JO de Paris 2024 : « La pression olympique est différente, mais il ne faut pas y penser », estime Allan Morante
INTERVIEW•Auréolé du statut de champion d’Europe, le trampoliniste Allan Morante est revenu sur ses ambitions pour les JO de Paris 2024 et son récent stage en Chine auprès d’une légende de la disciplinePropos recueillis par Nicolas Camus, William Pereira
L'essentiel
- Comme chaque lundi, « 20 Minutes » donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, le trampoliniste Allan Morante
- Invité de notre émission Twitch « Les Croisés, Tu connais », le Français est revenu sur ses récentes performances et ses ambitions pour les JO de Paris 2024
Le trampoline est une discipline qui exige de viser haut, à sept, huit mètres de hauteur. Tutoyer les sommets n’est donc pas vraiment un problème pour Allan Morante, champion d’Europe et vice-champion du monde de la discipline en 2022 : s’il se qualifie, le Français ne se contentera de rien d’autre qu’une médaille aux JO de Paris 2024. En 2021, à Tokyo, il était passé à côté de ses Jeux. Mais l’expérience valait le détour, comme il l’expliquait jeudi dans notre émission « Les Croisés, Tu connais ».
Comment on en vient au trampoline ?
C’est du hasard. Je ne savais même pas que c’était un sport. J’aime dire qu’avant d’en faire en club j’en faisais beaucoup chez mes parents. J’ai éclaté des sommiers. Je faisais de la natation jusqu’à 7 ans et par pur hasard je voulais changer de sport et on a visité le palais des sports de Saint-Denis et le trampoline s’entraînait. Et j’ai dit à ma mère que c’est ce que je voulais faire.
Est-ce que c’est facile d’attirer les jeunes vers cette discipline ?
Honnêtement, oui. Les jeunes adorent ça. Mais on a un problème dans le trampoline, à savoir qu’on a beaucoup de pratiquants, notamment grâce aux trampoline-park, etc., mais peu de licenciés. Beaucoup de gens le pratiquent, et on peut compter ceux qui en font dans leur jardin, mais très peu sont licenciés. Notre défi serait d’attirer plus de licenciés, car c’est encore vu comme un loisir.
Combien de licenciés il y a en France ?
15.000.
Vous avez été médaillé d’or en Europe, médaillé d’argent à l’échelle mondiale. Le but c’est d’aller chercher l’or en 2024 ?
C’est ce dont on a besoin. L’histoire du trampoline français est très riche mais la médaille olympique nous a toujours échappé. David Martin est passé tout près, il a failli l’avoir en 2000 à l’occasion de l’entrée de la discipline aux JO à Sydney. Puis il y a eu une concurrence exceptionnelle, notamment avec l’arrivée des Chinois.
Justement, vous êtes allé faire un stage en Chine cette année. Qu’avez-vous appris là-bas ?
Les Chinois ont des capacités différentes des nôtres. En France on ne pourrait pas utiliser leur système. Ils commencent dès le plus jeune âge ils sont quasiment professionnels, ils arrêtent l’école très tôt. Ça leur permet d’avoir des résultats. La Chine met beaucoup de moyens dans le sport, là-bas c’est une fierté d’avoir des enfants qui font du sport. En Chine, le sport fait partie des parcours de réussite. Ceux qui terminent en équipe chinoise dans des structures d’entraînement font partie des gens qui ont réussi leur vie.
Qu’est-ce que ce stage vous a apporté ?
Ce qui est bien, c’est le groupe d’entraînement ? Là-bas, on se retrouve avec une vingtaine de personnes, les meilleurs Chinois. Ça part dans tous les sens, il y a 15 trampolines, tout le monde fait des mouvements de compétition, et pas des mouvements ratés, hein ! C’est inspirant, tu regardes ce qu’ils font et le cerveau s’imprègne de tout ça. On a pu voir leur rigueur, leur manière de s’entraîner, de faire de la muscu. En France on a une très belle école avec beaucoup de qualité. Il nous manque juste des moyens financiers et du temps. Le petit de dix ans, c’est là qu’il doit se fixer mais il va à l’école en même temps. Ce n’est évidemment pas un drame, mais on ne peut pas rivaliser là-dessus.
Si on prend votre cas, vous avez rejoint un pôle performance à partir de 13 ans, c’est bien ça ?
Oui, je suis arrivé au pôle de Bois-Colombes. Mais j’allais en cours la journée et je m’entraînais le soir. Les Chinois peuvent faire 6-7 heures par jour.
Pour revenir au présent, vous étiez à Tokyo pour les JO 2021. Les choses ne s’étaient pas hyper bien passées (16e et dernière place). Avec du recul, comment expliquer cet échec ?
Je l’ai assez bien vécu, ça m’a donné beaucoup d’informations sur ma préparation. J’avais le niveau pour aller chercher une médaille, mais j’étais fatigué quand je suis arrivé sur l’événement. La fatigue ne m’a pas permis de me focaliser sur les petits détails, et forcément, derrière on fait des erreurs. La préparation avait été très longue. Il aurait fallu que je prenne une semaine ou dix jours de vacances en avril. Parce que je me suis tapé quasiment un an et demi sans vraies vacances. Je suis arrivé aux JO, mon cerveau ne pouvait plus se concentrer… J’avais la tête dans le guidon tellement j’étais focalisé sur le fait de préparer les JO.
