Joshua-Ruiz: Snickers, burgers et crochets dévastateurs… Andy Ruiz, le «grassouillet» qui a secoué la boxe mondiale

BOXE Samedi, le nouveau champion du monde des poids lourds offre une revanche à Anthony Joshua

Aymeric Le Gall

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Andy Ruiz, from
Andy Ruiz, from — Fayez Nureldine / AFP

Vous pouvez balancer toutes vos VHS de Rocky à la poubelle, l’Amérique tient son nouveau conte de fée version gros gnons. A la place de ce bel éphèbe de Sylvester Stallone (avant que les ravages de la chirurgie esthétique ne passent par là), on retrouve un fils d’immigré mexicain en surpoids issu d’une petite ville de Californie, à quelques kilomètres de la frontière avec le Mexique.

Après avoir choqué le monde de la boxe en terrassant le Britannique Anthony Joshua (invaincu jusque-là sur 23 combats), au Madison Square Garden en juin, pour devenir le champion du monde des poids lourds WBA, WBO, IBF et IBO, Andy Ruiz (29 ans) va remettre ses ceintures en jeu pour une revanche plus attendue encore que la destitution de Donald Trump aux Etats-Unis. Le combat sera à suivre sur les antennes de RMC Sport samedi à 20h45.

Son premier combat face à Joshua a fait l’effet d’une bombe dans la mythique salle new-yorkaise. « C’était dingue ! On avait du mal à y croire, on pensait presque que c’était une blague, se remémore Brahim Asloum, aux commentaires ce soir-là. L’ambiance était étrange. En temps normal tout le monde quitte la salle dès que le combat est fini, mais là les gens sont restés une bonne vingtaine de minutes sans bouger, comme s’ils imaginaient qu’on allait recommencer à zéro tellement ce n’était pas croyable. »

A ses côtés ce soir-là, le commentateur Samyr Hamoudi a « le sentiment de vivre l’un des grands moments de l’histoire du sport. » « Avec la défaite de Tyson face à Douglas [en 1990 à Tokyo], celle-là fait partie des revers les plus dingues de notre sport. Sauf que là, visuellement, quand on compare les gabarits, c’est encore plus impressionnant », tranche Asloum.

« Fat Andy » sort du bois

Sur le papier pourtant, rien ne prédestinait le Californien à une telle ascension. C’est arrivé comme ça entre la poire et le cheddar, au hasard d’un message envoyé sur Instagram au promoteur de Joshua, Eddie Hearn. Contraint de trouver un bouche-trou pour pallier l’abandon de Jarrell Miller, chopé par la patrouille après deux contrôles antidopage positifs, Hearn est dans l’impasse. Tandis que d’autres boxeurs ont préféré décliner poliment l’invitation – hors de question d’aller prendre une rouste en mondivision face au golgoth anglais – Andy Ruiz tente sa chance.

« Il a levé la main pour dire "je suis dispo si vous voulez", se marre Asloum. A l’arrivée le promoteur le prend parce qu’il n’a pas le choix et qu’il n’y a personne d’autre. » Et voilà comment « Fat Andy » (son surnom à l’école), tatouages de trafiquant de drogue pour le cartel de Sinaloa, bouille de bébé réjoui sur un corps de bibendum, se retrouve à coller une trempe à l’Apollon britannique pour s’asseoir à la table des grands de la boxe.

Au micro de RMC, Samyr éructe à chaque crochet de celui qu’il appelle « le grassouillet. » Ce qui lui vaudra quelques remarques outrées sur les réseaux sociaux. « J’assume tous ces termes, ça fait aussi partie de son histoire. John Dovi, un de nos consultants, dit souvent qu’en boxe on monte sur un ring avec son sac à dos. Dedans, chacun a son histoire, ses atouts, ses faiblesses. Ben Ruiz, dans le sien, il y a aussi le fait d’être grassouillet et de représenter une certaine forme de boxe. Et samedi je ne changerai pas ça. C’est un petit gros, mais c’est surtout un excellent boxeur, point. »

La revanche du gros

Andy Ruiz a l’habitude. Toute sa vie, l’Américain a dû vivre avec les moqueries de ses vilains petits camarades. « Gros plein de soupe », « Gros Andy », autant de sobriquets de cour de récrés qui font mal à l’estomac. Un de ses entraîneurs le comparait aussi à Russel, ce petit gamin enrobé et un peu naïf dans le film d’animation Là-Haut. « Il s’est nourri de ça durant toute sa carrière, embraye Asloum. Ça te donne une rage et une détermination hors normes. »

« J’ai été harcelé plusieurs fois à l’école », confirme le mastodonte sur ESPN. Sur la même chaîne, sa mère se rappelle aussi cette fois où une bande de jeune est venue le tabasser avec un tuyau en criant « alors le gros, on va voir si t’es un dur ! ». Charmants personnages. « Sa victoire contre Joshua est pour tous les gens qui se font maltraiter dehors à cause de leur surpoids », se réjouit son entraîneur Manny Robles dans le New York Times.

