Euro 2016: Non, Ukraine-Pologne ne sera pas forcément un carnage entre supporters

FOOTBALL Le match classé à risque par l'UEFA, se tiendra mardi 21 juin au Stade Vélodrome de Marseille, 10 jours après les incidents lors d'Angleterre-Russie...

C.L.

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Un supporter anglais le 11 juin à Marseille
Un supporter anglais le 11 juin à Marseille — JEAN CHRISTOPHE MAGNENET / AFP

A Marseille,

Mardi 21 juin, se tiendront à 18h, les deux derniers matchs de la poule C de cet Euro 2016. Irlande du Nord-Allemagne, à Paris et Ukraine-Pologne, à Marseille. Les deux rencontres seront les dernières classées à risque par l’UEFA.

A Marseille, les affrontements entre Russes et Anglais font craindre le pire. Qui ne devrait pas arriver. Explications.

Les matchs précédents ? Pas rassurants
Clairement, les précédents matchs de poule qui se sont tenus à Marseille, ne rassurent pas du tout. A part France-Albanie, les deux autres ont été entourés d’incidents. Lors d' Angleterre-Russie, des supporters russes avaient pu quasi librement traverser le virage sud et se rendre en tribune Jean Bouin. Cherchant au passage l’affrontement avec les fans anglais et effrayant les familles dans les gradins. Avant ça, Anglais et Russes se sont affrontés sur le Vieux-Port, laissant sur le carreau, 35 blessés dont un en urgence vitale.

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Lors d’Islande-Hongrie, match non classé à risque, des fumigènes et bombes agricoles ont pu entrer dans le Vélodrome et être tirés pendant la rencontre. Avant le match, des supporters ont encore tenté, avec plus ou moins de réussite cette fois, de traverser le coin délimitant le virage sud et la tribune Ganay.

La réaction des autorités ? Pas toujours adaptée
Le Préfet des Bouches-du-Rhône s’est montré confiant lundi, à 24 heures du match entre l’Ukraine et la Pologne. « Un millier de policiers seront mobilisés », a détaillé Laurent Nunez, qui assure avoir appris des événements survenus le 11 juin ainsi que dans de précédentes villes. Lors du choc entre l’Angleterre et la Russie, les effectifs de CRS étaient essentiellement mobilisés à l’extérieur du Stade. Lors d’Islande-Hongrie, les stadiers et forces de l’ordre sont intervenus beaucoup plus rapidement. Les autorités ont aussi ciblé certains fans qui seront particulièrement surveillés : 200 du côté polonais et une quinzaine côté ukrainien. La France « aura à l’oeil les supporters ultras », comme l’a rappelé Laurent Nunez. Les plus virulents hooligans, eux, ont d’ores et déjà « interdits de territoire », après signalement de leur pays.

La mairie de Marseille a décidé de reporter la fête de la musique au 24 juin, pour éviter de multiplier les attroupements. La Ville a également interdit la vente d’alcool à emporter autour des zones sensibles. Dans l’ensemble, le dispositif sera similaire aux précédentes rencontres, en ville, comme au Stade Vélodrome, même si la Préfecture a demandé à l’UEFA d’être « encore plus vigilante » sur l’entrée d’objets interdits. Tout va donc dépendre de la détermination des individus les plus violents et du travail en amont de l’Etat dont ils sont ressortissants.

Le style des hooligans ukrainiens et polonais ? Pas si problématique
« Il y a une forme de panique morale autour de ces hooligans qui viennent des pays de l’Est, tempère Ludovic Lestrelin, maître de conférences en sciences sociales et expert du supportérisme. On a l’impression de rejouer les invasions barbares. » En fait, même si la porosité est grande entre les supporters les plus extrêmes, comme une sorte de mondialisation du hooliganisme, tout dépend de la gestion des autorités locales. La Russie avait clairement montré de nombreuses défaillances en ne retenant sur le territoire que 30 individus. En Ukraine, « le hooliganisme est très bien géré, expliquait Vivien Couzelas, auteur du livre, Dans la tête d’un hooligan, à TF1. On parlait d’éventuels débordements entre l’Allemagne et l’Ukraine, mais il n’y en a pas eu. » Depuis la crise politique ukrainienne, les Ultras (à différencier des hooligans mais pouvant s’y mêler), ont de plus plutôt tendance à s’unir dans un message d’apaisement, qu’à s’affronter.

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Les hools polonais sont eux les plus « réputés », avec les Russes et les Hongrois, analyse Ludovic Lestrelin. « Ils ont ce côté très préparé ». Mais leurs premiers matchs de poule à Nice et Paris, n’ont pas été l’objet de débordements. A Nice, les violences orchestrées le 12 juin, ne concernaient apparemment qu’Irlandais du Nord et ultras niçois. La sélection nationale s’est d’ailleurs montrée élogieuse à leur égard, ce lundi : « Nos supporters ont été exemplaires », a revendiqué le staff polonais.

En conclusion ? Marseille ne devrait pas revivre le chaos qui a entouré le match entre l’Angleterre et la Russie mais si des hooligans décidaient d’en découdre, l’alerte du 11 juin ne suffirait sans doute pas à les juguler.