NBA : « On touche au produit fini »… Victor Wembanyama en pleine métamorphose gagnante avec les Spurs ?
Le « Wemby » nouveau est arrivé•Le pivot français de 2,24 m, qui signe un remarquable retour sur les parquets NBA depuis deux semaines, met avant tout l’accent sur l’agressivité près du cercle. Ses Spurs défieront dans la nuit de mercredi à jeudi les Lakers de Luka DoncicJérémy Laugier
L'essentiel
- Vainqueurs de cinq de leurs six premiers matchs de la saison NBA 2025-2026, les San Antonio Spurs se déplacent dans la nuit de mercredi à jeudi (à 4 heures du matin) sur le parquet des Los Angeles Lakers de Luka Doncic.
- La grande attraction de la soirée sera une nouvelle fois Victor Wembanyama, éteint dimanche dans la première défaite texane à Phoenix (130-118), mais auteur jusque-là d’une entame de saison colossale (26,7 points et 13,7 rebonds en moyenne).
- Après plus de huit mois sans compétition, en raison d’une thrombose veineuse à l’épaule droite, « Wemby » a clairement fait évoluer son jeu, en shootant nettement moins à trois-points et en enfonçant désormais des intérieurs adverses. Ses anciens coéquipiers à Boulogne-Levallois, Lahaou Konaté et Steeve Ho You Fat, décryptent cette mutation pour 20 Minutes.
Voir l’obscur trio des Suns Royce O’Neale-Mark Williams-Jordan Goodwin museler dimanche notre « Wemby » national (9 points à 4/14 aux tirs et 6 balles perdues) a un poil doucher notre enthousiasme, plus de huit mois après sa thrombose veineuse à l’épaule droite. Sauf que jusqu’à ce soir sans à Phoenix (130-118), Victor Wembanyama restait sur une entame de saison de MVP, ni plus ni moins. Elu le 27 octobre meilleur joueur de la semaine à l’Ouest avec alors 33,3 points, 13,3 rebonds et 6 contres de moyenne sur les trois premières rencontres, le pivot des Bleus a contribué au 5-0 historique des Spurs pour attaquer la saison.
« Il connaît son karaté »
Outre des statistiques d’emblée démentes pour un joueur n’ayant plus disputé le moindre match officiel depuis le 12 février 2025, et avant d’affronter les Lakers de Luka Doncic, Victor Wembanyama nous a offert une drôle de nouveauté : l’impression visuelle de détruire tous les intérieurs adverses, à coups de dunks rageurs et de mouvements aussi fluides qu’agressifs vers le cercle. Quand en face, il s’agit par exemple du tandem confirmé des Mavs Anthony Davis-Dereck Lively, le retentissement est total outre-Atlantique.
« Ça ne m’a pas surpris, assure Lahaou Konaté, ancien coéquipier de "Wemby" à Boulogne-Levallois lors de la superbe saison 2022-2023 des Mets. Il est toujours à la recherche de la perfection. Et quelque part, sa blessure lui a fait du bien. Il a su profiter de sa longue période de convalescence pour trouver la marche à suivre. Comme on dit, il connaît son karaté. Il s’est mis dans sa bulle, il a pris en muscles et il a travaillé en priorité l’agressivité près du cercle. Je ne l’imaginais pas pouvoir finir un match sans le moindre tir tenté à trois-points. »
Et pourtant, pour la première fois… depuis le 4 décembre 2021 et un Fos Provence Basket-Asvel en Betclic Elite, Victor Wembanyama n’a pas du tout dégainé de loin lors d’une prestation ultra-propre, le 27 octobre face à Toronto (121-103), avec 24 points à 7/8 aux tirs et 15 rebonds. Et il ne s’agit pas d’un épiphénomène, puisque le géant de 2,24 m a sacrément réduit sa moyenne de tirs à trois-points depuis la reprise (3,5 contre 8,8 en 2024-2025). A titre d’exemple, l’intérieur de 21 ans s’était appuyé sur un 8/16 extérieur pour claquer son record personnel contre Washington (50 points) en novembre 2024, alors qu’il n’a opté que pour deux tentatives (1/2) afin d’affoler les compteurs en ouverture face aux Mavs.
« La phase de développement est terminée »
« Victor n’aime pas être mis dans des cases mais malgré lui, il était rentré dans celle du basketteur évoluant au large, sans contact, constate Steeve Ho You Fat, lui aussi ex-partenaire du MVP de Betclic Elite 2023 aux Mets. Or il a l’ambition de marquer l’histoire au-delà de ses stats personnelles et il sait qu’il faut de la dureté pour aller loin en play-offs NBA. Alors autant s’habituer à jouer ainsi dès la reprise… J’étais curieux de voir cette évolution-là chez Victor. » L’expérimenté ailier fort de 37 ans, qui vient de prendre sa retraite professionnelle pour désormais évoluer à Golfe-Juan (Nationale 2), poursuit.
