Confessions d'un hooligan-écrivain du PSG

FOOTBALL Mathias C. raconte dans un livre sa plongée dans l'hooliganisme entre quête personnelle et violence pure...

Alexandre Pedro

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Mathias C, auteur du livre "Hooliblack", le 18 novembre à Paris.
Mathias C, auteur du livre "Hooliblack", le 18 novembre à Paris. — V.Wartiner / 20minutes

Ni pardon, ni repentance, Mathias C. assume son hooliganisme. A 36 ans, il en a tiré «Hooliblack» paru chez Hugo&Cie «parce que je suis hooligan et noir». Son livre raconte la plongée dans «l’utra-violence» d’un «enfant du regroupement familial (ses parents viennent du Cameroun, NDLR) tombé amoureux du Paris Saint-Germain depuis le soir de 1983 où son père lui ouvre les portes du Parc des Princes pour un PSG-Juventus Turin. «C’est de la méconnaissance totale que de dire que les “hools” n’aiment pas le foot. Certains sont seulement à la recherche de violence pure mais beaucoup, comme moi, ont le logiciel foot.»

La violence, Mathias C. l’expérimente d’abord avec le gang Black Dragons où il suit son frère dans sa chasse aux skins dans les rues de Paris à la fin des années 80. Des skins qu’il va être amené à retrouver dans les tribunes du Parc. Eux à Boulogne, lui à Auteuil, comme un «indépendant» affilié à aucun groupe mais toujours prêt à en découdre. «On servait de bras armés pour les nouvelles associations d’Auteuil. A partir de 1993, Canal+ (alors propriétaire du club) a voulu créer un “contre-pouvoir banlieue” à Boulogne pour gommer l’image de facho du club, on était manipulés bien sûr», dénonce-t-il. Lui se définit «comme un patriote» et ne se reconnaît pas dans «la communautarisation de la tribune Auteuil».

«Je voulais m’affranchir de ma peur»

A l’époque, Mathias est bien au Parc mais ignore ce qui se trame sur la pelouse. «Je ne regardais plus le match mais les tribunes à la recherche de partenaires de combat.» Sa quête est ailleurs. «Je voulais m’affranchir de ma peur. Et la meilleure manière, c’est de l’affronter en se confrontant à la douleur physique pour se réapproprier son corps et sa vie.»

Mathias avoue alors ne vivre que pour les «fights», ces bagarres entre supporters aussi sanglantes que codifiées. «Il n’y a pas de vainqueur. Tout ce passe en trente secondes, maximum une minute. On frappe, on frappe et d’un commun accord, le combat s’arrête. Ce qui compte, ce n’est pas la bagarre en elle-même mais tout ce qui se passe avant dans la tête. L’adrénaline qui monte. Ce sentiment d’être au bord de l’abysse.»

«Qu’est-ce qu’ils pourront faire contre une passe aveugle de Pastore?»

Cette soif de violence manque de lui coûter la vie «un soir de fight». Un deux-contre-deux dans un hangar de la banlieue parisienne sans échappatoire. «Il n’y avait que nous, pas d’arbitre, pas la police pour intervenir, rien. Tu ne sais pas ce qui peut t’arriver.» Depuis, Mathias a pris du recul, même s’il admet «ne pas avoir renoncé à toutes ses activités».

Toujours abonné et accro à son PSG, il regarde aujourd’hui le Parc évoluer depuis le plan Leproux. La disparation des groupes de supporters ne provoque chez lui aucune nostalgie. Leur grève du stade encore moins.  «Le club ne leur appartient pas, tranche-t-il. On voit des petits jeunes qui se permettent de traiter de vendus des historiques qui sont là depuis 1982 parfois. Je n’ai aucune leçon à recevoir de leur part. Ils peuvent toujours rester chez.  Qu’est-ce qu’ils pourront faire contre une passe aveugle de Pastore ou si on est champions de France? Pas grand-chose.»