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Ces relous qui envahissent les salles de sport avec leur trépied pour se filmer

« De l’analyse, pas du narcissisme »… Ces relous qui envahissent les salles de sport avec leur trépied pour se filmer

les relous c’est vous, c’est nousA « 20 Minutes », on s’intéresse aux relous du quotidien, à leurs manies pas méchantes mais très énervantes. Dans ce nouvel épisode, on s’attaque aux sportifs qui ne vont jamais à la salle sans leur trépied pour se filmer sous toutes les coutures
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • A 20 Minutes, on aime se pencher sur les relous du quotidien. Celles et ceux qui nous titillent sans le vouloir sur des trucs pas bien méchants… mais très énervants.
  • Dans cet épisode, on s’intéresse à ces personnes qui envahissent les salles de sport avec leurs trépieds dans le but de filmer leurs séances.
  • Qui sont-ils ? Quels sont leurs arguments ? Pourquoi cela nous agace-t-il autant ? 20 Minutes a mené l’enquête.

Ce couple d’amis qui fait absolument tout à deux. Ce collègue qui vous juge parce que vous n’avez pas vu un film « culte ». Le voisin qui bourre le bac jaune avec un immense carton qu’il n’a pas daigné déplier. L’idée de départ est simple : s’intéresser à ces petits gestes qui nous titillent au quotidien.

Aujourd’hui, on enfile la tenue de sport pour aller à la salle, à la rencontre des excités du trépied qui ne rateraient pour rien au monde une occasion de filmer leur séance. Et qui, en lisant ces lignes, auront pour seule réponse : « Ok, mais il a quel physique, le journaleux ? Encore un ''skinny fat'', sûrement. »

Le fait relou

Il est 19h12 à la salle, vous avez enfin pu vous échauffer après avoir patienté dix minutes qu’un tapis de course se libère - le tarif minimum en heure de pointe –, et vous dirigez maintenant vers les espaces poids libres et machines pour parfaire votre summer body. En chemin, vous manquez de vous vautrer deux fois : la première en trébuchant sur l’haltère de 60 kg que le golgoth du coin n’a pas daigné ranger ; la seconde en essayant d’esquiver le Steven Spielberg de Fitness Park qui déambule maladroitement avec son trépied à la main. Ceux-là, vous ne pouvez plus les voir. Nous non plus. Mais il faut s’y résoudre. Les pratiquantes et pratiquants de musculation qui embarquent leur matériel pour filmer leurs performances au squat et au développé couché sont de plus en plus nombreux.

Pourquoi c’est giga relou

Parce qu’on est d’immenses boomers lassés par la mise en scène à outrance. Et qu’on n’a accessoirement pas envie de terminer dans la story ou la vidéo TikTok de JeanMichelToutLeMonde_36. Ce dont, bien souvent, les adeptes du combo trépied + téléphone se carrent le fessier, (avec la bénédiction des grandes chaînes de salles de sport qui autorisent pour la plupart la prise d’images dans leurs établissements - on ne crache pas sur de la pub gratuite).

Bien que la majorité des personnes faisant usage du trépied se revendiquent d’une ouverture d’esprit où la liberté de circuler dans la salle prime sur la vidéo en cours d’enregistrement, leur existence balise de fait un espace déjà réduit, le rendant encore plus dense aux heures de haute fréquentation.

Cette règle tacite de priorité n’a par ailleurs d’autre utilité que de soulager la conscience des envahisseurs à trois pattes. Et rejeter la faute sur ceux qui ne sauraient s’en accommoder, que ce soit par peur d’apparaître sur une vidéo ou de déranger - car oui, spoiler alert, il ne suffit pas de dire « ça ne me dérange pas que tu passes devant la caméra » pour qu’une personne ne se sente pas gênée de le faire. C’est encore pire quand on doit se farcir les adeptes de « posing » devant les miroirs du vestiaire, où il n’y a généralement qu’un chemin possible vers son casier.