« Cette dureté, c’est ce qui lui manquait. Il était encore dans une phase d’expérimentation et d’adaptation en NBA. Il lui fallait trouver sa voie. Allait-il plutôt ressembler à Giannis Antetokounmpo, à Steph Curry, à Kevin Durant, être un mélange de tous les trois... ? Là, il a pris une décision très claire dans son jeu et la phase de développement est terminée. On touche au produit fini, complet. »
Un possible « produit fini » assez éloigné de la pépite ayant survolé la Betclic Elite pour sa dernière saison en Europe, avec alors une volonté farouche d’évoluer au large. « Vincent Collet souhaitait que Victor soit vraiment notre gros point de fixation dans la raquette, se souvient Steeve Ho You Fat. Mais il n’était pas encore prêt pour ce jeu-là. A l’entraînement, je pouvais le dominer sur de l’impact physique. A présent, on voit qu’il a ce coup d’épaule pour déstabiliser son adversaire direct. C’est tout un process, et Vincent doit être très content de le voir enfoncer des big men aujourd’hui. »
L’apport d’Olajuwon et de Garnett se fait sentir
Si Victor Wembanyama vient donc de galérer devant les incessantes rotations défensives et prises à deux des Suns, il ne faut pas minimiser sa mutation sur les cinq victoires ayant précédé cet accroc. « C’est un kif de le voir en vrai poste 5, s’enthousiasme ainsi Lahaou Konaté, actuellement joueur au Portel (Betclic Elite). Il finit plus proche du cercle, il est plus explosif, avec plus d’agressivité, plus de résistance dans les duels et plus d’habileté dans le dribble, ainsi qu’une maîtrise du footwork [travail d’appuis] incroyable. Il y a eu une forte évolution de son jeu, et on le voit même parfois un peu comme un deuxième meneur. »
Outre sa collaboration de longue date avec le préparateur physique français Guillaume Alquier, « Wemby » a récemment pu côtoyer sur les parquets deux ex-intérieurs superstars de NBA, Hakeem Olajuwon et Kevin Garnett, un an après avoir « beaucoup appris » auprès de l’ancien dribbleur funambule Jamal Crawford. « Quand Victor se mettait à monter la balle avec Boulogne-Levallois, Vincent Collet avait le cœur qui palpitait, sourit Steeve Ho You Fat. Aujourd’hui, on sent que tout le monde est serein autour de lui. Et s’il a travaillé avec autant de grands noms ces derniers mois, ça n’est pas pour simplement faire une saison correcte. »
Celui qui tient à rester « unique » mise cette année sur une tendance que confirment les stats de Sofascore : moins de trois-points tentés et de ballons perdus, deux fois plus de lancers-francs provoqués, et une présence encore plus marquée au rebond et au contre. Le tout dans un effectif texan enfin armé (grâce aux arrivées depuis un an de Castle, Fox et Harper) pour viser bien mieux que les 14e et 13e places à l’Ouest des deux premières saisons de l’ère Wembanyama.
« Toutes les grandes stars NBA sont choquées »
« Beaucoup de gens l’oublient mais l’une des grandes forces de Victor est de mettre en avant ses coéquipiers, de créer du lien dans une équipe, insiste Steeve Ho You Fat. Ça se sent que c’est un leader. Il a décidé d’être dominant et c’est ce qu’on attend de lui, mais il n’est pas individualiste pour autant. » Au fait, la « Curryfication » de « Wemby » est-elle finie pour de bon, ou l’échantillon (6 matchs sur 82 de saison régulière) est-il bien trop restreint pour en être certain ?
« C’est trop tôt pour le dire, tranche Lahaou Konaté. Le jeu varie et si les défenses font le choix de laisser des tirs ouverts de loin à Victor, il en prendra peut-être davantage qu’en ce début de saison. » En témoignent ses deux 1/5 de la semaine dans l’exercice mais aussi ses gourmandises pour rentrer des shoots ultra durs/lointains, après des highlights défensifs de haut vol, en duel avec Dereck Lively puis depuis le logo du rond central contre les Brooklyn Nets.
Notre dossier sur Victor WembanyamaMais rien à voir avec son mode arrosage automatique en 2024-2025, lorsqu’il avait au final quasiment autant de tirs tentés à trois-points qu’à deux (8,8 contre 9,8). « Toutes les grandes stars NBA sont choquées par son début de saison et tout le monde prend son pied en regardant les matchs de Victor, non ? », lance Lahaou Konaté. Les noctambules français vont justement pouvoir s’en donner à cœur joie lors du choc de la nuit « Wemby »-Doncic.



















