Marseille: Les spotters, ces policiers étrangers qui renseignent la police française

SOCIÉTÉ Ils sont présents pour chaque match de l’Euro…

A.R.

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Des policiers hongrois sur le Vieux-Port — A.R

Ils sont environ six par pays à venir à Marseille. Pour chaque match de l’Euro, des policiers étrangers prêtent main-forte à la police française. Ce sont des « spotters », des observateurs des supporters de leur propre pays, présents sur place pour renseigner les forces de l’ordre françaises.

« Le spotter est un genre de chien de berger »

Mardi, pour le match Ukraine/Pologne, classé sensible par l’UEFA, leur rôle sera primordial. « Les policiers étrangers connaissent la mentalité du pays, leurs supporters et les groupes de hooligans, explique Bernard Clavel, correspondant zonal de la division nationale de lutte contre le hooliganisme. Ils font du renseignement : ils nous donnent toutes sortes d’infos que l’on répercute ensuite aux effectifs de police sur place. Le spotter est un genre de gardien de troupeaux, comme les chiens de berger : gérer 5 000 personnes au même endroit, c’est compliqué. »

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A Marseille, trois dispositifs sont mis en place, la veille, le jour et le lendemain d'un match, autour de la fan zone du Prado (8e), au Vélodrome (8e) et dans le centre-ville (1er). Après les affrontements jeudi 9 juin, vendredi 10 juin et samedi 11 juin sur le Vieux-Port entre supporters en marge du match Angleterre-Russie qui ont fait 35 blessés, dont deux graves, la vigilance est de mise.

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« Le Vieux-Port est mal configuré pour gérer les foules, estime Bernard Clavel. C’est un axe de passage pour les Marseillais, la mer est un inconvénient car elle crée une seule possibilité de passage pour aller d’un côté à un autre. Les accès sont mal faits : samedi dernier, nous avons été obligés de fermer les rues pour contenir la foule au même endroit. Et surtout, le Vieux-Port est loin du stade, ça crée des déplacements de groupe. »

« J’ai eu l’information, confirmée par les "chefs" du groupe de supporters »

Agora de la ville, le Vieux-Port est le lieu naturel de rencontre des supporters. Samedi, 18 juin, c’est le point de rendez-vous d’un groupe de « hools » Hongrois, tee-shirt et short noirs, muscles et tatouages apparents. Le groupe veut prendre la tête d’un cortège de supporters, direction le Vélodrome.

Christina, chasuble bleu avec le drapeau hongrois sur le dos, prend « le pouls de la foule ». Policier spotter, elle a appris par des supporters que le cortège partirait avec du retard. D’un pas alerte, elle se dirige vers les leaders du groupe pour parler de leurs intentions. « Ils devaient partir à deux heures mais ils attendent encore du monde, souligne-t-elle. J’ai eu l’information, confirmée par les "chefs" du groupe de supporters. Et puis je préviens la police française », présente à ses côtés et chargée de sécuriser le trajet jusqu’au Vélodrome. Mercredi, elle sera à Lyon, pour suivre ses compatriotes en compétition contre le Portugal.

« En groupe, on a aussi le sentiment d’être déresponsabilisé de ses actes »

« Nous assistons la police française en observant nos supporters et en parlant avec eux », raconte aussi William, un spotter Islandais, en civil, afin de pouvoir se mélanger discrètement à la foule. Dans la soirée, il sera au Vélodrome avec les supporters. Pour l’heure, plusieurs Islandais s’arrêtent discuter avec ses collègues en uniforme. Ils se serrent la main, prennent des photos, espèrent tous voir leur équipe gagner. L’ambiance est bon enfant.

Des policiers islandais avec de supporters
Des policiers islandais avec de supporters - A.R

Mais « il y a toujours un risque que ça dérape, analyse Bernard Clavel, lui-même spotter de l’Olympique de Marseille pour les matchs de Coupe d’Europe. Nous ne sommes pas dans leurs têtes. Et le comportement d’un supporter est tribal : il obéit à un chef, à un drapeau. En groupe, on a aussi le sentiment d’être déresponsabilisé de ses actes, commis ensemble ; » Là, peut facilement couver le danger.