La Coupe du monde dans nos vies, épisode 19. Elèves déconcentrés et arnaque aux Panini: Quand le Mondial met le binz à l'école

COUR DE RÉCRÉ La Coupe du monde foot est aussi dans la vie des enfants, dans la cour de récré et en classe...

Laure Cometti

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ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
  • Les enfants aussi suivent les matchs du Mondial et ça ne leur fait pas que du bien.
  • On s'est renseigné sur l'atmosphère dans les écoles pendant la Coupe du monde et on a causé déconcentration, manque de sommeil et tensions avec des instits et des parents.
  • Mais le Mondial a aussi de bons effets sur nos bambins.

Nous sommes tous un peu la Coupe du monde. Qu’on adore ou qu’on déteste le foot, qu’on le suive régulièrement ou une fois tous les quatre ans, qu’on soit né un soir de juillet 1998 ou trente ans avant, nous avons tous une expérience singulière et collective liée à la Coupe du monde. Durant tout le Mondial en Russie, 20 Minutes vous propose de l’explorer chaque jour à travers des témoignages, des interviews, des anecdotes, des jeux, des reportages ou des portraits. Parce que la Coupe du monde, c’est bien plus que juste du foot.

>> Pour relire l’épisode d’hier, sur vos plus folles anecdotes de Mondial (partie 1)

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>> Aujourd’hui, l’épisode n° 19 : quand la Coupe du monde met le binz à l’école

« Je me souviendrai toute ma vie du juin 2018 Maman ! » Deux garçons de 9 et 7 ans rentrent furax de l’école, ce lundi fatidique, date du début de l’interdiction des cartes Panini et parties de foot pour cause d’excitation excessive de gamins. Cet article a commencé comme ça : le témoignage en conférence de rédaction d’une mère faussement révoltée par la « censure spéciale Coupe du Monde » dans l’école de ses bambins. Un autre embraye sur les « arnaques au troc de Panini », avec les « p’tits qui se font escroquer par les grands ». Comme l’impression qu’on tient un sujet : tout indique que la Coupe du monde met un sacré binz dans les cours de récré. Ni une ni deux, on passe des coups de fil en école primaires histoire de tâter le terrain.

La première tentative est un échec. On a à peine le temps de prononcer les mots « Coupe du monde » et « élèves » qu’une directrice nous coup sèchement : « Ah, pas encore du foot, non merci, et au revoir ! » Puis elle nous raccroche au nez. Était-on sur la piste d’un sujet brûlant qui allait secouer jusqu’aux sommets de l’Education nationale ?

Des gamins bien mordus de foot

Il suffit d’aller faire la sortie des classes pour se rendre compte que l’atmosphère n’est pas la même quand le foot est aussi à la télé. Mardi, 16h30, les Bleus jouent (mollement) depuis une demi-heure contre le Danemark, tandis que les élèves sortent par grappes de l’école. Pas mal de maillots des Bleus, surtout sur les plus grands, des cartes Panini qui brillent quand on les sort en douce de ses poches, loin du regard des surveillants, des gamins qui filent en courant et en haletant : « je veux pas louper la deuxième mi-temps ! »

Cette année, les matchs tombent souvent l’après-midi. Et pas question de suspendre les cours pendant les matchs de l’équipe nationale, comme l’Education nationale uruguayenne l’a autorisé.

Du coup, ça râle. « Ça saoule, on rate tout ! », souffle un CM1. Son pote embraye : « Moi je demande à mon père d’enregistrer à la maison ». Un troisième veut « trop un téléphone, pour avoir les résultats en classe ». Elle est bien bonne, celle-là.

On retente notre chance avec la directrice bougonne. Elle finit par daigner causer ballon : « Ils sont obsédés par le foot, toute l’année, et la Coupe du monde ne change pas grand-chose. Dès qu’ils ont trois minutes ils jouent dans la cour : c’est omniprésent dans leur vie. Une mouche les déconcentre, alors imaginez le Mondial ! ». Elle a d’ailleurs interdit les cartes Panini toute l’année, car « ça crée et des jalousies et des vols ».

Concentration en berne, manque de sommeil et séchage de cours

En contactant pas mal de directeurs d’établissements et de syndicats aux quatre coins du pays, on s’est vite rendu compte que les mesures punitives préventives pendant la Coupe du monde restaient assez rares, en tout cas en ce qui concerne le droit de taper le ballon à la récré et de troquer des Panini. En revanche, les jours de matchs ne sont pas tout à fait comme les autres dans les écoles.

