Euro 2016: Voilà ce qu’il s’est vraiment passé au Vélodrome à la fin d’Angleterre-Russie

FOOTBALL Des supporters russes sont sortis très facilement de leur parcage…

C.L.

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La tribune des supporters russes, dans le virage sud du Vélodrome.
La tribune des supporters russes, dans le virage sud du Vélodrome. — CL

Alors que supporters russes et anglais se sont affrontés dans le centre-ville de Marseille samedi après-midi, laissant un homme entre la vie et la mort, les débordements se sont poursuivis au Stade Vélodrome, le soir d’Angleterre-Russie, premier match marseillais de cet Euro 2016.

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Que s’est-il passé ?

La situation a dégénéré après l’égalisation russe dans le temps additionnel. Les Russes les plus virulents, installés en bas à droite du virage sud, ont commencé à soulever une corde de sécurité (une simple corde blanche !). Les stadiers ont tenté tant bien que mal de maintenir cette protection, avant de céder.

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La - CL

Certains ont commencé à tenter d’envahir la pelouse. Surtout, un énorme mouvement de foule a eu lieu. Une masse de supporters a couru vers l’autre extrémité du virage. Certains ont escaladé les grilles en fer, menant sur le coin du terrain. D’autres ont traversé plus haut, envahissant le côté de la tribune Jean Bouin (voir à 20'' et 50'' ci-dessous). Un cordon vertical de CRS doublé d’une barrière de policiers s’est ensuite positionné au milieu du virage. Ce qui a mis fin aux débordements.

Qui était en virage sud ?

Des supporters russes très agités étaient regroupés en bas à droite. Parmi eux, des membres violents, dont les pires fonctionnent comme « une police paramilitaire », selon Ludovic Lestrelin, spécialiste du hooliganisme. Certains drapeaux et tee-shirts de sections hooligans ont d’ailleurs pu être identifiés dont ceux de supporters moscovites du Lokomotiv (le groupe des Orel Butchers), du Torpedo et du Spartak (Gladiators Firm 96). Ce sont ces derniers qui avaient promis d'« éradiquer » les Anglais, à Marseille. Le reste du virage semblait plus mélangé. Avec une majorité d’Anglais sur la gauche. Un mix explosif donc, comme l’a reconnu l’UEFA. L’instance européenne du football a admis « des problèmes de séparation », entre les supporters. L’UEFA a promis de renforcer le dispositif pour les prochains matchs. Elle a aussi menacé l’Angleterre et la Russie de disqualification en cas de nouveaux incidents.

Comment les spectateurs l’ont-ils vécu ?

A la différence de la population du centre-ville, très avinée, masculine et jeune, les spectateurs venus assister au match étaient davantage constitués de familles, de couples et de personnes dépassant la cinquantaine. L’ambiance précédant la rencontre était d’ailleurs festive, Anglais et Russes déguisés prenaient des photos ensemble. De jeunes enfants déambulaient avec leurs parents tranquillement, sandwich à la main, boulevard Michelet. Et tout ce tranquille petit monde s’est retrouvé dans le même stade que quelques supporters violents.

Des images témoignent de la détresse d’un père, son enfant dans les bras, assailli par des supporters. « Les stadiers nous ont dit qu’ils avaient été débordés, raconte Lou, 30 ans, et [qu’ils] ne pouvaient rien faire contre les supporters qui sautaient par dessus les barrières afin d’en découdre. » Cette jeune femme dit avoir vécu un « calvaire pendant deux heures ». Après les débordements, c’est à la consigne, sur l’esplanade extérieure, que la jeune femme a patienté, dans un désordre total. « Nous nous sommes retrouvés complètement abandonnés avec des supporters saouls et violents ou au bord de la crise de nerfs. J’ai été écrasée contre les baraquements. Il n’y avait que les stadiers autour de nous. Je me suis pris des coups, des femmes se sont évanouies, certains ont loupé leur avion. Surtout, nous étions une cible vulnérable », déplore celle qui était au Stade de France le 13 novembre.

Les conditions de sécurité étaient-elles suffisantes ?

Aucun CRS ne stationnait hier en bas des virages du Vélodrome. Sur les images ci-dessous (à 1’10 par exemple), on voit bien que seuls sont présents de stadiers, en gilet jaune ou orange. Pire, aucune délimitation matérielle n’était prévue entre les Russes et la zone mêlant Russes et Anglais.

Mouvements de foule au Vélodrome en schéma le 11 juin 2016
Mouvements de foule au Vélodrome en schéma le 11 juin 2016 - CL

Sur cette vidéo, on voit bien, à partir d’1’50, les supporters traverser le virage horizontalement sans aucune difficulté :

C., ancien stadier du Vélodrome, a suivi pendant trois ans les matchs de l’OM depuis les virages. Pour lui, ce qui est arrivé samedi est clairement « anormal ». « Quand tu vois un OM-PSG, il y a des lignes d’hommes pour séparer les visiteurs et les locaux, des CRS, des policiers ou des stadiers un peu plus gaillards que les autres et entraînés pour des débordements. » Mais à la différence d’un match de championnat, sur l’Euro, « ils augmentent la surveillance dehors, analyse celui qui a aussi participé à l’organisation de la Coupe du Monde de rugby en France, mais se contentent du cahier des charges traditionnel à l’intérieur du stade » Qu’on parle d’un France-Espagne ou d’un Angleterre-Russie.

Autre fait choquant : des fumigènes et une fusée (au début de la vidéo ci-dessus) ont été tirés en fin de rencontre et une bombe agricole a explosé, créant quelques secondes de flottement dans le public. Malgré les deux niveaux de fouilles prévues, des individus sont donc parvenus à introduire des objets interdits et potentiellement dangereux.

Des fumigènes au vélodrome le 11 juin 2016
Des fumigènes au vélodrome le 11 juin 2016 - BERTRAND LANGLOIS / AFP

Un reporter du Sun affirme même, vidéo à l’appui, avoir réussi à s’introduire dans le Vélodrome, sans contrôle, ni accréditation.