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Coquard et « les pressions de tous les côtés » pour les Français sur le Tour

Tour de France 2025 : « Des pressions de tous les côtés »… Bryan Coquard et la difficile tâche d’être Français sur le Tour

à domicileAvant le départ du Tour de France, ce samedi à Lille, Bryan Coquard évoque la pression pour les Français de performer sur la Grande Boucle
Antoine Huot de Saint Albin

Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Très attendus sur le Tour de France, qui commence ce samedi, les coureurs français sont parfois inhibés par la pression mise par les équipes, les médias, les supporteurs et eux-mêmes.
  • Le Tour de France est une course à part, beaucoup plus intense et stressante que les autres grands tours cyclistes, comme l’explique Bryan Coquard : « L’atmosphère est beaucoup plus crispante autour du Tour, mais j’ai envie de dire crispante du bon côté de la chose. »
  • Être français sur le Tour comporte aussi des avantages, notamment le soutien du public, comme le souligne Coquard : « Le public français est un peu chauvin, ce n’est pas pour nous déplaire. C’est sûr que quand t’es français, il y a beaucoup d’attentes, le public rêve de voir un Français gagner le Tour de France, une étape. »

C’est promis, cette année, les Français vont arroser de partout. S’il ne semble pas y avoir de coureurs tricolores capables de venir se frotter au top 10 du classement général, qui sera dominé par Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, ils devraient être nombreux à venir batailler pour remporter une ou plusieurs victoires d’étapes : Romain Grégoire, Lenny Martinez, Kévin Vauquelin, Alex Baudin, Anthony Turgis, Valentin Madouas… Enfin, ça, c’est le scénario rêvé et espéré.

Car, comme à chaque Tour de France, le coureur français est pris d’une maladie chronique : « la françaisite aiguë », soit la difficulté pour un tricolore de briller sur son tour national. Car beaucoup perdent les pédales au moment de concrétiser tous les espoirs placés en eux : pression médiatique, de l’équipe, personnelle, des supporteurs… Avant de disputer son huitième Tour, Bryan Coquard (Cofidis) évoque cette adversité souvent irrationnelle.

Quelles pressions accompagnent un coureur français sur le Tour de France ?

Il y a des pressions de tous les côtés, il ne faut pas le nier. Ce serait bête et pas honnête de dire qu’on arrive à passer à travers. Déjà, il y a une pression personnelle, parce que le Tour, c’est la plus grande course de l’année, la course qui te fait rêver depuis que t’es môme, mais du coup, celle où tu as envie de briller, de gagner une étape, au moins une fois dans ta carrière. Ce n’est même pas un objectif, c’est un rêve. Après, bien évidemment, il y a la pression de l’équipe. C’est la plus grande course du monde, c’est une vitrine extraordinaire pour les sponsors. Je ne vais pas dire que tout tourne autour du Tour de France, mais… Une très bonne saison avec un Tour de France raté pour une équipe et un sponsor, c’est une saison en demi-teinte. Une saison pas très bonne et des victoires sur le Tour de France, j’ai l’impression que la pièce tombe de l’autre côté, c’est une super saison.

Aborde-t-on le Tour de France différemment d’un autre grand Tour ?

Totalement. Ce n’est pas du tout la même pression. L’envie est la même, parce que la Vuelta [trois participations], c’est quand même un grand Tour. Tu as envie de bien faire, de gagner. Je ne sais pas si c’est parce que je suis français, mais il y a beaucoup moins de pression et c’est beaucoup plus à la cool, beaucoup plus décontracté sur une Vuelta.

Même sur le vélo, vous ressentez quelque chose de différent pendant l’étape ?

L’atmosphère est beaucoup plus crispante autour du Tour, mais j’ai envie de dire crispante du bon côté de la chose. Je pense qu’il faut réussir à le prendre positivement, mais sur un Tour, c’est difficile de s’arrêter pour satisfaire un besoin naturel, par exemple. Il y a tellement de monde tout au long de la route. C’est la fête du vélo en tant que telle. C’est le seul rendez-vous de l’année où ça m’est déjà arrivé pendant plusieurs jours d’affilée de ne pas parler avec mon collègue de chambre le soir parce qu’on est enfin au calme et qu’on n’a plus le brouhaha continu du matin au soir. L’émulation autour du bus, les spectateurs, l’hélicoptère, les motos toute la journée…

Les supporteurs français au col de la Loze.
Les supporteurs français au col de la Loze. - ALLILI MOURAD/SIPA

Il y a aussi toute la pression médiatique pour les Français. Elle pèse autant que ça ?

Je l’ai ressentie beaucoup au début de ma carrière. Mes premiers Tours de France, notamment le premier où j’ai eu vraiment un trop-plein au niveau des journalistes. C’était explicable, car c’était mon premier Tour et j’ai pu faire les premiers jours avec le maillot vert, un peu par défaut car j’étais deuxième du classement, mais quand même… J’avais 21 ans [22], il y avait beaucoup de journalistes autour de moi, une grosse émulation, l’un des seuls sprinteurs français, donc les projecteurs tournés vers moi sur les arrivées en sprint. Et encore, il n’y avait pas encore autant les réseaux sociaux…

Cela a-t-il vraiment eu un impact sur vous ?

Avant, on avait cette sollicitation, mais on n’avait pas le rendu et les commentaires qui vont avec. Maintenant, il y a une grosse pression à cause de ça. Après, j’ai pris de l’expérience et de l’âge et j’arrive à me détacher de ça. Je regarde que très peu ce qu’on raconte sur moi ou des choses comme ça. Au début, ça me bouffait complètement. Twitter, aujourd’hui, je n’ai même plus l’application parce que je préfère être loin de ça et me concentrer sur ma vie et sur ma performance sportive et ne pas avoir en pleine face le regard des autres.

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Comprenez-vous qu’un Paul Seixas (18 ans), grand espoir du cyclisme français, reste encore préservé son équipe malgré tout le talent qu’il peut avoir ?

Bien évidemment. Je vois comment ça se passe et c’est encore pire pour lui parce qu’on commence à parler du futur vainqueur du Tour de France. Tout le monde attend ça depuis Bernard Hinault. Là, c’est encore un cran et un gap au-dessus. Ils font bien de le laisser mûrir et prendre un petit peu plus de temps. Dans une carrière, même pour le meilleur coureur, il y a toujours beaucoup de hauts, mais ce sont les bas qui font très mal et qui peuvent faire très mal psychologiquement et à la personne. Et sur le Tour on peut vite cogiter.

Il y a quand même des avantages à être français sur le Tour de France ?

Il y a beaucoup d’encouragement. Le public français est un peu chauvin, ce n’est pas pour nous déplaire. Le public est acquis à notre cause, à notre pays, à notre nationalité, et du coup, c’est quand même un côté positif. Et puis c’est quand même incroyable d’avoir des fois la chance de faire la plus grande course du monde pas loin de la maison et d’avoir sa famille, ses supporters sur le bord de la route.