Alain Sars: «La crise de l'arbitrage ressemble à celle de Knysna»
INTERVIEW•L'ancien arbitre ne comprend pas la révolte de ses successeurs manipulés par certains meneurs selon lui...Propos recueillis par Romain Scotto
La crise serait donc grave à écouter Alain Sars, ancien arbitre international qui ne se reconnaît plus vraiment dans cette corporation. Le consultant Canal+ ne cautionne pas les revendications de ses successeurs. Selon lui, comme dans le bus de Knysna, certains seraient actuellement sous l’influence de meneurs.
Qu’attendez-vous de la conciliation de mercredi entre les arbitres et la fédération, autour de la ministre des sports?
J’espère que la ministre jouera un rôle de médiatrice pour que les arbitres reviennent à la raison. Ils ont pris le football en otage. Ça s’est vraiment retourné contre eux et j’espère qu’ils l’auront compris. Il y a un certain noyau qui dirige ce groupe à sa guise. J’espère que les arbitres de ce groupe se renden compte qu’ils vont droit dans le mur et qu’ils obèrent leur carrière. L’UEFA et la Fifa savent ce qu’il se passe en France. Que des arbitres menacent de boycotter des rencontres, ça ne leur plaît pas énormément. En fin de compte, on arrive au même point qu’à Knysna. Cette crise ressemble vraiment à ce qui s’est passé là-bas. Et le football français n’avait pas besoin de cela.
Certains n’osent pas descendre du bus?
Non. Ce serait bien qu’ils se reprennent et arrêtent de suivre comme des moutons de panurge certains meneurs qui n’ont plus rien à espérer de leur carrière sportive. Sauf de l’argent. Leur carrière sportive est enlisée, ensablée. Les meneurs doivent payer et être suspendus.
Fernand Duchaussoy a pris ses responsabilités le week-end dernier en nommant des arbitres de National. Le soutenez-vous dans cette démarche?
Je suis heureux qu’il ait pris cette décision. Enfin! Parce que les deux précédents présidents ont laissé l’arbitrage partir à vau l’eau, sans y prêter attention, ce qui a entraîné des dérives. Moi je le soutiens. Ce qui a manqué à l’arbitrage français, ces huit dernières années, c’est un pouvoir fort. Ce qui s’est passé dans le bus de Knysna, c’est la faute du pouvoir, qui était faible. Aujourd’hui, avec les arbitres, on est arrivés dans la même situation. Les arbitres ont créé un Etat dans l’Etat sans aucun frein. Au lieu de se concentrer sur l’aspect technique de leur mission, ils ont commencé à faire de la politique, à avoir exigences de plus en plus élevées. Au moins, ce président a sifflé la fin de la récréation. S’ils ne veulent plus arbitrer à l’heure, ils n’arbitreront plus.
Se dirige-t-on vers une sortie de crise selon vous?
Il faut retrouver les terrains au plus vite parce que ce championnat est difficile à arbitrer. Cinq équipes qui se tiennent en haut du championnat pour la Ligue des champions. Quand on connaît les intérêts économiques pour ces équipes, il faut bien les arbitrer. C’est la fin de championnat la plus difficile à arbitrer de ces dernières années.
Leurs revendications ne sont pas justifiées selon vous?
Pour moi, le manque de respect mis en exergue cache des raisons beaucoup moins nobles. A savoir une revalorisation substantielle de leurs émoluments. Demander 65% d’augmentation, c’est irréaliste. Il n’y a aucune entreprise qui accepte cela. Leurs revenus ont déjà doublé en dix ans. Le problème, c’est qu’on met la charrue avant les bœufs. Avant de donner de l’argent, montrez que vous le méritez. Montrez que vous êtes bons. Que le championnat ne va pas être faussé par telle ou telle décision. Mais ne prenez pas le football en otage. Là, des clubs professionnels sont en train de chiffrer le manque à gagner dû au retard des matchs en Ligue 2. Ça va coûter cher et ce ne sont pas les arbitres qui paieront la note. Pour moi ce sont eux qui devraient la payer.
Sont-ils déjà trop payés selon vous?
Est-ce que vous connaissez un corps de métier qui voit ses salariés être augmentés de 10% par an en 10 ans? Alors effectivement on n’est jamais assez payé et ils ont de lourdes responsabilités. Mais il y a d’autres moyens de faire-valoir ses droits. Ce qui est dramatique c’est que vu les désignations de la semaine prochaine, on a l’impression que la DNA (direction nationale de l’arbitrage, dirigée par Marc Batta) était au courant de ce qui allait se passer. Quand on voit les mots très durs de Tony Chapron vis-à-vis du président de la fédération et qu’il est désigné pour arbitrer Rennes-Marseille on a du mal à comprendre. Est-ce que la DNA est vraiment au service de la FFF ou des arbitres en crise?
Qui sont les meneurs en question?
Tony Chapron* qu’on entend plus que les autres. Et derrière lui, toute la direction du Safe (le syndicat des arbitres), avec Alexandre Castro (son président). Et d’autres ,qui agissent dans l’ombre et tirent les ficelles sans se dévoiler. Mais ceux-là se reconnaîtront.


















