Patinage artistique : « Un grand pas »… Souhaitée par Adam Siao Him Fa, vers une dépénalisation du salto arrière ?
Backflip•Le Français Adam Siao Him Fa, auteur d’un magnifique salto arrière, avait été pénalisé lors des championnats du monde de patinage artistiqueAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Adam Siao Him Fa, patineur français de 23 ans, a réalisé un salto arrière interdit pendant son programme libre aux championnats du monde de patinage artistique, pour le plaisir du public et la beauté du geste. Ce salto arrière ("backflip ») est interdit en compétition depuis 1976 car considéré comme dangereux.
- Cette figure n'est pas jugée dangereuse pour les athlètes de haut niveau par Elisabeth Louesdon, ancienne juge olympique, mais plutôt pour les jeunes patineurs qui voudraient l'imiter.
Le Français, un révolutionnaire dans l’âme, pense-t-on à l’international. Le stéréotype est souvent rabâché à la moindre manifestation (à peu près toutes les semaines, donc). Et les patineuses et patineurs français n’ont rien fait pour stopper ces on-dit. Dernier exemple en date avec Adam Siao Him Fa, qui s’est bien affranchi du règlement lors des championnats du monde de patinage artistique le week-end dernier, où il a décroché une improbable médaille de bronze.
Lors d’un superbe programme libre, le Français de 23 ans, habitué du genre, nous a gratifiés d’un salto arrière de premier ordre qui a fait le bonheur des spectateurs du Centre Bell à Montréal. Pourtant, cette figure est interdite en compétition par la Fédération internationale depuis 1976. La raison : un saut dangereux et « pas correct », car l’athlète retombe sur ses deux patins. L’intrépide qui ose le réaliser est même sanctionné de deux points de pénalité.
Pas dangereux pour les athlètes de haut niveau
Ce qui aurait pu coûter cher à notre patineur. « Le backflip, je l’ai rajouté pendant le programme, après le dernier saut, je n’en avais même pas parlé à mes coachs, ce n’était pas prévu, explique Adam Siao Him Fa à 20 Minutes en rigolant. Je pensais plus à la performance qu’au résultat. » Pour la beauté du geste, en somme. Comme le faisaient aussi Philippe Candeloro et Surya Bonaly. La patineuse avait même osé le réaliser lors des Jeux olympiques de Nagano en 1998, en retombant sur un seul patin.
« Cette figure n’est pas dangereuse pour des athlètes qui sont au championnat du monde, car elle est répétée, travaillée au sol, tempère Elisabeth Louesdon, ancienne juge, qui a officié lors de quatre Jeux olympiques, désormais administratrice de la Commission fédérale des officiels d’arbitrage de la Fédération française des sports de glace. C’est surtout dangereux parce que des jeunes patineurs vont vouloir refaire ce salto réalisé par leurs idoles. Et quand on ne sait pas bien patiner, ça peut être très risqué. » Comme pour le Français Cyril Hernandez, devenu tétraplégique après une tentative de saut périlleux en 1993.
Adam Siao Him Fa milite pour que la Fédération internationale (ISU) fasse évoluer son jugement. Et réalise ces backflips en compétition pour prouver que la figure est réalisable lors des grandes compétitions, comme il l’avait déjà fait lors des championnats d’Europe en début d’année.
« Après mon dernier saut, dans ma pirouette, je me suis dit : “Maintenant il n’y a plus qu’à terminer le programme, autant le faire avec un salto arrière, pour moi, pour les juges ou pour le public", développe le double champion d’Europe. C’est dans l’objectif de montrer qu’après trois minutes trente de programme, je suis encore capable de faire un salto arrière. Ce n’est pas aussi dangereux qu’on peut penser. C’est un élément qu’on devrait pouvoir présenter en compétition. »
Pas de sanction, mais pas de gain non plus
Derrière ce souhait que l’ISU, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, autorise le backflip en compét, il y a aussi la volonté d’Adam Siao Him Fa « d’élargir le nombre d’acrobaties ». Le Français a « entendu dire » que des discussions étaient menées en ce sens. Même chose du côté d’Elisabeth Louesdon, qui va même un peu plus loin. « On ne devrait plus sanctionner ceux qui font des backflips et leur enlever les deux points de pénalité. Ça n’apportera rien d’en faire un, mais on ne perdra rien, ça sera jugé comme un mouvement chorégraphique. Ça sera déjà un grand pas. »
L’ancienne juge souhaite quand même que cette mesure soit cadrée et réservée à certaines compétitions, mais loue quand même cette figure « spectaculaire ». « Le public est tout autant impressionné par un salto arrière que par un quad alors que la difficulté du quadruple est dix fois, treize fois plus élevée, conclut Adam Siao Him Fa. T’en vois même parfois se lever, surpris, pour un salto, parce qu’ils n’ont pas l’habitude d’en voir. » Si la législation change, cela permettrait donc à tout le monde de rester assis. Une aubaine pour ceux placés derrière les premiers rangs.


















