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« Ça peut donner une fessée »… Le Tour face au spectre d’un Pogacar écrasant

Tour de France : « Ça peut donner une fessée à la fin »… Le peloton face au spectre d’un cavalier seul de Tadej Pogacar

Grande BoucleAvec l’incertitude autour de la condition de Jonas Vingegaard, Tadej Pogacar, vainqueur du Giro il y a un mois, se présente au départ du Tour de France à Florence dans le costume du grand favori
Quentin Ballue

Quentin Ballue

L'essentiel

  • Le Tour de France s’élance de Florence ce samedi avec une première étape de 206 km jusqu’à Rimini.
  • Vainqueur de la Grande Boucle en 2020 et 2021, Tadej Pogacar espère reconquérir le maillot jaune.
  • Intouchable depuis le début de la saison, le Slovène fait figure de candidat numéro 1 à la succession de Jonas Vingegaard. Et l’on s’interroge sur la capacité de ses adversaires à véritablement l’embêter.

«Je suis mort… » L’été dernier, Tadej Pogacar avait dû abdiquer dans le col de la Loze, rattrapé par sa préparation perturbée. Onze mois ont passé et la situation a bien changé : Pogi a raflé 14 victoires en l’espace de trois mois, collant d’immenses trempes au reste du peloton. 1'39" sur Liège-Bastogne-Liège. 2'44" sur les Strade Bianche. 3’41’’sur le Tour de Catalogne. Avant une insolente promenade de santé sur le Giro, achevé avec 9’56’’d’avance sur son dauphin Daniel Felipe Martinez. Du jamais vu sur trois semaines depuis le Tour 1984, où Laurent Fignon avait repoussé Bernard Hinault à 10’32". La concurrence s’avance avec prudence à Florence, en espérant ne pas se faire rouler dessus.

Le Real Madrid de la course

Le peloton est unanime à l’heure de désigner celui qui trimballera la pancarte de favori. « Je ne vais pas être très joueur, sourit Julien Jurdie, directeur sportif de Décathlon-AG2R. Pogacar est le numéro 1, il survole les débats. » Avec la manière qui plus est. « Il faut avoir les cojones pour faire ce qu’il fait : on se dit que ce n’est pas possible, mais pour lui, si, souligne Jean-François Bernard, troisième du Tour 1987. J’espère qu’il ne va pas gagner l’étape des chemins blancs comme il a gagné les Strade Bianche en attaquant à 80 km de l’arrivée ! Il est capable de prendre des risques. On l’a vu l’année dernière, même quand il était acculé, il fallait toujours se méfier de lui. »

Remco Evenepoel le présente carrément comme « le Real Madrid de la course ». Et pendant que le Slovène transpire la confiance et donne des garanties, ses rivaux en manquent. « Aucun favori n’a eu de préparation parfaite pour le Tour, ce qui rend les choses assez imprévisibles, estime Alex Dowsett, deux participations à la Grande Boucle au compteur. C’est difficile de situer l’état de forme de Jonas Vingegaard, qui revient de blessure, ou d’Evenepoel. »

Le Danois, double tenant du titre, n’a plus accroché de dossard depuis sa chute dans le Pays basque début avril. Le Belge, lui, vient de boucler le Dauphiné à la septième place, en ayant affiché des limites en montagne. « Il va sûrement progresser, glisse Jurdie, mais au point de combler ce retard d’ici le départ du Tour, je n’en suis pas sûr. » Une quatrième tête dépasse de la masse. « En l’ayant vu sur le Dauphiné, je pense que l’on doit inclure Primoz Roglic », complète Dowsett au sujet de l’ancien sauteur à ski, qui a remporté deux étapes et le général (non sans se faire une belle frayeur le dernier jour). De là à le battre sur une course par étapes, ce qui n’est plus arrivé depuis le Tour du Pays basque 2021 ? On fait la moue.

« On peut se gratter la tête »

Au-delà même de la supériorité individuelle du nouveau cannibale, s’ajoute une force collective a priori sans égale. « C’est l’équipe la plus forte que j’ai jamais vue au départ du Tour, assure Dowsett. Auparavant, l’équipe de Pogacar était sa plus grande faiblesse. UAE s’est considérablement renforcé et sur le papier, ils sont les plus forts. » Donnez-nous du Juan Ayuso, vainqueur du Tour du Pays basque. Du João Almeida et du Adam Yates, qui ont écrasé le Tour de Suisse. Du Marc Soler, du Tim Wellens et du Nils Politt, rompus aux joutes de trois semaines. Sans oublier la French touch Pavel Sivakov, histoire de se mettre le public dans la poche.

« Quand on détaille les sept derrière Pogi, c’est juste impressionnant, reconnaît Jurdie. En voyant leur démonstration au Tour de Suisse avec Almeida et Yates, c’est évident qu’on peut se gratter la tête un bon moment pour faire trembler cette équipe UAE. » Jean-François Bernard, vainqueur de trois étapes sur le Tour à la fin des années 1980, valide : « On a une équipe hallucinante, ils peuvent peut-être faire 1 et 2. Ça fait peur à tout le monde. Sur le papier, ça peut donner une fessée à la fin du Tour. » Surtout que la Visma-Lease a Bike, épouvantail du peloton depuis trois ans, a perdu Dylan van Baarle, Steven Kruijswijk et Sepp Kuss en cours de route.

Le grain de sable comme solution de repli

L’espoir de ne pas voir un cavalier seul pendant trois semaines repose donc en grande partie sur la possibilité que Pogi se ressente des efforts réalisés sur le Giro. On se raccroche à ce que l’on peut, et notamment au passé, aussi fragile la branche semble-t-elle face à l’appétit du Slovène. « Historiquement, le doublé Giro-Tour, ça ne marche plus, rappelle Dowsett. Mais bon, c’est Pogacar… » Il faut remonter à 1998 pour trouver trace du dernier homme (Marco Pantani) à avoir gagné les deux courses coup sur coup.

Giro dans les pattes ou pas, il faudra surtout que la malchance vienne frapper Pogi pour insuffler une dose d’incertitude selon Jean-François Bernard : « Un petit grain de sable peut toujours enrayer la machine, ce serait super intéressant parce que ça remettrait certainement plus de suspense. » Le peloton en est donc à compter sur une crevaison, un mauvais aiguillage, une viande avariée, une piqûre d’abeille ou une chute (on ne lui souhaite pas) pour espérer que la course au maillot jaune ne tourne pas à un one man show.

« L’adversaire direct, c’est lui-même, reprend l’ancien coureur de La Vie claire. Je ne pense pas qu’il y ait des différences comme sur le Giro, mais s’il est sur le même niveau… Il ne faudrait pas qu’à la moitié du Tour, les autres courent déjà pour la deuxième place. » Ce qui n’est pas totalement à exclure. « On parle d’Eddy Merckx comme d’une figure légendaire, et on assiste peut-être à quelque chose de ce type avec Pogacar », confie Dowsett.

Le Britannique se prend même à imaginer un raz-de-marée auquel personne n’oserait penser. « Si Pogacar gagne le Tour, j’espère qu’il fera la Vuelta car il aura une opportunité qui n’arrivera pas tous les ans d’essayer de faire le triplé sur une année. Il va faire les JO donc ce serait peut-être too much, mais je ne sais pas si too much est dans le dictionnaire de Pogacar ! » Point faible : trop fort.