Tour de France 2025 : Tadej Pogacar et son équipe UAE, en balade à Hautacam, « détruisent-ils » le cyclisme ?
la leçon•En démonstration, Tadej Pogacar a remporté la douzième étape du Tour de France ce jeudi à HautacamAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Tadej Pogacar a dominé la première étape pyrénéenne à Hautacam ce jeudi, distançant Jonas Vingegaard de plus de deux minutes et creusant l’écart au classement général.
- Nettement supérieur, le Slovène possède avec Pollitt, Wellens et Narvaez une équipe UAE-Team Emirates surpuissante, et ce malgré l’absence de João Almeida.
- Cette victoire à Hautacam représente une revanche pour Pogacar qui avait été humilié au même endroit en 2022 par Vingegaard.
C’est beau, l’espoir. Cette projection de la conscience humaine vers un imaginaire meilleur nous remplit le cerveau d’un liquide presque hypnotique. Et le retour sur terre est souvent violent, les aspirations, les attentes, l’optimisme venant se fracasser avec perte et fracas sur l’autel d’une réalité trop brute. Il y avait de ça, ce jeudi soir, dans la petite station pyrénéenne d’Hautacam, après que Tadej Pogacar eut, une nouvelle fois, démontré qu’il était seul sur sa planète.
Pourtant, quelques heures plus tôt, au départ de la 12e étape à Auch, nombreux étaient ceux qui envoyaient les signes d’une recomposition de l’univers. Oui Tadej Pogacar est sûrement le plus fort, mais comment va-t-il se remettre de sa chute à Toulouse ? Comment UAE-Team Emirates va-t-elle pouvoir lutter face au collectif de la Visma ? Comment Pogi va faire pour résister aux attaques successives de Matteo Jorgenson et Jonas Vingegaard dans cette première étape de haute montagne ?
Vingegaard en simple faire-valoir
Les réponses sont, malheureusement pour le suspense de ce Tour de France, venues bien trop tôt. Dès le pied de la montée d’Hautacam, à plus de dix kilomètres de l’arrivée, au moment où Jhonatan Narváez a tapé un sprint de zinzin pour lancer son leadeur démoniaque. Il n’y avait alors déjà plus de collectif de la Visma, éparpillée sur le goudron pyrénéen, seulement un dernier combattant, un dernier survivant, qui n’a pas tardé, lui non plus à lâcher les armes.
En quelques mètres, Tadej Pogacar a décroché celui qu’on présentait comme son seul adversaire et qui, finalement, ne sert que de sparring-partner dans un jeu bien trop simple pour le champion du monde. Dix secondes d’écart, puis rapidement trente, la minute… Au bout de 13,5 km d’une démonstration sans égal que seuls, à la grande époque, Bjarne Riis, Luc Leblanc et Miguel Indurain auraient pu suivre, le Slovène a relégué Vingegaard à plus de deux minutes.
Au général, le Danois pointe désormais à plus de trois minutes trente. Un gouffre, un précipice, les abysses. « Non, le Tour de France n’est pas fini, a tempéré le futur quadruple vainqueur de l’épreuve à l’arrivée. Demain [vendredi], il y a le chrono, il faudra être très fort. Le lendemain, c’est encore plus dur [avec l’enchaînement Tourmalet, Aspin, Peyresourdes, Superbagnères]. Il y a d’autres étapes piégeuses. Il faut rester calme, continuer avec ce rythme. »
Vingegaard « reste le meilleur des autres »
« Avec ce rythme », justement, personne ne pourra suivre. Pourtant si souvent optimiste, Grischa Nierman, le directeur sportif de la Visma, fataliste reconnaissait la supériorité de son adversaire, alors que le plan établi par les Néerlandais est très vite, trop vite, tombé à l’eau : « On va continuer à se battre, mais au général il y a un écart important, soulignait, fataliste, l’Allemand sur Eurosport. Jonas reste le meilleur des autres, bravo à Tadej et UAE. »
Même sans João Almeida, l’un des meilleurs grimpeurs du peloton rentré chez lui prématurément après une chute, l’équipe émiratie a encore montré que son collectif était surpuissant. Nils Pollitt a encore mangé des tonnes de vent dans le peloton, Tim Wellens a effectué une poursuite individuelle de maboule dans la vallée menant au pied d’Hautacam avant que Narvaez ne lâche son leadeur vers la victoire. Le tout sans l’aide nécessaire de Marc Soler ou Adam Yates, excusez du peu.
« Il faut bien le dire, UAE détruit notre sport, ils détruisent les autres équipes », assurait ainsi l’un des membres du staff d’EF Education Easy-Post, dans la série Tour de France, Au cœur du peloton, sur Netflix, l’année dernière. « Rien que le budget des huit coureurs présents sur le Tour de France, c’est le budget de notre équipe entière pour toute l’année, complétait Jonathan Vaughters, le dirigeant de l’équipe américaine. Ils ont les moyens d’être dominants, c’est aussi simple que ça. Mais Tadej qui s’impose, c’est lui, c’est un vrai tueur. »
Une revanche sur 2022 ?
Un vrai tueur qui trouve toujours un surplus de motivation pour réduire la concurrence en miettes, comme cette « humiliation » à Hautacam en 2022, où Jonas Vingegaard lui avait donné une petite leçon. Trois ans après, le Slovène est donc revenu mettre les points sur les « i » et un peu plus de jaune sur le maillot arc-en-ciel.
Toute l'actu du Tour de France« « Ce jour-là, la Visma était trop forte. Mais j’ai presque oublié ça, tous les gens venaient me voir pour me parler de revanche. Et quand est approché le pied de la montée, c’était juste une histoire différente par rapport à 2022. Je suis super content de prendre du temps et de gagner sur cette montée. On était super forts, ça fait longtemps qu’on avait cette étape en tête, et on l’a fait. » »
Au grand dam de ses adversaires, voire des amateurs de cyclisme, écœurés par la domination sans partage du Slovène toute l’année sur tous les terrains. Si le Tour de France est pratiquement déjà joué, difficile cependant d’en vouloir à Pogacar. « Tous les coureurs comprennent ce qu’il se passe, c’est normal qu’une personne domine en cyclisme, assurait Pogi sur Netflix. On me paie pour gagner, pas pour laisser la victoire aux autres. » Ça, on l’a bien compris. Ses adversaires aussi. Il n'y a plus d'espoir.


