D’abord parce que le Mondial malmène la capacité de concentration, déjà faiblarde en fin d’année, des élèves. Les bavardages sur le foot à la récré se poursuivent très souvent en classe. Prof d’histoire-géo en Nouvelle Aquitaine, Méryl est « agacée par des interventions spontanées d’élèves en plein cours qui ne peuvent s’empêcher de commenter le match de la veille ou d’établir des pronostics sur le prochain ».

Pour les plus petits, l’excitation causée par les matchs peut perturber leu sommeil, crucial en bas âge. Une maman, Laurence, témoigne : « Les maîtresses ont constaté que certains enfants se couchent clairement plus tard que d’habitude, au vu des bâillements en classe le lendemain ». Heureusement que les matchs ont lieu l’après-midi cette année, sinon on imagine à peine le désespoir des maîtresses face à des classes totalement amorphes.

Plus problématique, le Mondial pourrait coûter leur Brevet aux élèves. Le sujet a été évoqué lors de pas mal de conseils de classe du dernier trimestre. « Il a été rappelé qu’il y a vingt ans lors de la Coupe du monde 1998, beaucoup ont raté leurs examens ou obtenu de moins bons résultats, car au lieu de réviser ils avaient suivi les matchs », explique Samuel Cywie, porte-parole de la PEEP, la fédération des associations de parents d’élèves de l’école publique. En vérité les taux de réussite moyens au Bac et au Brevet n’ont pas baissé en 1998. Mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour le bien de nos enfants… Surtout quand certains sèchent les cours pour mater les matchs.

Quiz de géo, coloriage de drapeaux et passion partagée

Mais le Mondial n’est pas un fléau pour tous les instits, loin de là. Certains en font un sujet pédagogique. Bobby, professeur des écoles en CM1, nous livre ses astuces : « j’en profite pour travailler sur la Russie, le périmètre d’un terrain, les pays participants… Du coup ils sont tous motivés à travailler en cette fin d’année ! »

Le Mondial stimule la curiosité des élèves selon plusieurs instituteurs (ceux que nous avons interrogés ont tous en commun d’aimer au moins un peu le foot). « Ils ont découvert plusieurs pays à travers la Coupe du monde. Et ils me posent des questions sur la localisation de ceux qu’ils ne connaissaient pas », note Morgane à propos des CE1-CE2 à qui elle fait classe dans le Haut-Rhin. Là-bas, aucun débordement n’est à déplorer dans la cour. « Il y a beaucoup d’échanges de cartes Panini et ils sont habillés aux couleurs de l’équipe de France, maquillés en bleu-blanc-rouge. C’est assez drôle de voir la jeune ferveur. »

Certains enseignants partagent cette passion avec leurs élèves, comme Anne-Lise, fan de foot et institutrice à Paris. « J’ai un album Panini et j’échange mes cartes avec celles des élèves. J’ai aussi préparé un petit jeu de fin d’année type escape game pour mes élèves sur le thème de la Coupe du monde. Un tournoi de foot a été organisé pendant le temps de cantine et la cour était survoltée. »

« Le mois de juin est déjà perdu ! »

Même complicité entre adultes et enfant sur dans une école de Seine-Saint-Denis où Merwan a créé avec ses élèves une « fan zone » dans la cour pour regarder France-Danemark mardi 26 juin, un après-midi qui sent déjà les grandes vacances pour toute l’école.

Face à tant d’enthousiasme, on relance les parents et profs agacés par la Coupe du monde. Leur inquiétude n’est-elle pas un poil exagérée ? « La chance qu’on a, c’est que le Mondial se déroule pendant un mois de juin déjà maltraité au niveau scolaire : les vacances sont imminentes, les conseils de classe sont passés, c’est un mois déjà perdu ! Disons que juin 2018 est encore pire que les mois de juin sans Coupe du monde ! » Samuel Cywie rit et relativise un peu, mais il se fait déjà du souci pour 2022. Le Mondial organisé au Qatar aura lieu avant les vacances de Noël. « Là, on aura d’autres soucis avec les enfants… »

 

>> Demain, vous saurez enfin ce qui se passe dans les prisons pendant un Mondial (et c'est assez incroyable)