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Il est 3e du général mais au fond, Vingegaard a-t-il déjà gagné le Tour ?

Tour de France 2024 : et si Jonas Vingegaard avait déjà gagné la course ?

Game over ?Alors que Tadej Pogacar se voyait frapper un grand coup mercredi, Jonas Vingegaard l’a rattrapé par le col pour lui rappeler qu’il ne courait pas en terrain conquis
Quentin Ballue

Quentin Ballue

L'essentiel

  • Jonas Vingegaard a remporté la 11e étape du Tour de France mercredi au Lioran, au nez et à la barbe de Tadej Pogacar.
  • Le Slovène, maillot jaune sur les épaules, a lancé les hostilités à 31 kilomètres de l’arrivée pour montrer que lui, il avait les « balls » que le Danois n’a pas eues lors de l’étape des chemins blancs.
  • Mais Pogi n’a pas pu résister au retour de son grand rival, qui a arraché l’étape et frappé fort dans leur intense guerre psychologique.

Jonas Vingegaard a-t-il définitivement coulé Pogaçar mercredi sur les pentes du massif central, en finissant l’étape devant lui d’un demi-centimètre ? Ses fractures et son pneumothorax ne sont pas encore totalement derrière le double vainqueur du Tour de France, ému aux larmes mercredi au Lioran, mais le chasseur qu’il est, lui, est bien de retour. « Il y a seulement trois mois, je me suis demandé si je n’allais pas mourir, glissait le Danois au micro de France TV. Pour être honnête, je ne pensais pas que je serais à ce niveau. » Tadej Pogacar non plus.

« Il a une équipe de galactiques et il ne s’en sert pas »

L’équipe UAE s’est mise à la planche pour préparer le terrain, essorant petit à petit le peloton, tout en condamnant les espoirs des baroudeurs. Le maillot jaune a posé son attaque à 31 bornes de l’arrivée, dans le Puy Mary. Personne n’a pu accrocher sa roue, y compris Jonas Vingegaard. La volonté était claire : couler ses adversaires avant même les Pyrénées. Mais le Danois s’est accroché, a progressivement grignoté la trentaine de secondes de retard qu’il avait accumulée, pour reprendre le fuyard au bout de 17 kilomètres de chasse, juste avant le sommet du Pertus.

Le maillot jaune s’est-il montré trop gourmand, trop présomptueux ? Peut-être un peu. A l’arrivée, il a reconnu avoir été surpris par le profil du final. Et l’avocat du cyclisme offensif a fini par se faire cueillir par le froid calculateur danois, qui s’était vu reprocher son « manque de couilles » sur les chemins blancs. « Il a une équipe de galactiques et il ne s’en sert pas, ou mal. Finalement, il a couru tout à l’envers », lâchait Jérôme Coppel à l’antenne de RMC.

Même analyse du côté de Cyrille Guimard, qui déplorait que Pogi n’utilise pas davantage la force collective impressionnante des UAE. « On ne doit jamais déshabiller un leader de ses équipiers, ce qu’il a fait. La deuxième erreur, c’est qu’on ne sort pas d’aussi loin sur une étape comme ça, sauf si on est deux jambes au-dessus de tout le monde. Je pense qu’il a attaqué trop fort, trop loin, sans une véritable logique de course par rapport à ses adversaires. »

La parole à la défense ?

Pogi serait-il resté sur le même logiciel que sur le Giro, où il s’est promené, sans rencontrer de véritable adversité ? Vingegaard revenu dans sa roue, le Slovène affichait le masque. Il a aussi perdu au sprint pour la première fois face à son meilleur ennemi, là où sa giclette fait habituellement merveille, comme si le retour du Danois lui avait coupé les jambes – en plus de lui mettre un coup sur le casque. « Maintenant, il doit peut-être jouer défensif car son adversaire est peut-être plus fort que ce qu’il croit », commentait Laurent Jalabert dans Vélo Club.

Le scénario du jour pourrait aussi faire poindre le doute sur l’évolution de son état de forme. Coppel et Jalabert se sont tous les deux interrogés sur une éventuelle fringale dans le final, et Pogacar est monté sur le podium protocolaire la bouche bien pleine pour recevoir son maillot jaune, comme si ses batteries avaient été sérieusement entamées. Le doute a changé de camp, même si Vingegaard n’est encore que troisième du général, à 1'14" de Pogacar.

Dimanche, le Slovène balançait que le Danois avait « peur » de lui. Trois jours plus tard, Vingegaard affiche désormais clairement qu’il croit en ses chances de triplé. « Je vais me battre chaque jour, c’est loin d’être fini, assurait-il. J’espère encore pouvoir progresser un peu. » Les deux arrivées au sommet dans les Pyrénées, samedi et dimanche, dissiperont le peu de brouillard qui persiste encore. Laurent Jalabert, lui, voit déjà loin : « Il va le gagner, le Tour, parti comme il est. »