Pourtant, dans les colonnes du Washington Post, Victor Cruz le directeur du gymnase d’Imperial, là où Ruiz a grandi, se souvient d’un « happy giant » toujours souriant. Souriant mais turbulent. Limite hyperactif, Ruiz passe plus de temps dans la rue à se bastonner que sur les bancs de l’école. Pour canaliser la bestiole, son père décide alors de le mettre à la boxe dès l’âge de 6 ans.

« Ça m’a sauvé la vie, dira-t-il après sa victoire contre Joshua. La vie est dure dans ma petite ville à la frontière du Mexique. Il y a beaucoup de trafics de drogue, des gangs, des cartels. La boxe m’a tenu éloigné de la rue. » Petit à petit, à force de se coltiner des gars plus vieux que lui et qui font deux fois sa taille – catégorie de poids oblige –, Ruiz se prend au jeu. L’heure de la tournée générale de parpaings a sonné.

« Il a une super technique et une vitesse de mains incroyable, résume Samyr Hamoudi. Pour un garçon de ce gabarit, ça surprend. Même Joshua le dit après le combat : quand il est monté sur le ring, il ne s’attendait pas à une telle vitesse d’exécution. Et il a aussi un crochet gauche dévastateur, qui fait mal, qui fait peur. » Coach de boxe à Las Vegas, Justin Gamber connaît bien Andy Ruiz. « Quand ils le voient, les gens disent qu’il n’est pas en forme. Mais ce mec travaille beaucoup plus que ceux qu’on pourrait appeler des beaux spécimens, expliquait-il au New York Times C’est juste qu’il n’aura jamais un corps parfait. Ce n’est pas dans son ADN ».

Le régime avant la revanche

Ni dans ses habitudes alimentaires, on va pas se mentir. Ses restaurants préférés à Imperial ? « Johnny’s Burritos » et « Donut Avenue ». Des modèles de diététique assurément Snickers comme si le diabète n’était qu’une fake news propagée par le lobby du bio. « C’est à l’opposé de ce qu’on peut imaginer pour un athlète de haut niveau. Déjà quand tu le vois physiquement, bon, t’as des doutes sur son niveau, mais alors quand tu le vois prendre une barre de Snickers tu te dis qu’il se fout de la gueule du monde ! », hallucine Brahim Asloum.

Pourtant, le « Rocky mexicain », comme l’appelle désormais son père, a décidé de calmer le jeu sur le gras et le chocolat. Depuis sa victoire au Madison Square Garden, nous apprend RMC, Andy Ruiz a fait appel à la société californienne Zo’s Meal Plans, qui lui concocte des plats sains et équilibrés. « Des trucs verts », dans le langage Ruizien. « Choisir la bonne nourriture est une chose sur laquelle je travaille désormais. Si ce n’était pas le cas, je mangerais un burger à trois steaks avec du bacon et plein de fromage. Les gens doivent comprendre que j’ai réussi à aller aussi loin en étant un peu grassouillet. Imaginez jusqu’où je peux aller si j’étais dans une forme optimale », annonce-t-il fièrement dans l’émission USA Today. On verra samedi s’il parvient à réaliser un nouvel exploit, face à un Anthony Joshua vexé qui compte bien effacer ce premier affront.

« Ça serait dingue !, s’enflamme le champion du monde des poids mi-mouche en 2007. Il casserait encore plus tous les stéréotypes qu’on avait sur le champion poids lourd. On est à une époque où ce sont de beaux athlètes, ils font deux mètres, ils n’ont pas un pète de gras, tout le contraire de Ruiz quoi ! ». « C’est grâce à ce genre d’histoire que la boxe est en train de retrouver ses lettres de noblesse », conclut Samyr Hamoudi. Si avec ça on ne vous a pas convaincus de suivre le combat, on peut arrêter ce métier illico.