Coupe du monde 2018: Auto-stop, places gratos et Russes aux petits soins.. Les aventures de Rémi, un voyageur français en Russie

FOOTBALL Ce Parisien de 31 ans, qui voyage partout dans le monde depuis quatre ans, a vécu un sacré début de compétition...

Nicolas Camus

— 

Rémi sur la Place Rouge de Moscou.
Rémi sur la Place Rouge de Moscou. — N.CAMUS

De notre envoyé spécial à Moscou,

Vous avez peut-être vu son visage sur les chaînes de télé, ou entendu sa voix à la radio, lors des premiers jours de la Coupe du monde. Le défi était tellement fou qu’il n’était pas passé inaperçu. Rémi, un Français de 31 ans, a réalisé le trajet Moscou-Paris en stop. « 3200 km, 7 jours, 5 pays traversés, 28 voitures, 2 camions, 1 car, 1 lada, 9 nationalités », comme il l’a résumé dans l’une de ses vidéos postées sur Internet. Parce que oui, Rémi ne s’est pas lancé dans cette aventure au débotté. Le jeune homme est ce qu’on appelle un blogueur voyageur. Il parcourt le monde depuis quatre ans maintenant, et anime une chaîne Youtube et un site où il raconte tout. Mais on y reviendra un peu plus tard.

On l’a retrouvé à Moscou, la semaine passée, juste avant le match France-Danemark. Pour savoir, d’abord, ce qu’il avait vécu depuis son arrivée sur place. Et on n’a pas été déçu. Le regard clair, le visage qui inspire la sympathie, il nous raconte ces deux semaines pendant lesquelles il lui est arrivé mille et une choses. Son but n’était pas seulement d’arriver jusqu’à la capitale russe pour le jour d’ouverture du Mondial. Son autre défi, c’était de réussir à se rendre dans toutes les villes où jouait l’équipe de France et se faire offrir une place pour voir le match.

« Déjà, pour la cérémonie d’ouverture le 14 juin, je n’ai pas réussi. Le 15, objectif Kazan [pour France-Australie​], il fallait que je bourrine, je n’avais qu’une journée pour y arriver, sachant que c’est à 900 kilomètres. Je suis parti, j’ai été pris par une dizaine de voitures, des Russes à chaque fois, très gentils, mais je n’ai pas avancé, raconte-t-il, maillot des Bleus sur le dos. A 18h00, j’étais à Vladimir, à seulement 250 bornes de Moscou, je me suis dit que je n’arriverai jamais. »

Nijni Novgorod, des Suédois en feu et un Mexicain dégoûté

Alors il s’arrête, rencontre des étudiants russes en histoire, visite la ville avec eux. Le lendemain, il regarde France-Australie depuis la fan zone de cette ville qui a servi de lieu de détention pour le fils de Staline - au passage. « J’étais le seul Français, il y avait deux Colombiens avec qui on a bu quelques coups, quelques Russes, mais sinon c’était tout vide ! C’était un peu bizarre, mais chouette ».

Le lendemain, il rejoint Nijni Novgorod, grâce à deux filles rencontrées par hasard dans un resto qui allaient pile là-bas. « Le coup de bol qui n’arrive jamais ». C’est le jour de Suède-Corée du Sud. Les Suédois y ont déplacé Stockholm. « La ville était tout en jaune, vraiment impressionnant à voir ». Nouvelle tentative d’aller au stade, selon la technique habituelle. « Je me suis pointé devant le stade, deux heures avant, avec ma pancarte "one ticket for a smile". Ça n’a absolument pas marché ». A dix minutes du coup d’envoi, un… Mexicain l’aborde. Il veut bien lui en vendre un. « Je lui ai dit que je n’avais que 1.150 roubles [15 euros]. Il était dégoûté, mais il m’a dit ok. Il l’avait acheté 100 euros ». La bière payée dans le stade l’a (un peu) aidé à digérer.

Arrêtons-nous deux minutes sur cette histoire de place offerte. Ça paraît un peu couillu, tout de même, quand on sait que certains Sud-Américains notamment ont pris des crédits pour venir. Non ? « Ma démarche c’est de voir si les gens peuvent être généreux, explique-t-il. Je sais très bien que ça représente de sacrées sommes, et qu’on est dans un truc commercial. Les gens qui viennent me voir, ils me sourient, ils prennent des photos, me souhaitent bonne chance, mais ils me disent "je peux pas te donner de billet mec ! Qui va accepter ça franchement ?". Moi je pense qu’il y a des gens qui vont finir par dire oui. » Il y a quatre ans, au Brésil, ça avait bien marché pour des amies à lui.

L’objectif suivant, c’est Iekaterinbourg, pour France-Pérou. Mais plus question de tenter le stop. Trop fatigant, et surtout prenant. « Je me suis rendu compte que j’étais en train de courir, et que je ne voyais plus rien. T’es partout et nulle part, estime Rémi. Alors je me suis dit "ok, je vais prendre mon temps, peut-être acheter un billet de train ou d’avion, mais au moins ce sera cool". Je voulais apprécier le fait d’être en Russie, de faire des rencontres, parce que c’est ça l’essence même de mon voyage. »

Le trentenaire aime voir du pays et rencontrer des gens. C’est le but de sa vie, même, depuis quatre ans. Développeur web à l’origine, il a créé sa start-up à 22 ans, avant de la revendre au bout de cinq ans. « J’ai toujours structuré ma vie pour avoir le maximum de temps pour moi, pour profiter. Et là, c’était super intéressant, j’avais des employés et tout, mais j’ai vu la limite. Je m’étais posé à nouveau plein de barrières. Je n’avais plus envie de m’occuper de gens, juste de moi », explique-il.