Les arguments des relous

Loriana, une licence Staps en poche et douze années de musculation revendiquées, a commencé à se filmer pendant ses séances une poignée d’années en arrière. « Pas nécessairement pour faire des vues, mais pour faire des mouvements corrects. C’était un outil de progression, un miroir honnête. Dans tous les sports que j’ai pratiqués depuis petite, on s’est toujours filmés pour se corriger : escalade, gym, athlétisme… En muscu, c’est pareil : si ton dos part en vrac sur un soulevé de terre, tu le vois direct à la caméra et tu peux t’autocorriger. »

Pour elle, filmer un mouvement est une condition sine qua non à la performance. « Interdire de filmer, c’est interdire de progresser. Alors critiquer ça, c’est comme dire à un étudiant de ne pas prendre de notes parce que ça “fait du bruit”. Et puis soyons honnêtes : ce n’est pas la caméra qui gêne, c’est parfois juste l’insécurité que ça renvoie. Parce qu’on ose se montrer, progresser, sortir de notre zone de confort. Et ça, ça dérange ceux qui restent assis dedans. »

@lorianaaam

Critiquer comme ça à vos grands âges là 🥲 Se filmer à la salle est une très bonne chose. Il faut arrêter de voir ça comme du narcissisme. Depuis combien d’années dans d’autres disciplines on se filmait pour se corriger ? J’ai fait des années d’athlétisme et de gym à haut niveau et à chaque fois qu’on galérait à un mouvement on se filmait pour soit s’auto corriger soit demander à notre coach de nous montrer où étaient nos erreurs. Et grâce à ça on progresse encore plus vite ! Bien évidemment on filme dans le respect des autres et en ayant conscience qu’on est pas seuls, ca va de soit. Mais je ne peux que vous encourager à vous filmer si vous hésitez. Que ceux qui sont pas contents restent pas contents. 🫶🏼 #musculation #fitness #recordings #gym #gymtok

♬ son original - Loriana M 🤎

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Que dit la Science ?

Se filmer ne serait donc pas (seulement) une affaire de narcissisme. « Pour les puristes, il y a effectivement l’idée de se filmer ou de se photographier pour corriger certaines techniques, théorise Guillaume Vallet, auteur du livre La Fabrique du muscle. L’idée est celle de la perfection du travail réalisé à la salle, qui est très important dans la culture de toutes ces pratiques-là. Ce n’est pas qu’une question d’esthétique. »

C’est d’autant plus vrai à l’heure du coaching à distance. Les adeptes de musculation sont de plus en plus nombreux à avoir recours aux services d’entraîneurs éloignés géographiquement. Sans vidéo à l’appui, pas de retour du coach. Pas de retour, pas de progrès. Pas de progrès, pas de muscles.

« Ce muscle-là, poursuit Guillaume Vallet, puise sa signification dans une société qui en attend quelque chose. Donc, que ce soit dans la société au sens large ou à travers des micro-réseaux, des micro-groupes, il y a cette volonté de le faire savoir aux autres et d’attendre leur retour, leur validation. Mais il faut être honnête et reconnaître que certains comportements d’aujourd’hui sont beaucoup plus dans l’autocontrôle. Les gens qui se filment en direct et postent leurs vidéos sur les réseaux sociaux le font de façon plus discrète pour la plupart d’entre eux. »

C’est d’ailleurs ce que fait valoir Loriana. « Je fais tout pour que ça ne dérange personne : je filme discrètement, je ne prends personne en arrière-plan, je range mon trépied juste après. »

Le truc infaillible pour faire comprendre au relou qu’il est relou ?

La maîtrise de l’aller-retour nuisible dans le champ de la caméra - à intervalles réguliers –, en faisant mine de ne s’apercevoir de rien, est recommandée. Il s’agit d’une guerre des nerfs que vous entendez bien gagner. Si la personne qui essaye de se filmer vous le reproche, contrez immédiatement avec un « c’est pas la salle à ta mère » - déconseillé si la cible mesure 2m03 pour 127 kg –, suivi d’un « je vais quand même pas interrompre ma séance pour que tu puisses briller sur TikTok ». Avec le risque, une fois de plus, de passer soi-même pour un relou.

Car la réalité, c’est que l’on tend de plus en plus vers une pratique du sport hyperconnectée. « On peut coexister, termine Loriana. Ceux qui veulent la paix, ceux qui veulent la progression. Il faut juste du respect des deux côtés. Pas de guerre entre ceux qui s’entraînent en silence et ceux qui s’entraînent avec un trépied. »