France-Bulgarie: Révélation de 2015, Anthony Martial est-il déjà «old» chez les Bleus?

FOOTBALL Le statut international de l’attaquant mancunien, qui sera avec les Bleus face aux Bulgares ce vendredi en match de qualification pour la Coupe du monde 2018, est difficile à définir, un an après son transfert en Angleterre…

Julien Laloye

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Anthony Martial en septembre 2016 contre l'Italie.
Anthony Martial en septembre 2016 contre l'Italie. — CIAMBELLI/SIPA

Plus ringard que Stromae ou Claire Chazal en 2016, j’ai nommé Anthony Martial. Il y a un an tout pile, on ne parlait pourtant que de lui. Plus cher que Zidane, plus fort qu’Henry, plus malin que Benzema, Martial représentait l’avenir du foot français. Le gars qui allait régler la question de l’avant-centre en bleu pour dix ans. Aujourd’hui, l’attaquant mancunien est le type qui jouera peut-être à gauche contre la Bulgarie. Ou peut-être en pointe. Ou peut-être pas, il faut voir, Gameiro c’est quand même superfort, et puis les GG, ça fait un bon titre pour les journaux. Saloperie de mode qui passe trop vite.

Comme on dit chez mamie, il y a eu une couille dans le potage. Ou dans son cas, un enchaînement de couilles, si on peut se permettre. En voici la liste.

>> En vidéo, revivez la saison contrastée d’Anthony Martial

Le fameux Euro raté 

Les emmerdes pour Toto Martial commencent durant l’Euro. sorti à la mi-temps contre l’Albanie, il est placardisé jusqu’à la 113e minute de la finale. Personne ne s’en est offusqué, ce qui est dingue avec le recul, car :

  • la France avait disputé sa pire mi-temps de l’année ;
  • c’est moins facile de briller quand Griezmann n’est pas là ;
  • Gignac n’a pas été meilleur, pourtant il est rentré à tous les matchs ;
  • l’état de grâce de Payet n’allait pas durer éternellement (il a disparu en phase finale) ;
  • Martial est arrivé cramé à Clairefontaine après une saison éreintante. Depuis septembre 2015, il doit en être à 70 matchs toutes compétitions confondues, dont 57 avec MU.

L’avis de l’ancien international Steve Marlet :

« On a été sévères avec lui pendant l’Euro. Il a raté la préparation parce qu’il était blessé, c’est pas illogique qu’il ait eu du mal à être performant. Quand un grand attaquant arrive comme ça, les exigences sont tout de suite très élevées, et dès qu’il y a une période de moins bien, on fait comme s’il avait 25 ans et plusieurs années d’expérience derrière lui. Martial a 20 ans, il a encore le temps d’exploiter le potentiel qu’on lui prête. »

Un statut incertain à Manchester

Surutilisé par Van Gaal l’an passé, Martial tâte le banc d’un peu plus près avec Mourinho. « Quand une équipe ne joue pas très bien, il arrive qu’un joueur sorte du lot, justifie le Special One. La saison passée, si Martial n’était pas là, Manchester ne gagnait pas un match. Cette saison, l’équipe gagne des matchs sans lui, mais ça ne l’empêche pas d’être performant quand il joue. Pour moi, ce qu’il fait est très satisfaisant, et je n’en attends pas plus que lui pour le moment. » De fait, alors même que la presse anglaise de référence fait état d’une certaine préoccupation de Mourinho quant à l’incidence de la vie privée agitée de Martial sur son rendement, on ne voit pas bien ce qu’on peut reprocher au Français depuis son arrivée. En effet,

  • il est le meilleur buteur sur un an d’une équipe qui joue mal au foot ;
  • il joue à gauche sans moufter et sans oublier de défendre ;
  • il laisse son numéro de maillot à Ibra sans faire un scandale ;
  • il convainc Van Gaal et Mourinho, qui ne sont pas des tocards, de lui faire confiance ;
  • il affronte une concurrence monstrueuse et joue quand même (Depay, Mata, Myktharian, Rashford, Lindgaard).


L’avis de Steve Marlet :

« Manchester change souvent d’entraîneur, mais on compte sur lui à chaque fois. C’est le meilleur buteur du club la saison dernière, et il prend l’habitude de jouer avec des stars dominantes à leur poste. C’est peut-être plus facile pour lui de jouer à son niveau là-bas parce qu’il les côtoie tous les jours. En sélection, tout le monde arrive trois jours avant et chacun est livré à lui-même sur le terrain à cause du manque de préparation collective. »

Le jeunisme ne joue plus pour lui

Sans vous faire la leçon sur la société de l’instantanéité et tous les trucs qui vont avec, il a un an, Martial incarnait la nouveauté aux yeux du grand public. Sauf que le grand public (et les journalistes) ont besoin de se raconter de nouvelles histoires toutes les semaines. Place à Dembélé, Fekir, Gameiro, et même Mbappé tant qu’on y est.

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Pourtant, on a le droit de penser que pour affronter la Bulgarie et les Pays-Bas sans Giroud, Benzema, ou Lacazette, il n’y a pas mille questions à se poser sur l’identité de l’avant-centre des Bleus. Nos arguments ?

  • qui est aussi efficace que Martial en neuf si on enlève Griezmann de l’équation ? Personne (18 buts avec Manchester pour info) ;
  • qui peut jouer à autant de postes ? Personne et surtout pas Fekir, qui ne veut pas entendre parler d’un poste à l’aile ;
  • qui va aussi vite avec et sans le ballon ? Coman, à la rigueur, mais ce n’est pas un buteur ;
  • qui d’autre a-t-on envie de voir avant-centre en 2018 ? Gignac et Gameiro ? Soyons sérieux deux minutes.

 

L’avis de Steve Marlet :

« On compare Martial à la génération 98, mais il ne faut pas oublier qu’Henry ou Trezeguet n’ont pas eu un niveau linéaire entre le moment où ils ont explosé, à 19 ans, et la fin de leur carrière internationale. Martial a déjà franchi l’étape du départ dans un grand club européen, il faut lui laisser du temps et savoir ce qu’on peut demander ou pas à un joueur de 20 ans. Il est bon à gauche, quand il rentre à l’intérieur et qu’il enveloppe. Vendredi, on peut tenter un coup avec lui en pointe, mais c’est risqué. La Bulgarie est première du groupe quand même. »

Notre avis ? Ok, la dégaine de Martial sur un terrain ne plaide pas pour lui. Bon ou mauvais, il a toujours l’air de prendre l’affaire de haut, ce qui n’aide pas à faire la différence. Deschamps lui a adressé des reproches entre les lignes en septembre, au passage :

« Il doit être plus régulier en dépit de ses qualités. Il peut faire des différences dans le jeu parce qu’il est capable de marquer et de faire des passes décisives. Il doit maintenir un certain niveau de jeu sur plusieurs semaines et plusieurs mois. »

Mais là aussi, c’est un argument fallacieux. Henry, si l’on poursuit l’analogie, puait l’arrogance dans tout ce qu’il faisait et il a fini meilleur buteur de l’histoire des Bleus. Bref, Didier, fous-nous Martial dans l’axe contre les Bulgares et on n’en parle plus.