Nijni Novgorod-Iekaterinbourg en troisième classe

Bye bye la boîte, vive les voyages. Ces dernières années, il a traversé l’Atlantique en voilier, vécu quelques mois en Colombie, à Cuba ou en Australie, randonné à travers plusieurs îles comme la Corse ou la Réunion, été jusqu’en Laponie en stop déguisé en Père Noël, avec sa copine. Le genre d’énumération à vous remettre légèrement en question… A chaque voyage, il cherche des sponsors, pour ne pas perdre d’argent. Son activité de blogueur lui permet-elle de vivre ? « On va dire que je survis de ça, sourit-il. Sinon, je vis encore de mes économies. Et je ne suis pas dans la dépense. »

Le trajet entre Nijni Novgorod et Iekaterinbourg, situé 1.400 km à l’est, se fait donc en train. 21h de trajet, mais pas de quoi l’effrayer. « J’avais fait Vladivostok-Saint-Petersbourg il y a sept ans », glisse-t-il comme ça entre deux gorgées de limonade. Euh… non rien. Bref, installé en troisième classe, il s’est régalé. « Chacun a une couchette, mais c’est complètement ouvert. A l’entrée du wagon, t’as une sorte d’énorme bouilloire ou tu peux prendre ton eau chaude pour te faire un thé et cuire tes pates lyophilisées. J’étais qu’avec des dames russes, elles voulaient absolument me donner à manger. Dès que je refusais, elles m’obligeaient quand même. Elles étaient vraiment aux petits soins avec moi, c’était trop mignon. Quand on s’est arrêté, elles m’ont acheté un souvenir. Ça, tu ne t’y attends pas, c’est génial. »

Arrivé sur place, impossible de dégoter une place pour le match. Les Péruviens ont débarqué en nombre, et sont prêts à mettre le prix. Eux. A 20 minutes du coup d’envoi, notre voyageur se fait une raison. « Je rencontre quatre Russes, de 22-23 ans. On se prend en photo et tout, ils me disent qu’ils vont à la fan zone parce qu’ils n’ont pas de billet, du coup je suis parti avec eux. Au final j’ai ki-ffé. Il y avait que des Russes, la plupart étaient pour la France, j’avais ma peinture, j’ai dû peindre au moins 100 visages avec le drapeau bleu-blanc-rouge. C’était fabuleux ».

De retour à Mosou, il squatte un petit lit d’appoint dans un bâtiment qui ne ressemble à rien mais où il passe de bonnes soirées avec Dimitri, Vladimir, Yuri et d’autres quarantenaires russes, qui travaillent juste en dessous. « Je suis content, parce que j’ai cassé tous mes préjugés sur la Russie, dit-il quand on lui demande le bilan de son aventure. Les gens sont super sympas, toujours en train d’essayer de t’aider, ils sont fiers de leur pays, ils ont envie de savoir ce que tu en penses, ils sont prêts à discuter et à connaître un peu plus de ta culture aussi. Et ils sourient ! Je ne m’y attendais pas. »

DÉCONNEXION ET VOYAGE Je n’ai pas donné de nouvelles depuis une semaine, ca ne veut pas dire que je vous oublie. Etre #Blogueur / #Youtubeur « m’oblige » à vous donner des nouvelles régulièrement. J’adore ça vous raconter mes histoires, mes rencontres et tout ce qu’il se passe dans ma tête, mais il est important pour moi de réussir à me DECONNECTER. Si je suis constamment derrière mon téléphone ou mon ordi, et donc en connexion avec le monde que je connais, il m’est impossible de vivre pleinement une expérience unique. Il me faut faire violence pour arrêter de regarder ce qu’il se passe en France. Mais l’effort en vaut la peine. Cela me permet de me connecter à moi-même dans un premier temps, mais surtout, cela me permet de me connecter avec l’endroit où je suis : La Russie. Il y a des choses qui ne se filment pas. Je vous parle d’un studio squat en plein milieu de Moscou, à 200 mètres de la place Rouge. Le genre d’endroit que j’adore. Pour y accéder, il faut passer par une porte cachée que seuls les habitués connaissent. Merci à Antoine et Elizabeth pour le bon plan ;) Je suis avec une dizaine de russes, en train de regarder le match Russie / Uruguay tout en savourant une bière artisanale russe, entrecoupé de shots de whisky. L’expérience est unique. J’aime ces moments. Les filmer les trahirait. J'espère que vous me comprenez. Bisous

A post shared by Capitaine Rémi 📽🌎 (@capitaineremi) on

C’est là-dessus qu’on l’a laissé. Mais ce n’était pas tout à fait la fin de son voyage. Après avoir échoué à trouver une place pour France-Danemark, Rémi s’est rendu à Kazan pour le 8e de finale contre l’Argentine. L’histoire est assez folle. Sur la route de France-Australie, voyant qu’il n’arriverait pas à temps, il s’était décidé à acheter un billet d’avion. Mais il s’était trompé dans les dates. Enorme coup de pot, elles correspondaient à ce match, et les Bleus ont eu la bonne idée de terminer premiers de poule. Là-bas, le bonheur. Il a enfin pu rentrer dans le stade, grâce à un contact à la FFF d’un ami.

Dans quelques instants, sous vos yeux, un match de ouf.
Dans quelques instants, sous vos yeux, un match de ouf. - Capitaine Rémi

Il aura juste vu l’une des plus belles rencontres de l’équipe de France dans une Coupe du monde. « Un match d’anthologie qui termine bien mon aventure », nous écrit-il dans un message. Mardi, il rentre à Paris… en avion. Faut quand même pas pousser.