milieu d’Utrecht, la situation commence tout de même à inquiéter. « Ils se rendent compte de la limite de leur philosophie, assure-t-il. J’entends souvent cette phrase des coachs à leurs joueurs : "Arrêtez de défendre comme des Hollandais". Ça veut tout dire. Ça change doucement. On se met à former de vrais défenseurs. » Ce n’est donc peut-être pas un hasard si aujourd’hui, excepté le buteur Vincent Janssen, les talents émergents se nomment Jeffrey Bruma, Stefan De Vrij ou Virgil van Dijk, tous défenseurs.

« On va peut-être devoir louper quelques tournois, mais dans quelques années ça va revenir, il n’y a pas de doute là-dessus », croit Michael Bell. Car ce petit pays de 17 millions d’habitants - ce qui n’aide pas à sortir trois top joueurs par an, ne l’oublions pas -, a déjà connu pareille situation, par exemple au milieu des années 80. Et il s’est toujours relevé. Quand on a un attaquant qui s’appelle Promes dans son équipe, de toute façon…