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Battue aux chiens, stage commando et 80% d’abandons… On vous raconte le dernier grand Mondial qui grimpait, en 1995 en Colombie
CYCLISME•A Innsbruck, le Mondial va prendre de la hauteur, mais pas autant que celui de 95…B.V.
Moment nostalgie. C’était l’époque où le maillot arc-en-ciel était réservé à ceux qui brillaient dans les forts pourcentages. Agrigente en 94, Lugano en 96, Benidorm en 92, Chambéry en 98… Et le plus dur d’entre eux : Duitama en 1995. Une récente infographie de Marca classait ces Mondiaux colombiens comme les deuxièmes les plus durs en termes de dénivelé positif (5.460 m) derrière le Nurburgring en 1996 (5.844 m) mais loin devant ceux de cette année à Innsbruck (4.670 m) qui redonne pourtant (enfin) une chance aux grimpeurs.
Après, les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut. Les coureurs, en revanche, eux, le disent sans problème : Duitama était une vraie boucherie. Partis à 90, ils sont à peine 20 à avoir fini la course. A cette époque-là, dans la mesure où tous ne tournaient pas exactement à l’eau claire, c’est plutôt incroyable. Et le dernier, l’Américain Hampsten, termine à 37 minutes de la gagne. Encore aujourd’hui, Laurent Jalabert regrette d’avoir fait l’impasse sur ces Mondiaux alors qu’il venait juste de survoler la Vuelta. « J’étais devant la télé en vacances et j’avais les boules. Quand j’ai vu comment c’était dur, comment la sélection se faisait et qu’à la fin c’est Olano qui gagne… »
Car oui, c’est le rouleur Abraham Olano qui a remporté le Mondial le plus dur de l’Histoire. Il faut dire qu’il était bien aidé par un Indurain aérien qui contrôlait Pantani derrière, en équipier modèle. Sur les images, c’est notre enfance qui ressurgit : les routes sans barrières, les maillots moches, Virenque et son cuissard Festina…
Virenque, lui-même, a pété d’ailleurs, dans le dernier tour. C’est dire. Le profil du parcours était simple et terrible à la fois : une seule ascension de 4,2 km à 6,9% répétée 15 fois. Et derrière, surtout, une descente avec des passages à 12 %, sous la pluie évidemment, parce que sinon ce ne serait pas marrant.
C’est là que le Français Laurent Roux est lâché une première fois. « Cette descente m’a fait paniquer, raconte-t-il. Alors que je suis revenu sur le peloton j’ai décidé d’attaquer, car je me suis dit que si je restais dans le peloton pour protéger Virenque, je ne serais pas capable de tenir. Les responsables de l’équipe de France m’ont reproché de ne pas avoir travaillé pour l’équipe et d’avoir voulu faire un coup individuel. J’ai préféré courir de cette manière-là et quand j’ai vu ce qu’il restait quand je me suis fait reprendre, c’est sûr que je n’aurais pas été là… »
Trois semaines de stage en altitude
Roux fait une centaine de bornes en tête avant de se faire avaler par le peloton et de laisser les Escartin, Indurain et Pantani se faire la guerre, au profit d’Olano (qui terminera avec une roue crevée). Son souvenir du premier et unique Mondial en Colombie est fort :
« Vous le voyez sur les vidéos : il n’y a quasiment pas de barrière, les gens sont tout proches des coureurs. Et au niveau sécurité, la chose qui m’avait marqué c’est qu’ils avaient été obligés de faire une battue aux chiens car c’était impossible de faire du vélo tellement il y en avait sur la route, on risquait de s’en prendre un à tout moment. Le parcours lui était très dur : montée très raide, descente très technique, et avec en plus la pluie. Les routes étaient très grasses, très sales. Et tout le monde a été asphyxié par l’altitude ».
Le sommet d’El Cogollo, la bosse du jour, culminait à 2’943 mètres. Du jamais vu pour une course en ligne, même celles qui grimpent le plus. « On avait fait un stage un commando pour se préparer, poursuit Roux. Trois semaines avant les championnats du monde et on était parti pendant 15 jours à Colorado springs à plus de 2.000 mètres pour habituer l’organisme. Seules les équipes qui voulaient vraiment jouer un rôle dans ces Mondiaux l’ont fait. »
Les autres ont explosé en vol. Après 3 tours, 18 coureurs avaient déjà abandonné. A mi-course, il n’en reste plus que la moitié du peloton et 50 bornes de l’arrivée, le groupe de favoris n’est plus composé que de 14 coureurs. Dingue. Si on pouvait avoir la même course dimanche, on signe non ?


















