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Silas Billong, le joueur qui a pris le sifflet

Silas Billong, le joueur qui a pris le sifflet

FOOTBALLL'arbitre de 37 ans est le seul ancien joueur pro à officier au haut niveau dans l'arbitrage...
Romain Scotto

Romain Scotto

Il a gardé l’allure élancée et le pas alerte du défenseur qu’il était, il y a sept ans. «Mes collègues me disent que je n’ai pas pris un gramme», piaffe Silas Billong, l’unique arbitre de haut niveau dont le nom figurait déjà sur les feuilles de match quand il était footballeur pro. A Reims ou Brest, celui qui officiera vendredi en tant que quatrième arbitre lors de Caen - OM, a connu quelques saisons de L2 avant d’envisager sa reconversion: «Pendant ma carrière j’avais entamé les démarches pour faire la culbute vers l’arbitrage. J’ai appelé la DNA (direction nationale de l’arbitrage) pour qu’on m’explique la marche à suivre et ça s’est fait simplement». A l’époque, le joueur brestois fête tout juste ses 30 ans, un âge où les pros rêvent plus souvent de négocier un dernier contrat, investir dans l’immobilier ou passer leur diplôme d’entraîneur.

Comme Jean-Marc Rodolphe avant lui, le frère de Romarin Billong (ex-pro devenu financier) se moque pourtant des remarques de ses coéquipiers. «Ils étaient étonnés. On m’a même un peu dissuadé. Mais je suis un grand garçon, j’assume ce que je fais. Malheureusement, pour un joueur, l’image de l’arbitre n’est pas sérieuse.» Ce manque de considération, il l’explique simplement: «La couverture n’est pas sur nous, c’est tout. L’objectif d’un arbitre est d’être le plus discret possible.» Et non pas de faire parler de lui. Ce n’est pas non plus avec un sifflet qu’un ancien joueur risque de remplir son compte en banque. «Je gagnais dix fois, voire vingt fois plus en tant que joueur. L’aspect financier n’est pas le moteur.»

«J’attends de lui un peu plus que des autres»

L’ancien footeux prend toujours autant de plaisir à s’entraîner chez lui à Limoges, «se remettre en cause avant chaque rencontre». Une fois les crampons raccrochés, il a bénéficié d’un parcours accéléré pour passer des matchs de district au National où il officie régulièrement aujourd’hui. «Le parcours est plus rapide mais on doit acquérir plus vite les placements et la théorie.» A 37 ans, Silas Billong a conscience d’être observé différemment, notamment depuis les bancs de touche où il croise souvent d’anciens adversaires.

«Vu son passé, j’attends de lui un peu plus que des autres arbitres, reconnaît régis Brouard, le coach de Quevilly. Un peu plus de finesse, une sensibilité du jeu plus approfondie.» Même constat chez Franck Priou, l’entraîneur de Fréjus: «Il peut ressentir certaines choses que les autres arbitres ne sentent pas. Par exemple quand un joueur est amené à contester, à communiquer d’une certaine façon.» Si son passé d’ancien joueur doit l’aider, ce serait plutôt dans la façon d’appréhender les déplacements des joueurs, les tactiques des adversaires, analyse Billong. «Mais il est faux de dire qu’un arbitre est mauvais parce qu’il n’a jamais joué. Les joueurs ont tendance à vite rejeter leur responsabilité sur quelqu’un», regrette celui qui a jusqu’à 42 ans pour viser une promotion en L1. S’il n’y parvient pas, il sera alors temps de penser à une autre carrière. Ce sera juste la troisième.