Tunisie - France : Erreur manifeste de l'arbitre, vraiment ? « La Fifa peut s’en sortir » en appuyant Conger

FOOTBALL La Fédération Française de Football a décidé de porter réclamation pour l’annulation du but d’Antoine Griezmann lors de la défaite de l’Equipe de France face à la Tunisie (0-1)

Adrien Max
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L'arbite néo-zélandais Matthew Conger signifie à Antoine Griezmann que son but est refusé pour une position de hors jeu, alors que la fin du match entre la Tunisie et la France (0-1) avait été sifflée.
L'arbite néo-zélandais Matthew Conger signifie à Antoine Griezmann que son but est refusé pour une position de hors jeu, alors que la fin du match entre la Tunisie et la France (0-1) avait été sifflée. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • L’arbitre du match entre la Tunisie et la France (0-1), a annulé le but d’Antoine Griezmann après avoir été appelé par le VAR alors qu’il avait déjà sifflé la fin du match.
  • La Fédération Française de Football a décidé de porter réclamation auprès de la FIFA.
  • Pour l’arbitre vidéo Alexandre Castro, « si effectivement il y a eu coup d’envoi, puis coups de sifflet finaux, il y a une erreur dans le protocole ».
  • Mais selon lui, une certaine largesse est tolérée après un coup de sifflet, comme lorsqu’il a accordé un penalty pour l’OM, après la fin du match contre Metz lors de la saison 2020/2021.

L’arbitre de Tunisie - France avait-il le droit d’annuler le but d’Antoine Griezmann ? C’est la question qui taraude tout l’hexagone ce jeudi matin après la défaite de l’équipe de France face à la Tunisie (0-1), mercredi. Mais aussi la délégation française présente au Qatar, puisque la Fédération Française de Football a décidé tard de porter réclamation auprès de la FIFA après l’annulation du but de Grizou.



Si vous étiez devant TF1, vous n’êtes bien sûr pas concerné par ce débat puisque la chaîne a rendu l’antenne pensant que le match était plié sur cette réduction du score française, dans les ultimes secondes du match. Sauf que l’arbitre néo-zélandais Matthew Conger, a été appelé par l’assistance vidéo juste après avoir donné l’engagement, puis sifflé la fin du match. Pour au final annuler le but, en raison d’une position de hors-jeu d’Antoine Griezmann.

Le timing des décisions

Ce n’est pas sur ce point que la réclamation porte, puisque selon plusieurs sources arbitrales, le joueur français est bien hors jeu sur le centre de Tchouaméni. Ce point est également débattable, mais l’arbitre est en droit d’estimer qu’il fait action de jeu en obligeant le défenseur à dégager maladroitement de la tête.

C’est plutôt le timing des décisions qui interroge. Selon le règlement de l’IFAB, qui définit les règles du jeu, monsieur Matthew Conger ne semblait pas avoir le droit de revenir sur sa décision : « Si le jeu a repris après avoir été arrêté, l’arbitre ne peut effectuer une analyse. Sauf en cas d’identité erronée ou en cas d’infraction passible d’exclusion telle qu’un comportement violent, crachat, morsure, et/ou propos ou actes blessants, grossiers ou injurieux », explique le texte. Ces exceptions ne concernent pas le cas du but d’Antoine Griezmann.

Un précédent lors de Metz - OM

Mais selon l’arbitre vidéo de L1 Alexandre Castro, une certaine largesse peut être tolérée. « Il y a un petit bémol par rapport à cette règle, qui fait que si le VAR n’a pas fini son travail après le coup d’envoi, l’arbitre peut être prévenu et annuler le coup d’envoi. A ce moment-là, l’arbitre arrête tout, et laisse l’assistance vidéo prendre le temps de bien tout revisionner », avance-t-il.

L’arbitre vidéo est bien placé pour en parler, puisqu’il a déjà fait intervenir le VAR, après le coup de sifflet final. C’était lors du dernier match de la saison 2020/2021, entre Metz et l’Olympique de Marseille, arbitré par Hakim Ben El Hadj Salem. « Il y a une faute sur Alvaro, mais il ne la siffle pas, et renvoie tout le monde au vestiaire. Je lui dis d’attendre et de bloquer les joueurs le temps que je revisionne tout. Il y avait bien penalty, donc des choses peuvent se passer après le coup de sifflet final », rappelle-t-il.

A la différence que l’arbitre néo-zélandais de Tunisie - France a d’abord sifflé le coup d’envoi après le but de Griezmann, avant de siffler trois fois pour renvoyer tout le monde au vestiaire. « Si effectivement il y a eu coup d’envoi, puis coups de sifflet finaux, il y a une erreur dans le protocole. Mais il faut voir comment ils s’en sortent du côté de la FIFA, parce que l’arbitre peut très bien dire que son deuxième coup de sifflet était justement parce qu’il était appelé par le VAR, et que les joueurs l’ont pris pour un coup de sifflet final », explique Alexandre Castro.

Une première pour la FIFA

Mais à la fin, de toute façon, c’est la FIFA qui décide. L’instance du foot mondial a déjà fait rejouer des matchs à cause d’erreur d’arbitrage, mais jamais pour cette situation précise de mauvais usage du VAR. En 2005, elle avait décidé de faire rejouer le match Ouzbékistan - Bahreïn comptant pour les éliminatoires du Mondial 2006. Le penalty réussi par un joueur ouzbek avait été transformé en coup franc pour le Bahreïn, à cause d’un autre joueur ouzbek qui avait pénétré dans la surface trop tôt. Le commissaire du match avait confirmé une erreur technique, et le match avait été rejoué.

Plus récemment, lors des éliminatoires en Afrique pour la Coupe du monde 2018, le match entre le Sénégal et l’Afrique du Sud a été rejoué un an plus tard. L’arbitre Joseph Lamptey avait accordé un penalty aux Sud Africains pour une main sénégalaise inexistante, ce qui lui avait valu l’interdiction à vie d’arbitrer par le Tribunal arbitral du Sport.

Des situations bien différentes de celles du match entre la Tunisie et la France, pour lequel Alexandre Costa prône l’annulation du VAR et la validation du but d’Antoine Griezmann. « Le plus logique, du fait que l’arbitre a d’abord accordé le but, puis donné le coup d’envoi avant de siffler la fin du match, serait de dire que tout ce qui vient après n’existe pas ». La Fifa, contactée par nos soins, n’a pas encore répondu sur les suites qu’elle comptait donner à la réclamation posée par le camp français, qui lui n'a qu'un objectif : « On demande à ce que le score nul soit entériné à savoir 1-1 puisque l'arbitre ne pouvait pas avoir recours à la VAR après la reprise du jeu et après la fin du match dans ce cas précis », explique-t-on dans la délégation tricolore.