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Christian Prudhomme: «Le Tour est une histoire en marche»
CYCLISME•Le directeur du Tour évoque avec passion l'histoire de la Grande Boucle et ce qu'il attend de l’édition à venir...Propos recueilis par Matthieu Goar
Une carte du parcours 2010 au mur et un grand sourire aux lèvres, Christian Prudhomme reçoit dans son bureau à quelques jours du départ du Tour. Passionné par l’histoire de la Grande Boucle et insatiable sur l’actualité -«Vous l’avez vu la chute de Cavendish au Tour de Suisse»- l’organisateur en chef se projette sur l’édition à venir.
Quelle a été votre ligne directrice en imaginant ce parcours?
L’idée est qu’il puisse se passer quelque chose pratiquement tous les jours. C’est tout sauf un hasard si on longe la mer après le départ de Rotterdam. Sportivement qui dit mer, dit vent. Et qui dit vent dit course dynamique, bordure. Puis, en allant vers Spa, on va disputer un mini Liège-Bastogne-Liège. Ça monte, ça descend sur des routes étroites. Ça m’étonnerait qu’il y ait 180 coureurs en peloton à l’arrivée. Idem avec le retour des pavés que l’on n’avait pas programmé depuis 2004, de vrais secteurs de Paris-Roubaix pris en sens inverse.
Depuis 6 ans que vous dirigez le Tour, vous tracez souvent des parcours riches en références à l’histoire du vélo. Pourquoi?
A l’histoire du vélo mais à surtout l’histoire de notre pays. Le Tour de France, c’est clairement de la culture générale. Si on va à Saint-Jean-de-Maurienne et à Chambéry, c’est aussi parce que l’on fête les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France. Avec l’arrivée devant la Trouée d’Arenberg, au pied du Chevalet, près de la mine, on est en plein dans l’histoire des gens. Pour aller à la salle de presse à Arenberg, il faudra passer devant la salle des Pendus, l’endroit où les mineurs se changeaient.
Quatre belles étapes dans les Pyrénées et le Tourmalet dans les deux sens. Etait-ce important de fêter le centenaire des ascensions dans les Pyrénées?
1910 pour le Tour, c’est comme le passage du muet au parlant pour le cinéma. Le Tour invente la haute montagne, il passe dans une autre dimension. J’aime cette phrase: «Une société sans mémoire est une société sans avenir.» Alors, on a remis les cols historiques de 1910, mais aussi des cols escaladés pour la première fois au XXIe siècle comme Port de Pailhères et l’arrivée à Ax 3 domaines. Le Tour est une histoire en marche.
Vous imaginez souvent des étapes de transition dynamique. Ces dernières années, il ne s’y est pas passé grand-chose. Regrettez-vous le manque d’initiative des coureurs?
Ces dernières années, il ne s’est rien passé dans les massifs intermédiaires. Je suis un peu chafouin là-dessus. Mais nous on ne peut que proposer des parcours. Moi je rêve que les gars prennent le risque de tout perdre pour gagner. Sabre au clair, casoar, gants blancs et allons-y. J’espère cette année que l’on ne bridera pas les coureurs comme sur l’étape des Rousses dans le Jura: 6 ascensions, ça n’arrête pas de monter et de descendre.
L’AFLD a critiqué les contrôles effectués par l’UCI en 2009. Qu’en pensez-vous?
Ce que je pense c’est que moins il y a de querelles dans le monde de la lutte anti-dopage, mieux tout le monde se porte. Il y aura des observateurs de l’Agence mondiale anti-dopage (AMA) Sur le Tour et c’est une excellente chose. En revanche, il ne faut pas oublier que des choses ont été faites grâce à l’UCI comme le passeport biologique et les sanctions ont commencé à tomber. Par contre, c’est beaucoup trop lent. La différence entre le temps médiatique et le temps juridique est insupportable. Les organisateurs en sont les premières victimes.
Floys Landis a accusé Lance Armstrong de l’avoir aidé à se doper. Est-ce toujours un plaisir d’accueillir le Texan?
En ce qui concerne Landis, on passe d’un type honni à un type qui parle l’évangile. Peut-être qu’il dit la vérité. Mais il aurait mieux fait de le dire il y a quatre ans. Il y a une enquête, on verra ce qu’elle donne. Armstrong est un personnage adulé ou détesté. Mais comme avait prédit le maire de Manosque l’an dernier : «Tout le monde viendra voir la bête.» Et tout le monde est venu voir la bête.
Depuis 6 ans que vous êtes à la tête du Tour, quel est votre meilleur souvenir?
On n’a pas conscience de la popularité du Tour. On a 240 candidatures de villes qui désirent être étapes du tour, une dizaine de villes qui veulent organiser le grand départ. Notamment Utrecht au Pays-Bas. Un jour, on se rend là-bas, les élus nous font visiter la ville, on entre dans la cathédrale cassée en deux à cause d’une tempête il y a trois siècles. Et on entend sonner la Marseillaise, trois fois. C’était l’heure de la France là-bas alors qu’il y avait seulement deux personnes de l’organisation qui étaient présentes. Le Tour est un géant.


















