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Thomas Voeckler, el tactico du vélo, « on pourrait faire un film sur lui »

Mondiaux de cyclisme 2025 : Thomas Voeckler, « el tactico » du vélo sur qui « on pourrait faire un film »

portraitLoin d’être favorite sur la course en ligne des championnats du monde de Kigali, la France peut tout de même compter sur le sens tactique aiguisé de Thomas Voeckler, mais aussi ses qualités de meneur
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • La course en ligne des championnats du monde de cyclisme 2025 à Kigali s’annonce dantesque avec un dénivelé de 5.475m, l’altitude du mont Kigali à 1.771m et une pollution atmosphérique qui fait du Rwanda un pays dans le top 10 pour la plus mauvaise qualité de l’air. Des conditions si extrêmes que Thomas Voeckler estime que « dans la dernière heure, ce ne sera même plus une course de vélo ».
  • Le sélectionneur français Thomas Voeckler reste pour autant la meilleure chance pour les Bleus de remporter une course où ils ne partent pas du tout favoris. Reconnu comme un excellent stratège, il est craint par les autres équipes pour ses diverses stratégies, souvent mises en place lors des reconnaissances qu’il continue de faire à vélo.
  • L’autorité naturelle de Voeckler lui permet également de motiver ses équipes grâce à son leadership et son attention aux détails, comme le souligne pour 20 Minutes Lilian Calmejane : « C’est vraiment là où il est le plus impressionnant, sur cette qualité à fédérer un groupe et à trouver les mots pour motiver les gars. »

Le même cauchemar, 30 ans plus tard ? Beaucoup voient dans la course en ligne masculine des mondiaux de cyclisme 2025 un nouveau Duitama, du nom de la ville colombienne, hôte de l’épreuve en 1995, devenue célèbre pour ses 80 % d’abandons. Kigali, c’est le même mélange de dénivelé (5.475m) et d’altitude (le mont Kigali cumline à 1.771) qu’en Colombie auquel il faut ajouter un épouvantail - Tadej Pogacar et un bonus local de pollution atmosphérique dont l’intégralité du peloton s’est déjà émue, à commencer par le jeune Paul Seixas. Bref, une course si dure qu’elle rendrait caduque les velleités tactiques des meilleurs stratèges, Thomas Voeckler compris.

« Ici, je suis convaincu que l’état d’esprit plus que la tactique sera déterminant, s’inclinait le sélectionneur français dans une interview à L’Equipe en milieu de semaine. […] Je suis convaincu qu’on va aller dans quelque chose d’une autre dimension, à part. Une épreuve de force, de résistance, où on va envoyer bananer toutes les tactiques, où les mecs vont devoir être capables d’aller dans une dimension de souffrance, de mental, supérieure à l’adversaire. Dans la dernière heure, ce ne sera même plus une course de vélo. »

Plan A, plan B, favori, outsider… Voeckler s’adapte toujours

Thomas Voeckler a pourtant la réputation de toujours trouver la petite idée en plus pour pimenter les courses à enjeux, pas au point de les gagner systématiquement, mais d’en tirer un maximum. « Thomas est un stratège et je pense qu’on pourrait faire un film sur lui », sourit Anthony Roux, sélectionné par Voeckler aux Mondiaux du Yorkshire, il y a six ans.

« Je me souviens d’un plan A qui était, en gros, tout pour Julian Alaphilippe, avec Tony Gallopin pour l’accompagner dans le final. Thomas avait vraiment pensé sa course avec Julian. Mais il avait aussi prévu un plan B au cas où il ne marchait pas, avec des coureurs comme Tony qui devaient être protégés suffisamment longtemps pour pouvoir rentrer en action si nécessaire, pour que l’équipe reste un acteur de la course. » Les choses ne s’étaient pas passées comme prévu, la pluie et le froid avaient congelé la moitié du peloton et les deux leaders français avaient terminé au-delà de la 20e place. Mais les fondations du système Voeckler étaient posées.

Depuis qu’il a repris l’équipe de France en 2019 des mains de Cyrille Guimard, le 4e du Tour de France 2011 a montré qu’il était capable de s’accommoder du statut de favori avec Julian Alaphilippe comme de celui d’outsider, à chaque fois en gardant la tête froide. Aux JO 2024, l’équipe de France aurait pu s’enflammer sous la ferveur de la rue Lepic, à la place, elle a respecté le plan à la lettre : suivre les attaques des favoris (Van Der Poel puis Evenepoel) et casser les relais derrière pour s’isoler en tête. Tout s’est passé comme prévu. Le favori Remco Evenpoel l’avait emporté devant le duo français Valentin Madouas-Christophe Laporte. A Kigali, l’idée d’une manoeuvre française avant les 100 derniers kilomètres pour animer la course et éventuellement piéger Pogacar fait son chemin.

