Croatie - Belgique : Les vendanges de Lukaku mettent un terme à l’ère dorée des Diables Rouges

FOOTBALL La Belgique est éliminée de la Coupe du monde 2022 après son nul contre la Croatie. Roberto Martinez quitte son poste

William Pereira
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Lukaku inconsolable dans les bras de Thierry Henry
Lukaku inconsolable dans les bras de Thierry Henry — /SIPA

De notre envoyé spécial à Doha,

Problème de philosophie sportive. Peut-on décemment tomber sur un attaquant au prétexte qu’il a foiré 36 occasions à trois mètres des buts alors qu’il est le seul à avoir été capable de s’en procurer ? Vous avez trois heures. Romelu Lukaku a été aperçu en larmes dans les bras de Thierry Henry à l’issue du match nul contre la Croatie (0-0) qui a renvoyé les Belges à la maison. Il se sait en partie responsable du désastre, en tout cas sur ce troisième match, où il a vendangé comme pas permis. Mention spéciale pour ce ballon resté collé au corps quand il n’y avait qu’à le pousser pour marquer, où à cette mine venue brutaliser le poteau croate.

Personne dans le vestiaire belge n’a cependant osé lui tomber sur le (non) buteur, Jérémy Doku le premier. « Il a eu des occasions mais ce n’est pas que lui, c’est tout le monde, on a tous essayé de se mettre dans les meilleures positions pour marquer. Oui, il a raté des occasions mais je ne pense pas que ce soit de sa faute. » Timothy Castagne n’en pense pas moins. « Si c’est pas Romelu, peut-être qu’on les crée pas, ces occasions. Il a tout donné aussi. Quand ça veut pas rentrer… Il a déjà fait des matchs où il en marque trois plus compliqués que celles qu’il a eues ce soir. »

Roberto Martinez quitte les Diables Rouges

L’indulgence est ici une forme de récompense pour services rendus dont Roberto Martinez a aussi pu jouir malgré la débâcle. Certes, l’élimination précoce en Coupe du monde met un point final à son histoire avec les Diables Rouges, mais qui peut être assez ingrat envers un homme qui a accompagné cette génération jusqu’au podium du Mondial 2018 ? L’annonce du départ de l’Espagnol a ému le vestiaire à en croire Michy Basthuayi. « On est surpris [du départ de Martinez]. Il nous a dit ça en pleurant. Il y a beaucoup de joueurs qui ont pleuré. »



« Tout ce que j’ai pu faire avec l’équipe nationale me rend très fier, a pour sa part déclaré le sélectionneur. C’est une équipe qui a donné beaucoup de bonheur à beaucoup de monde et les vrais supporters en Belgique l’apprécient. » Tant pour ses résultats, son éternelle première place au classement FIFA que pour le jeu proposé par les hommes de Martinez. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le déclin de cette génération dorée coïncide avec un fond de jeu apparu brouillon lors de la phase de poules au Qatar. Faut-il attribuer cette perte de cohésion collective aux tensions intestines révélées ces derniers jours par les médias Belges ? Il appartiendra à l’histoire d’en juger.

Kevin De Bruyne, panique à bord

Plus que les drames, les ratés de Lukaku et le manque d’impact d’Hazard, dont on n’attend désormais plus grand-chose, la méforme de Kevin de Bruyne a beaucoup pesé dans l’échec. Le leader de Manchester City, comme apeuré, a commis des approximations qu’on ne lui connaissait pas au milieu de terrain. On l’a vu balancer des longs ballons pour se débarrasser de la patate chaude au lieu d’orienter calmement. Le contraste avec le métronome Luka Modric est encore moins flatteur.

Martinez avait déjà déploré cette « peur de perdre » paralysante chez ses joueurs, déjà évoquée par son homologue argentin Scaloni avant de voir l’Albiceleste se rassurer contre la Pologne. Chez les Diables rouges, tout le monde s’accorde à dire que cette victoire-déclic n’était finalement pas si loin. Castagne : « Ce n’est pas comme les deux premiers matchs où on s’était dit qu’on pouvait mieux faire. On a tout donné, on a essayé, ça ne paye pas. On sait qu’on aurait dû mieux faire. C’est dommage de sortir là-dessus ». « Je crois que nous aurions progressé et qu’à partir des 1/8, vous auriez pu voir la vraie équipe belge », spécule Martinez. Pour le voir, il aurait fallu que Romelu Lukaku marque. Un but. Juste un seul.