But de l'année en Cecifoot: «Tu ne sais plus où t'es après» rigole Yvan Wouandji

FOOTBALL Yvan Wouandji a inscrit le but de l’année en Cécifoot…

B.V.

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Capture d'écran de l'action de Cecifoot
Capture d'écran de l'action de Cecifoot — Capture d'écran

De l’Angleterre à l’Australie en passant par les Etats-Unis: en deux jours, le slalom d’Yvan Wouandji a fait le tour du monde. «Je m’attendais pas du tout à ce que ça prenne ces proportions-là», en rigole-t-il. Le jour de ses 22 ans, le défenseur de l’équipe de France de Cécifoot, le foot pour les non-voyants, est devenu une star de Youtube (plus de 200.000 vues) grâce à son but sublime face à l’Allemagne, vendredi. Roulette, accélération, conduite de balle et frappe croisée, il nous raconte ce moment où il s’est senti «comme Ronaldo ou Messi».

Vous êtes au courant que vous êtes devenu une star?

(Il se marre) Non! C’est vous qui m’avez montré qu’il y avait des articles dans de nombreux médias à travers le monde. Je suis rentré de Strasbourg samedi soir et j’ai eu beaucoup de trucs à faire. Je savais que ça avait cartonné mais je ne me rendais pas compte des proportions. Et lundi soir j’étais devant l’émission J+1 et ils ont parlé de moi et montré le but, j’ai un peu halluciné. Du coup j’ai reçu pas mal de messages depuis.

C’est quoi la genèse de ce but?

On prépare avec l’équipe de France la Coupe d’Europe, du 20 au 30 août, dont les deux finalistes seront qualifiés pour les jeux paralympiques à Rio l’an prochain. On avait deux matchs amicaux contre l’Allemagne vendredi et samedi à Strasbourg (les matchs durent 2 x 25 minutes). C’était lors du premier match, et il y avait une ambiance de malade car il y avait pas mal d’écoles invitées pour assister à la journée et beaucoup de médias. C’est rare. A la mi-temps, il y avait 0-0 mais on dominait comme des malades…

Et vient l’exploit…

Ouais (rires). Il y a toujours 0-0, il reste trois minutes et on a eu encore pleins d’occasions. Je suis défenseur, le gardien me donne la balle tout derrière près des barrières. Je monte avec sur le flanc gauche, je repasse sur la droite, j’accélère, je dribble trois ou quatre adversaires et je frappe croisé, imparable.

Toute cette montée de balle et la lucidité sur la frappe croisée, c’est à l’instinct?

Oui ! Si tu me demandes de le refaire, j’y arriverai pas. Ce n’est pas mon cerveau qui m’a dit de frapper croisé, je suis trop bête pour le faire (rires). Je sais que si je tire tout droit, le gardien va l’avoir.

(Capture d'écran de tous les sites qui parlent de son exploit)

Comment savez-vous vous situer vis-à-vis du but et où il faut tirer?

C’est une question d’habitude et de répétition des gestes. Le terrain de Cécifoot est divisé en trois parties (défense, milieu et attaque, avec un coach qui a le droit de parler pour chaque zone). Quand j’arrive dans la zone de l’attaque, j’écoute mon guide (placé derrière le but adverse) qui me dit «7 ou 8 mètres» du but. A partir de dix mètres, on peut tirer et marquer. Pour croiser la frappe, je tire un peu à gauche de la voix.

Votre célébration de but est dingue. On a l’impression que vous êtes dans un autre monde…

C’est ce que dit Romain Del Bello (le présentateur de J+1), j’ai fait des pas de danse! J’étais trop content. Pour moi, pour le public, et pour le match… On a tellement poussé, il y avait tellement d’ambiance. Ma première idée a été d’aller vers le banc de touche, je ne pouvais pas rester devant le but à célébrer, il fallait que j’aille vers tout le monde. Tous mes coéquipiers me rejoignent, me sautent dessus. Tu ne sais plus où tu es après. Parce que le but est beau et parce qu’il est décisif. Même le coach me dit «t’as dribblé six joueurs, dont deux de tes coéquipiers». Je me suis dit, quand Messi et Ronaldo marquent des buts comme ça, ce sont ces sensations là qu’ils ont.

Vous vous êtes rendu compte directement que c’était le but d’une vie?

En termes de qualité d’action, ouais. C’est un but qui me suivra longtemps et qui m’a marqué. J’en ai inscrit deux décisifs trois jours avant dont une superbe frappe barre rentrante avec mon club lors d’une finale régionale, mais là c’est l’équipe de France. Et j’ai le numéro 10. Contre l’Allemagne. Ça dépasse tout…

Du coup maintenant vous roulez en Porsche et les femmes vous attendent en bas de chez vous?

(Il se marre) Il n’y a toujours pas de Porsche en bas mais j’espère faire le buzz pour permettre au cécifoot et au handisport d'évoluer. Non je reste toujours le même. Un universitaire en information et communication qui veut devenir journaliste. Je suis surtout content pour mon sport. C’est la preuve que même si c’est non-voyant, c’est vraiment du foot. Malgré le handicap, on est des vrais sportifs et on prend autant de plaisir que les gens valides. On vit, on kiffe, on s’épanouit, on a de la joie, on transpire sur le terrain. Le matin, on a échangé avec des gamins non-voyants de 6, 7 ou 8 ans, invités. C’était hyper touchant. On est un peu des modèles pour eux et ce but prouve qu’on peut faire plein de choses à travers le sport.

Ou voir du Cécifoot? Les phases finales du championnat auront lieu à Vincennes les 6 ou 7 juin prochains.