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Adam Siao Him Fa « a marqué l’histoire du sport », selon son chorégraphe

Patinage artistique : Adam Siao Him Fa, « a marqué l’histoire du sport », selon son coach et chorégraphe Benoît Richaud

MondiauxDans le dur après le programme court, le Français Adam Siao Him Fa a réussi à remporter la médaille de bronze aux Mondiaux de patinage artistique dans la foulée d’un programme libre majestueux
Antoine Huot de Saint Albin

Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Adam Siao Him Fa a décroché la médaille de bronze aux championnats du monde de patinage artistique à Montréal.
  • Le Français, après un programme court catastrophique, a réalisé un libre sensationnel, avec notamment un salto arrière (pourtant interdit en compétition).
  • Son chorégraphe et entraîneur Benoît Richaud estime « ne pas encore voir de limites à son potentiel ».

Deux réceptions manquées, une chute sur un quadruple boucle piquée et une 19e place… Jeudi, le programme court s’est révélé être un chemin de croix pour Adam Siao Him Fa lors des championnats du monde de patinage artistique à Montréal. L’espoir de médaille ne semblait plus qu’un doux rêve. Mais, parfois, les rêves deviennent réalité.

Dans la nuit de samedi à dimanche, après un programme libre superbe et sans faute (206,90 points), le Français a réussi à grimper sur le podium. Une médaille de bronze pour la France sur des Mondiaux, une première depuis Brian Joubert en 2010. « On n’a pas seulement marqué l’histoire du patinage avec cette remontée, on a marqué l’histoire du sport », confie à 20 Minutes Benoit Richaud, son entraîneur et chorégraphe.

Comment Adam, qui était au fond du trou après le court, a-t-il trouvé les ressources pour effectuer cette folle remontée ?

Bizarrement, c’est quelque chose que je visualisais et je savais qu’il était capable de le faire, parce qu’on a eu pas mal d’exemples dans le sport et le patinage, surtout depuis l’instauration du nouveau système. Si Adam réalisait une performance comme lors de la Coupe de Chine ou au Grand Prix de France, on savait tous qu’il pouvait scorer au-dessus des 200 points. On a passé beaucoup de moments à discuter entre le court et le libre. Il y a eu des réunions, des discussions « ultra-choc ».

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En quoi consistent ces discussions « ultra-choc » ?

Selon les circonstances, le moment, la personne, il y a des choses à faire et à essayer. Parfois il faut réconforter, parfois il faut violenter, parfois il faut motiver ou choquer. Il faut juste trouver les bonnes idées, les bons mots, les bonnes choses à dire au bon moment. C’est ça le coaching de très haut niveau, il faut arriver à sentir son athlète, surtout quand on est dans un moment où ça ne va pas. Quand ça va, ça reste beaucoup plus facile.

Dans quel état d’esprit était-il après ce programme court ?

Il était extrêmement frustré et déçu. Ça a installé un petit doute chez lui. Tu peux gagner en ne patinant pas bien, où tout n’est pas parfait, comme lorsqu’il a gagné sur les championnats d’Europe. Mais, Adam, comme il a touché certaines performances parfaites, il est maintenant dans cette recherche, comme les grands champions, du nickel sur tout. Il y a un énorme travail à réaliser, qui vient avec la maturité et l’expérience, pour arriver à devenir un maître de ce talent.

Après le court, le programme libre a-t-il été remodelé, avec des figures plus complexes par exemple, dans le but de faire plus de points pour remonter au classement ?

On n’a rien changé. Le salto arrière était prévu dans des circonstances où on ne risquait pas grand-chose. Par exemple, sur un championnat d’Europe où il avait beaucoup d’avance, il pouvait le faire. Mais le programme était le même, à part des petits changements de détails dans la chorégraphie, dans les transitions, dans la manière d’aborder les sauts, mais rien dans le but de gagner plus de points. On est sur un programme où il ne peut pas scorer beaucoup plus que ce qu’il a fait. On est sur de très gros scores. C’est sa meilleure performance.

Avez-vous l’impression d’avoir marqué l’histoire du patinage artistique français ?

On s’en rend compte sans s’en rendre compte, car on est un peu toujours dans le moment. Mais clairement, on a marqué l’histoire du patinage français, mais pas que. On a marqué l’histoire du sport, car il n’y a pas beaucoup de sports où il y a eu de telles remontées.

Adam, peut-il encore s’améliorer ?

Il est à 9.30 sur les composantes. Le maximum, c’est 10, et là on peut gratter pas mal de points. Adam, c’est un patineur que, dans pas longtemps, j’arriverai à amener à 10, ce que j’avais déjà réussi à faire avec Kaori Sakamoto, triple championne du monde. Après, si on veut que le score technique s’améliore, ça sera uniquement en rajoutant des « quads » [quadruples sauts], ce qu’on préparera pendant l’été. Les règles techniques des programmes vont changer, et elles sont en faveur d’Adam, car elles enlèvent un saut à partir de l’année prochaine, ce qui est intéressant pour Adam, qui est un patineur complet.

L’objectif, maintenant, c’est les JO 2026 à Milan ?

Le but, c’est de toucher la limite à chaque étape de sa progression. Sa courbe de progression augmente tout le temps. L’idée, c’est de dépasser cette courbe en le sollicitant, pour ne pas l’endormir. J’ai vu plein d’athlètes dont le potentiel a été « tué », où la courbe de progression n’était pas dépassée. Moi, je n’arrive toujours pas à voir la limite de son potentiel. Certains patineurs sont très forts très jeunes. Adam, lui, est en train d’exploser avec plus de maturité, on est toujours un peu en train de le découvrir. Faut aller creuser un peu en lui. L’objectif, évidemment, c’est les JO 2026, mais aussi les Jeux à domicile dans six ans.