VIDEO. Euro 2016: L'Islande a déjà été le centre du monde, et c'était quand elle faisait le poisson pour célébrer ses buts
FOOTBALL•On a retrouvé les gars de Stjarnan, qui étaient devenus les stars du web en 2010…B.V.
Ca va bientôt faire 230 années que les Geyser éruptent, 40 que le Lagon Bleu réchauffe les touristes et probablement quelque deux ou trois millions que le glacier Vatnajökull impose sa masse au monde, mais on n’a jamais autant parlé de l’Islande que ces dix dernières années. Sales coups, quand même, ces histoires de crise économique et de volcans qui emmerdent toute l’Europe. Heureusement il y a le foot : une victoire contre l’Angleterre en huitièmes de l’Euro et vous devenez le pays le plus cool du moment.
Et ce n’est pas la première fois. Souvenez-vous : nous sommes en 2010 et la planète croit encore qu’Inception est un bon film. Le marasme est total, Bugarach n’a jamais été aussi proche. Et puis une belle bande de tanchards géniaux venus d’Islande va redonner espoir à l’humanité en imitant un poisson sorti de l’eau après avoir marqué un but. « Ah mais ouiiiii, putainnnnn, c’est eux », êtes-vous en train de penser. Oui, c’est eux, les mecs du club de Stjarnan, devenus stars planétaires pour avoir inventé les célébrations de but les plus connes/folles/drôles de l’histoire du foot. Tout a donc commencé par le poisson, puis il y a eu les toilettes, le bobsleigh, la grenade, le vélo, la naissance…
« On a commencé par la célébration du poisson et très vite le truc est devenu viral partout dans le monde, explique Jòhann Laxdal, défenseur toujours au club. C’était complètement fou. » Pour mesurer la puissance du « buzz » (c’est le mot qu’on employait en 2010, j’y suis pour rien moi), dites-vous bien que les gars sont passés de jouer chaque semaine devant 200 personnes et 12 moutons à :
- Faire la Une de journaux télés au Japon
- Recevoir dans leur ville de 13.000 habitants des journalistes du monde entier
- Recevoir des courriers de fans d’Europe, d’Asie et énormément du Brésil pour leur supplier de continuer
- Faire des talk-shows en Angleterre et Allemagne (Laxdal en a fait trois par exemple)
- Répondre à une interview du New-York Times
- Tourner des pubs pour Nivea ou Movistar
Avec six ans de retard, on a donc posé à Jòhann Laxdal toutes les questions qu’on aurait rêvé de poser aux artistes si l’on avait eu à l’époque le moindre réflexe journalistique.
Ça vous prenait combien de temps à l’entraînement de bosser ça ?
Aucun. On ne travaillait jamais les célébrations à l’entraînement (vous n’êtes pas obligé de le croire). On en parlait dans le vestiaire, on se mettait d’accord sur un truc et on le faisait sur le terrain, naturellement. Par contre, on décidait avant le match ce qu’on ferait en cas de but.
Mais comment ça vous venait à l’esprit des trucs aussi cons ?
Ahah. Bah on avait des idées entre nous, et puis certains fans nous écrivaient pour nous proposer des célébrations. Par exemple celle du vélo c’est un fan brésilien qui m’a demandé via Facebook de la faire.
Ça les rendait pas fous vos adversaires ? Et votre coach, il disait rien ?
Non. Notre entraîneur nous disait de continuer tant que ça n’interférait pas avec nos performances sur le terrain ou que ça ne manquait pas de respect à l’adversaire.
Mais pourquoi vous avez arrêté ?
A un moment, quelques mois après, on a senti que le truc commençait à s’essouffler. On ne voulait pas forcer et que ça devienne un peu lourd. Il fallait que ce soit naturel. On préfère que ça reste un bon souvenir, une parenthèse enchantée, qu’on puisse y repenser en ayant que de bons souvenirs.
Vous avez des potes dans l’équipe d’Islande actuellement. Est-ce qu’il y a moyen que leur demande de faire le poisson s’ils marquent dimanche au Stade de France ?
Aucune chance ! Le sélectionneur actuel n’aimerait pas, il est très discipliné.
Six ans après, quel regard portez-vous sur tout ça ?
C’était une expérience incroyable. Beaucoup de gens m’ont contacté pour me dire à quel point tout ça les avait fait marrer et qu’ils avaient pris du plaisir. A titre personnel, je n’oublierai jamais. C’est quelque chose que je raconterai souvent à mes petits-enfants.
Et en vrai, ça t’as permis de pécho ou pas ?
Ahah non, je crois pas qu’on puisse dire ça…
Ah, et pour la petite histoire, le club a remporté son premier titre de champion d’Islande quatre ans plus tard - « sans doute parce qu’on avait un sacré esprit d’équipe et qu’on s’amusait sur le terrain, ça aide d’avoir un gros moral ». Balancé en Ligue Europa contre l’Inter Milan, Laxdal avoue alors au New-York Times qu’il n’y a pas de célébration prévue mais « que son esprit un peu foufou réfléchit à quelque chose de spécial en cas de qualification ». Ça a donné 0-9 sur l’ensemble des deux manches. Dommage.


















