Laurent Jalabert: «Contador est fait d'un autre métal»

CYCLISME Avant le départ du Tour 2011, l'ancien numéro un mondial analyse le duel Contador-Schleck et donne son avis sur les chances françaises...

Propos recueillis par A.M, A.P et N.G

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Laurent Jalabert, le 20 juin 2011 à Paris.
Laurent Jalabert, le 20 juin 2011 à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

A l’occasion de la sortie de son livre «Le vélo par Laurent Jalabert» chez Hugo et Compagnie, Laurent Jalabert a pris le temps d’évoquer le Tour de France 2011 qui s’élance de Vendée samedi.

Dans votre livre vous donnez 50 mots pour décrire le cyclisme. Lequel vous vient à l’esprit quand on évoque le Tour de France 2011?
Attractif.  On parle beaucoup de la présence d’Alberto Contador. Bien ou pas bien? Les avis sont partagés. Je pense que c’est toujours une bonne chose que les meilleurs soient au départ d’une course comme le Tour.

Ne craignez-vous pas qu’il écrase la course comme sur le dernier Tour d’Italie?
Non.  Et ce n’est pas le même parcours. Cavendish a bien écrasé tous les sprints l’an dernier. Est-ce que c’est bien? On ne se pose pas la question. Sur le Giro, Contador disposait d’un parcours taillé pour lui, avec beaucoup de montagne. On aurait aimé qu’il soit là mais blanchi de son contrôle positif. Ca ne sera pas le cas. On va devoir composer avec. Je pense que ça risque d’être un boulet qu’il va traîner pendant trois semaines.

Ce doute autour de lui va-t-il influencer vos commentaires sur France 2?
Non.  Je pourrais m’enthousiasmer. Déjà parce que je ne suis pas convaincu de sa culpabilité. Après chacun a son opinion. On peut toujours dire qu’on est hypocrite, mais quand je vois d’autres retransmissions sportives il y a sans doute de l’hypocrisie et personne ne se pose de questions. Contador est un athlète hors-norme, le plus doué de sa génération sur les trois semaines. Tout le monde a voulu le descendre et il est revenu encore plus fort sur le dernier Giro.  Ce gars-là est fait d’un autre métal peu importe ce qu’il a pu manger comme viande. J’ai fait pas mal de barbecue l’été dernier et j’ai pas mal gazé en vélo. (rires). 

Est-ce qu’Andy Schleck présente ce même mental?
Je pense que Schleck est plutôt  bon vivant alors que Contador est un très grand professionnel qui va soigner tous les petits détails. C’est d’ailleurs étonnant qu’il ait pu manger de la viande avariée. Je ne dis pas que Schleck n’est pas pro mais l’épisode du Tour d’Espagne est quand-même très mal venu (NDLR: il a été renvoyé chez lui par son ancien directeur sportif Bjarne Riis après une sortie nocturne arrosée).  Peut-être que ça passe dans d’autres sports, mais dans le notre ça ne fait pas sérieux.

Contador ne risque-t-il ne pas payer les efforts du Giro?
Je ne sais pas, mais je me dis que la dernière semaine va être compliquée pour lui. Pour l’instant, Schleck n’offre pas beaucoup de garanties mais pourrait très bien monter en puissance en troisième semaine alors que Contador risque d’accuser le coup. En 2010, Schleck était le plus fort selon moi sauf qu’il n’a pas osé attaquer Contador. Il aurait dû gagner ce Tour.

On a du mal à situé le niveau du peloton français avant ce Tour. Les résultats sont plutôt bons mais on ne voit personne capable de viser une place au général. Que peut-on espérer?
Depuis le début de l’année, je trouve le niveau du cyclisme français très bon. On s’est beaucoup amélioré dans l’état d’esprit, dans l’approche du  métier. On est actif et plus seulement passif. J’ai encore le souvenir de discours assez négatif il n’y a pas si longtemps où on disait qu’on ne pouvait pas y arriver, que c’était trop dur. Aujourd’hui, on entend plus les Français parler de cyclisme à deux vitesses. Après le Tour de France c’est la vitrine. C’est là où il faut être bon.  L’an dernier, il y  a six victoires d’étape avec une réussite exceptionnelle. Avec un niveau supérieur, on peut très bien faire zéro. Une victoire d’étape, c’est très aléatoire.

Et pour le classement général?
On cite toujours des nouveaux noms pour entretenir la flamme. Aujourd’hui dans l’état actuel des troupes, le coureur qui pourrait viser une place dans les cinq c’est Jérôme Coppel. Il grimpe bien, il l’a  montré sur le Dauphiné Libéré l’an dernier, il sait aussi rouler. Et chez Saur-Sojasun, il aura un statut de leader que personne ne va lui contester.

John Gadret pourrait aussi confirmer son excellent Tour d’Italie (4e)?
On peut supposer qu’il a pris confiance en lui, il était déjà le premier français sur le Tour en 2010 (19e). Sa performance sur le Giro est assez exceptionnelle, il m’a surpris.