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François Trinh-Duc: «En rugby, on n'a pas besoin d'une star comme numéro 10»

François Trinh-Duc: «En rugby, on n'a pas besoin d'une star comme numéro 10»

RUGBY – L'ouvreur des Bleus se confie à 20minutes.fr avant Angleterre–France, samedi (18h)...
Propos recueillis par Alexandre Pedro

Propos recueillis par Alexandre Pedro

Des petits nouveaux lancés par Marc Lièvremont à se prise de fonction en 2008, François Trinh-Duc (24 ans) est l’un des rares à être toujours en place trois ans après. Pourtant, la vie du Montpelliérain n’a jamais été un long fleuve tranquille en équipe de France. Les critiques, Trinh-Duc connaît et sait qu’elles sont incontournables quand on est l’ouvreur du XV de France.

Lors de ce début de Tournoi, on a l’impression qu’il y a moins de critiques de la part des médias autour de vos performances. Avez-vous noté ce changement?
C’est vrai que ça va un peu mieux. Je ne sais pas si je fais l’unanimité ou si c’est à cause des blessures à mon poste qu’on m’accepte par défaut. Avec le temps, j’ai fini par me forger le caractère à force de lire les critiques sur moi. Dans l’ensemble, les articles sont un peu plus tendres avec moi en ce moment. Les bonnes performances de mon club de Montpellier aident et puis j’ai aussi l’impression que mes deux premiers matchs dans le Tournoi se sont bien passés.

Dans certaines interviews, vous regrettez l’image de garçon un peu arrogant qu’on vous colle parfois. D’où vient ce qui est un malentendu selon vous?
On l’a beaucoup dit à mon arrivée en équipe de France en 2008. Je passais de deux journalistes à Montpellier à une cinquantaine à Marcoussis. Je n’étais pas préparé à ça. Et comme je suis quelqu’un de timide, je regardais un peu mes pompes. J’avais aussi expliqué que le jeu pratiqué sous Bernard Laporte était restrictif. Ce n’était pas méchant, je voulais juste parler de ma façon de voir le rugby. Je ne me rendais pas compte que ça pouvait être mal pris de la part d’un garçon de 21 ans avec une dizaine de matchs en Top 14. On m’a pris pour une tête de con. Quand on est introverti, on peut passer parfois pour quelqu’un de hautin.

En général, trouvez-vous qu’on se focalise trop sur le poste d’ouvreur?
Historiquement, les ouvreurs n’ont jamais fait l’unanimité en France. Comme j’ai débuté très jeune en sélection cela devait déranger pas mal de personnes. On met souvent en avant les ouvreurs mais il y a des postes plus ingrats qui sont tout aussi importants. En rugby, on n’a pas besoin d’une star comme numéro 10.

Vos vis-à-vis anglais samedi, Toby Flood, a aussi connu la critique avant de s’imposer ces derniers mois. Comme avec vous, il a lui a souvent été reproché de ne pas être assez gestionnaire dans son jeu…
C’est un bon joueur, j’aime bien le regarder évoluer. Il prend des initiatives, il attaque bien la ligne adverse. Jusqu’à présent, les ouvreurs anglais étaient surtout là pour occuper le terrain avec du jeu au pied, ils étaient très pragmatiques. Je vois quelques similitudes dans nos jeux effectivement.

>> Angleterre – France est à suivre en live sur 20minutes.fr samedi à 18h

A la différence de ces trois dernières saisons, Montpellier joue le haut du tableau depuis l’arrivée de Fabien Galthié comme entraîneur. Est-ce que cela ne vous donne pas plus de légitimité?
J’ai l’impression aussi. L’arrivée d’un technicien hors du commun comme Fabien Galthié m’aide à franchir un pallier et sans doute aussi à avoir plus de reconnaissance. Il m’aide à me remettre en cause pour tous les matchs. Qu’on joue Toulouse ou à la Rochelle.

Fabien Galthié a la réputation d’un entraîneur très exigeant et parfois cassant avec ses joueurs. Vous confirmez?
Je savais qu’il était très rigoureux et parfois assez dur. Il peut avoir un humour un peu particulier. Mais ce qu’il m’apporte au quotidien dans l’évolution de mon jeu est extraordinaire. Il a su mettre du concret dans ce qu’on pouvait me reprocher. Certains entraîneurs vous disent que ‘’ce n’est pas comme ça qu’il faut faire ‘’ mais ne proposent rien derrière. Fabien a su m’aider sur mon positionnement, sur comment il fallait attaquer la ligne ou se comporter comme un gestionnaire du jeu à mon poste.

Est-ce que le plaisir de jouer est présent sur tous les matchs? On parle beaucoup de pragmatisme et gestion de match dans le rugby moderne.
Ca arrive. Parfois, la météo n’aide pas à prendre des risques, les matchs sont serrés. Notre seul plaisir reste la victoire. Mais je n’oublie pas la notion de plaisir. J’ai reçu cette éducation dans mon club formateur du Pic Saint-Loup (NDLR : près de Montpellier). Là-bas, la philosophie c’était d’abord de s’amuser et de passer un bon week-end. On n’était pas dégoûté si on perdait un match. Heureusement, on gagnait souvent.

Etes-vous du genre à manger et dormir rugby et à regarder tous les matchs qui passent à la télé?
Pas trop. Quand je suis en vacances, je coupe complètement avec le rugby. Je peux regarder un match dans le week-end, mais je ne vais pas me taper les dix. Je n’ai pas l’album Panini avec tous les joueurs du Top 14. Je m’intéresse à ce qui se passe dans les autres clubs, mais je suis loin d’être un accro au point de ne pas pouvoir me passer du rugby. J’ai de quoi m’occuper à côté. J’ai ouvert un restaurant au centre ville qui s’appelle «la chistera» et ça me prend déjà pas mal de temps.

Restaurateur c’est une reconversion possible?
Pourquoi pas. Pour l’instant, c’est une activité qui m’aide à relativiser les aléas de la vie d’un sportif de haut-niveau.