Coupe du monde 2018: Être sur les Champs-Elysées, c'est «un gros "fuck"» au terrorisme

ON EST LES CHAMPIONS Des centaines de milliers de personnes s’étaient réunies sur les Champs-Elysées pour accueillir les Bleus de retour en France. Un évènement rare depuis les attentats de 2015…

T.C.

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Champions du monde !!!
Champions du monde !!! — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Des centaines de milliers de personnes s’étaient réunies sur les Champs-Elysées pour accueillir les champions du monde.
  • Dans un passé récent, les Français s’étaient rassemblés à plusieurs reprises pour rendre hommage aux victimes des attentats qui ont touché notre pays.
  • Cette fête organisée sur la plus belle avenue du monde ressemble à un pied de nez aux terroristes.

Combien étaient-ils lundi sur les Champs-Elysées ? 300.000 selon une source policière. « Au moins un million », affirme Romain Lescurieux du service Paris de 20 Minutes, qui lui aussi a attendu toute l’après-midi le passage des Bleus sur la plus belle avenue du monde pour vous le faire vivre en direct sur Facebook. Ça sentait le pétard, celui qui explose, celui qu’on fume. Il y avait des jeunes, des moins jeunes. Des Parisiens, des banlieusards, des touristes. Les gens chantaient (« On a Ben-ja-min Pavard »…), brandissaient leurs drapeaux, rigolaient. Bref, c’était la fête.

La dernière fois qu’autant de gens s’étaient réunis, c’était au moment des attentats, en 2015. L’ambiance, on s’en souvient, n’était évidemment pas la même. « On a vécu des périodes difficiles, alors ça fait du bien de voir les gens sourire », explique Allan, 42 ans, originaire des Hauts-de-Seine. Il est venu avec sa compagne, Valentine, et leur fils, Théo, 9 ans « pour féliciter les sportifs qui nous ont fait rêver ». Bien sûr que le risque terroriste existe toujours. « Mais ça ne nous a pas empêchés de venir », souffle le père de famille, qui se souvient encore avec émotion de la victoire en 1998.

« La fierté d’être champion du Monde est plus forte que la peur »

Le risque terroriste, Sara, Eloïse et Lisa, 16 ans, y ont aussi pensé avant de venir sur les Champs-Élysées. « On en a parlé avant de venir, confie l’une d’elles. On se dit que cela peut arriver n’importe où, n’importe quand. Mais la fierté d’être champion du monde est plus forte que la peur », ajoutent ces lycéennes parisiennes qui font confiance au ministre de l’Intérieur « pour faire en sorte que ça se passe bien ». Il faut dire que le dispositif mis en place par les autorités était impressionnant. Près de 2.000 forces de l’ordre étaient mobilisées pour sécuriser l’évènement.

Des gendarmes mobiles lourdement armés patrouillaient sur l’avenue tandis que des véhicules bloquaient les artères adjacentes pour empêcher les voitures d’accéder aux Champs-Elysées. « Sécurité ou pas, je serais quand même venu, ça n’aurait rien changé pour moi », soutient Thomas*, 23 ans. Maillot de Griezmannsur le dos, le jeune homme, originaire des Yvelines veut faire passer « le plaisir avant la peur ». « Et ils ont fait le nécessaire pour éviter qu’un abruti ne se fasse sauter », espère-t-il.

« Un gros fuck fait à Daesh »

Perruque bleu-blanc-rouge sur la tête, un énorme drapeau français dans les mains, Guillaume*, lui, est un peu « inquiet ». « Il y a deux poids, deux mesures. Personne nous a fouillé alors qu’hier soir, pour rentrer dans la fan-zone, on l’a été trois fois », remarque ce « patriote », comme il se définit lui-même, âgé d’une quarantaine d’années, « fier de nos couleurs », rencontré à quelques dizaines de mètres de l’Arc de triomphe. Pourtant, dit-il, « c’est un évènement à risques. » Avant de souligner le travail « formidable » des effectifs mobilisés depuis le début de la compétition.

Mathieu et Maxence, 25 et 22 ans, sont venus de Suisse pour fêter la victoire de l’équipe de France. Et le risque terroriste, eux, ils n’en ont pas grand-chose à faire. « On est là pour faire la fête, et advienne que pourra », lancent ces deux fans d’Antoine Griezmann. D’ailleurs, tous ces gens qui, insoucieusement, célèbrent le titre de champion du monde des Bleus, ça ressemble à un « gros fuck fait à Daesh ». « C’est ça qui est génial », plaisantent les deux étudiants helvètes.

« La France est debout »

Il est environ 19h30 quand le bus des Bleus passe à toute à toute berzingue devant nous. Les avions de la patrouille de France survolent Paris sous les acclamations de la foule. Cinq heures d’attente, 30 secondes de plaisir. Les gens repartent, scandent les noms des joueurs, reprennent tous ensemble I Will Survive de Gloria Gaynor, l’hymne quasi officiel de l’équipe de France depuis 1998. Comme le chantait notre regretté Johnny en 2002, « on est champions, on est tous ensemble. C’est le grand jeu. La France est debout. »

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*Les prénoms ont été changés