Tour de France 2024 : Battu par Evenepoel et Pogacar sur le chrono, Vingegaard est-il hors course pour la victoire ?
Cyclisme•Jonas Vingegaard a fini quatrième du chrono, ce vendredi et a encore perdu du temps sur Remco Evenepoel et Tadej PogacarAntoine Huot de Saint Albin
Honnêtement, on flippait avant ce contre-la-montre entre Nuits-Saint-George et Gevrey-Chambertin, ce samedi. On avait peur que Jonas Vingegaard, revenu d’entre les morts après sa violente chute lors du Tour du Pays basque, ne nous rejoue la même symphonie que l’année dernière sur le chrono à Combloux. Un solo, que dis-je, une domination, une humiliation pour tout le peloton, qui avait assisté au lancement de la fusée danoise en à peine un clignement d’œil.
Mais, en Bourgogne, il n’en a rien été. Auteur, quand même, d’un très bon chrono, qu’il a fini à la quatrième place, le double vainqueur du Tour de France a perdu du temps sur ses principaux concurrents : trois secondes sur Primoz Roglic, vingt-cinq sur le maillot jaune Tadej Pogacar et trente-sept sur le vainqueur du jour, Remco Evenepoel, qui avait une pancarte énorme dans le dos avant de quitter la rampe de lancement.
« C’était un bon chrono pour moi, je suis content de ma performance, estimait Jonas. J’étais très bien dans la première partie du chrono. J’ai fait une bonne montée. De seulement perdre 37 secondes sur Remco, c’est plutôt bien pour moi, a commenté Vingegaard à l’arrivée. Je pensais perdre plus de temps sur Pogacar, c’est un contre-la-montre qui lui convenait bien mieux. C’est bien de juste perdre 25 secondes sur lui. »
« L’année dernière, j’ai pris 7,30 min en deux étapes »
Au général, après avoir déjà perdu quelques précieuses secondes sur l’étape du Galibier, Jonas Vingegaard est désormais pointé à 42 sec du Belge et à 1’15 min de Pogi. Le tout en moins d’une semaine de course. Alors, déjà un retard rédhibitoire ? Réponse cinglante du Danois, prêt à ridiculiser la concurrence en troisième semaine : « L’année dernière j’ai pris 7,30 min minutes sur lui [Pogacar] en deux étapes, donc bon… La forme est là. Evidemment j’ai des ambitions et je veux faire les choses bien. »
On ne peut que louer l’optimisme du leader de la Visma-Lease a bike, qui n’était pas inquiet avant de disputer ce contre-la-montre en Bourgogne. « San Luca [lors de la deuxième étape] était le jour où j’étais le plus inquiet et, finalement, je n’ai pas perdu de temps. La forme va crescendo. » Alors, on serait Remco Evenepoel et Tadej Pogacar, on se méfierait encore du Danois, qui semblait déjà avoir été un peu mis de côté au moment de commenter les conséquences de ce chrono. Notamment par l’actuel maillot blanc du Tour :
« Il fallait que je prenne des risques, parce que je savais que Tadej était proche. La victoire se joue à pas grand-chose. Comme je l’ai dit, Tadej est capable de faire de grands chronos sur les grands Tours. On ne pensait pas aux écarts, on pensait à la victoire d’étape. J’ai pris un peu de temps sur les autres, on peut se concentrer sur les prochains jours. Tadej sera assez intouchable, après on ne sait pas ce qui va se passer. Plus la course avance, plus je me sens bien. »
Explication dès dimanche
Tadej Pogacar, lui, avait encore son meilleur ennemi dans un coin de la tête : « Je lui reprends 25 secondes donc c’est vraiment bien. Je savais que je faisais un bon temps, j’étais un peu cuit sur le haut de la bosse, mais j’ai réussi à envoyer dans la descente. Mais Remco a montré qu’il était en très grande forme. J’aurais voulu lui reprendre du temps, mais il n’est pas champion du monde du chrono pour rien. Perdre que 12 secondes sur lui, c’est bien. »
C’est bien, d’autant que dès dimanche, les trois hommes (rajoutons aussi Primoz Roglic, quatrième du général à 1,36 min) devraient ferrailler sur un terrain qui ne leur est pas vraiment familier (sauf pour le glouton slovène) : 14 secteurs de chemins blancs dont 6 dans la partie finale, qui plongeront les coureurs dans la poussière et les cailloux autour de Troyes. Le piège parfait où les rêves de victoire peuvent partir en fumée.
« On a reconnu deux fois l’étape, je connais les secteurs par cœur, a confié Remco Evenepoel sur France 2 après son premier succès sur la Grande Boucle. On ne peut pas gagner le Tour là, mais on peut le perdre avec une crevaison au mauvais moment. Il faut faire attention et rester sur le vélo. » Sinon, même la minute trente d’avance pourrait bien ne servir à rien. Même pas à amortir le choc de la désillusion.


















