France-Bulgarie 93: Mais pourquoi diable David Ginola a pris pour tout le monde?

FOOTBALL Deschamps, Blanc, Houllier... Il y avait d'autres responsables, mais c'est Ginola qui a tout ramassé sur la gueule...

Romain Baheux

— 

David Ginola, le bouc émissaire de France-Bulgarie.
David Ginola, le bouc émissaire de France-Bulgarie. — TAVERNIER NICOLAS/SIPA

France-Bulgarie, 23 ans après, épisode 3/3

Amusez-vous à faire le test. Lancez la discussion sur ce France-Bulgarie de 1993, évoqué à foison ces derniers jours à cause des retrouvailles entre les deux sélections vendredi, et dans les dix secondes, le nom de David Ginola surgira. Car on ne vous apprend rien, l’ailier gauche doit son statut de banni du football français à ce 17 novembre 1993, où il centra au lieu de conserver la balle, lançant la contre-attaque conclue par le but traumatisant d’Emil Kostadinov.

Mais si L’Equipe barre sa Une du lendemain d’un « Inqualifiable » sans faire mention du Parisien, le sélectionneur des Bleus Gérard Houllier se charge d’allumer, à froid, son joueur, évoquant aussi bien l’action qu’une interview où le Parisien avait critiqué ses choix. En quelques heures, « El Magnifico » devient le bouc émissaire d’une France cruellement privée de Coupe du monde aux Etats-Unis.

 

« On n’a pas trop compris comment il se retrouvait à endosser ce rôle, se souvient celui qui était directeur sportif du PSG, Jean-Michel Moutier. A son retour au club, staff et joueurs l’ont protégé au maximum de ce statut de bouc émissaire. On a vu qu’il en prenait plein la gueule et c’était dur pour lui. » En regardant le but, difficile pourtant de charger uniquement Ginola, qui perd le ballon mais à l’opposé du but gardé par Bernard Lama.

>> A lire aussi les deux autres épisodes de notre série: Si les Bleus n'avaient pas perdu contre la Bulgarie et Le vrai scandale, c'est France-Israël.

« On était six derrière contre deux ou trois Bulgares. Nous sommes beaucoup plus responsables que lui », le défendait Alain Roche, titulaire en défense ce soir-là, dix ans plus tard dans L’Equipe Magazine. Effectivement, à vue de nez, on en repère déjà quelques-uns qui doivent regarder leurs chaussettes quand on leur parle de cette action:

1. Didier Deschamps: Beaucoup trop haut sur le terrain pour un milieu défensif, il oublie de presser la relance bulgare.

Didier, c'est quand tu veux.
Didier, c'est quand tu veux. - Capture d'écran

2. Reynald Pedros et Paul Le Guen: Niveau tentative de prise à deux sur Penev, on a connu plus virulent. 

3. Alain Roche: Il est battu au duel par Kostadinov sur le ballon aérien.

4. Laurent Blanc: Il ne couvre pas Alain Roche et arrive trop tard pour tacler.

Attention, scandale en vue.
Attention, scandale en vue. - Capture d'écran

5. Gérard Houllier: Comme l'a expliqué notre bourreau Emil Kostandinov, les hommes de Sofia ont été surpris par les choix du coach tricolore. « Cette défaite, ce n’était pas la faute de Ginola, a expliqué le Bulgare à RMC. Pour moi, le responsable était l’entraîneur Gérard Houllier qui a demandé à ses joueurs de continuer d’attaquer. » Dans une autre veine, L'Equipe de mercredi nous a appris que Franck Sauzée avait pesté contre sa sortie à dix minutes de la fin, lui qui était le plus expérimenté de l'entre-jeu.

Mais il faut un coupable, et autant que ce soit un joueur fort en gueule, beau gosse et médiatisé qu’un quelconque tâcheron qui aurait mis trop de temps à presser un Bulgare. Pour ses proches, c’est plus l’homme que le footeux qu’on a chargé.

« On ne l’a pas ciblé au hasard, raconte Jean-Claude Guidicelli, son avocat lorsqu’il attaque Houllier en justice à la sortie du livre où le technicien qualifie de « salaud » en 2011. Il était remarquable et remarqué, c’était le mec qui avait une gueule, une éducation, mais il faudra m’expliquer en quoi c’était de sa faute. Il a pris un tacle par-derrière, sauf qu’on n’a pas cassé des jambes mais un homme. »

Pendant un an et demi, Ginola se fait siffler dès qu’il s’éloigne de son Parc des Princes. Excédé, il quitte la D1 pour la Premier League et Newcastle et rechigne à entrer sur le terrain lors de sa dernière sélection avec les Bleus en 1995. Le voilà à endosser le rôle du paria, celui qu’il faut mettre dehors pour permettre à la génération des Zidane and co de s’émanciper.

« S je n’ai pas été parmi les 22 en 1998, c’est bien évidemment parce qu’il y a des propos qui ont dépassé la pensée de certains », regrettait David Ginola il y a un an, lors d’un grand moment sur l’antenne RMC. Le joueur avait appelé le standard de la radio après le passage en studio d’un invité qui l’avait grandement énervé. On vous laisse devenir l’identité de l’intervenant. Un indice : il était sur le banc ce triste soir de novembre 1993.