Le selectionneur Francais Thomas Voeckler avait aussi fait la reconnaissance du parcours de l'epreuve du contre-la-montre des JO 2024 sur son vélo, filmant la place de la Bastille avec son telephone.
Le selectionneur Francais Thomas Voeckler avait aussi fait la reconnaissance du parcours de l'epreuve du contre-la-montre des JO 2024 sur son vélo, filmant la place de la Bastille avec son telephone. - OLIVIER JUSZCZAK/SIPA

Si l’ancien maillot jaune du Tour continue de cultiver la ruse qui fit sa gloire comme coureur, c’est qu’il n’a jamais vraiment raccroché. Son excellente forme physique lui permet de suivre ses coureurs autant se faire que peut lors des reconnaissances des tracés. « Il passe ses relais comme tout le monde, et pourtant ça ne roule pas à deux à l’heure pendant ce genre de sorties », nous dit Roux. Un moment privilégié qui lui sert à se rapprocher de ses coureurs et répérer des endroits clés : aux championnats d'Europe 2021, il avait marqué d’une croix un petit tunnel mal éclairé en début de parcours et sommé Thibaut Pinot, Franck Bonnammour et Aurélien Paret-Peintre d’y foutre le bazar avec un certain succès. Ce n’est pas donc pas un hasard si les organisateurs des championnats d’Europe de Drôme-Ardèche (5 octobre prochain) ont sollicité son expertise pour une reconnaissance au mois de juin.

La quête de terrain est quasi obsessionnelle chez Thomas Voeckler. Quand il débarque sur France TV en 2018, il était plus logique pour lui de s’asseoir sur une des motos de la chaîne que de rester au chaud au poste de commentateur avec Alexandre Pasteur. « Il veut être au contact de l’action et des coureurs, qu’il connaît encore pour certains, témoigne le commentateur vedette de France TV, diffuseur des championnats du monde de Kigali. Sa proximité avec le peloton est hyper importante pour lui dans son rôle de manager de l’équipe de France qui lui impose aussi de rester au contact des coureurs français. En retour, il partage sa connaissance très fine du vélo, une science parfaite de la course qui lui permet d’anticiper, de voir quand une échappée prend forme. » Un exemple ? Sur le dernier Tour de France, il avait prédit le numéro en solitaire de Tim Wellens sur la 15e étape vers Carcassonne avant son attaque décisive. Costaud.

« Thomas Voeckler a un leadership évident »

Toute science tactique est bonne à prendre, encore faut-il obtenir l’adhésion de ses coureurs. « C’est vraiment là où il est le plus impressionnant, sur cette qualité à fédérer un groupe et à trouver les mots pour motiver les gars, dépeint Lilian Calmejane, coéquipier de Thomas Voeckler coéquipier chez Direct-Energie en 2016 et membre de l’équipe de France lors des championnats d’Europe en 2021. Il a un leadership évident. » Et une autorité naturelle héritée de ses années en activité dans le peloton. Anthony Roux théorise : « Thomas était fort, mais le fait de n’avoir pas eu cette facilité de gagner des courses grâce à sa caisse, comme un Jalabert par exemple, mais par ses tactiques de course et avec une certaine intelligence fait qu’on l’écoute plus facilement qu’un mec qui était seulement très fort. »

Sans doute faut-il aussi voir dans cette foi aveugle des coureurs envers leur sélectionneur la récompense des cajoleries quotidiennes d’un mentor certes exigeant mais aux petits soins à l’approche des grandes échéances. Le genre à traîner lui-même les valises de ses protégés à leur arrivée à Kigali et dénicher un cuistot guadeloupéen installé depuis un an au Rwanda pour être bien sûr d’avoir des produits de l’équivalent local du marché de Rungis dans l’assiette. Bien manger, bien dormir, Thomas Voeckler contrôle ce qu’il peut tant qu’il le peut, convaincu de son impact limité dimanche sur les 267,5 km de Kigali. A moins que ce grand bluff fasse partie du plan. Avec lui, on ne sait jamais.