Vous ne vous êtes pas arrêté un peu quand le report des JO 2020 a été annoncé ?
Non. En plus, on se dit qu’on a plus de temps pour se préparer, pour être bon, pour être fort. Il aurait fallu faire les choses plus calmement, repartir sur un break. Je me suis mis beaucoup de pression, je voulais absolument claquer cette médaille. Mis bout à bout, tout ça peut expliquer la dernière place.
Comment avez-vous vécu la pression des JO ?
La pression est différente. Mais je pense qu’il faut rester concentré, se dire que c’est un trampoline comme d’habitude. Il y a un public, mais le reste c’est comme d’habitude. Il faut rester focalisé sur le trampoline.
Comment appréhendez-vous la pression des JO à la maison, cette fois ?
J’essaye de ne pas y penser. Le fait d’être à domicile rajoute de la pression. J’ai vécu le truc à Tokyo et je sais maintenant que toute cette pression rajoutée est inutile. Ok il y a de la médiatisation, on est plus regardés que d’habitude, mais ce qui m’intéresse, c’est d’aller faire ma médaille.
Bercy, ce n’est pas n’importe quelle salle, en plus…
C’est un lieu chargé d’histoire. Lionel Pioline a été sacré champion du monde en 1986 à Bercy. Cette année-là, un record de difficulté avait été établi et il a duré trente ans. C’est pas n’importe quoi.
Plus récemment, vous avez eu de meilleurs résultats, comme l’or européen et l’argent mondial. Laquelle des deux performances a été la meilleure ?
L’or européen. Sur l’argent mondial il y a eu un petit hic sur un mouvement complètement raté. Avec un peu de recul, si j’avais bien fait le mouvement je me serais approché de la première place mondiale. On ne saura jamais…
Comment ça marche, quand vous sentez que vous ratez un mouvement ? Vous modifiez les enchaînements en cours de route ?
Il faut rester dans le mouvement et modifier une figure. Dans ce cas précis, j’arrive très près du tapis et je me dis que je suis dans la merde. Il fallait trouver un truc pour m’en sortir. Donc j’enchaîne avec une figure plus simple qui m’enlève des points en difficulté mais permet de me remettre au centre du trampoline. Ensuite, j’ai pu renchaîner sur d’autres figures.
C’est de l’instinct, où on prépare des plans B en cas d’échec sur une figure ?
C’est de l’expérience. A force de faire des mouvements de compétition à l’entraînement, on a beaucoup de schémas en tête et on trouve des portes de sortie rapides. Celle-là, je ne l’avais jamais faite auparavant, mais elle m’est venue d’un coup. Tout s’est passé rapidement c’est à ça que je dois ma médaille d’argent.
Est-ce qu’il y a déjà eu comme dans d’autres disciplines des problèmes avec les notes des juges ?
On n’a pas de problèmes. Pour sortir une note finale, il y a quatre composantes à prendre en compte. Le temps de vol : plus tu vas haut, plus tu passes de temps en l’air, plus tu marques de points. Ensuite, le score de déplacement : le but est de rester au milieu du trampoline. C’est du tir à l’arc, plus tu tapes dans le mille, plus tu marques de points. Ça fait deux notes mécaniques. Ensuite, il y a la note liée à la difficulté, évaluée par le juge humain. C’est extrêmement simple à juger. Tant de saltos, tant de vrilles, dans telle position, ça fait tant de points. Le dernier critère, l’exécution, est le plus difficile à noter. Au trampoline, on a des positions à respecter, groupé, carpé, tendu. Le but est de respecter un maximum les positions pour marquer des points.
« Enfin, sur les juges, il y en a six. Et à chaque figure, on va retenir la note médiane et retirer la moins bonne note et la meilleure. Comme ça, si un juge cherche à te nuire, il sera écarté. En général, les juges sont souvent d’accord. Ça reste un sport extrêmement objectif. »
Il paraît que vous êtes en train de travailler une nouvelle figure pour les JO 2024. On peut avoir un indice sur ce que c’est ?
C’est une figure qui commence à se démocratiser, on doit être bien six ou sept à être capables de la faire.
Est-ce qu’en trampoline vous avez une liberté créative ? On sait qu’en gymnastique, Simone Biles a souvent eu des petits soucis avec les juges un peu conservateurs qui lui reprochaient de vouloir trop innover. Comment ça se passe chez vous ?
C’est très cadré, on ne peut pas inventer de nouvelles figures. Pour donner un exemple, ma première figure est un triple avant avec une vrille et demie. Ça n’a pas de nom. La seule figure qui porte un nom, c’est la Miller qui est un double arrière avec trois vrilles, qu’on pourrait appeler « double arrière trois vrilles ».
L’enchaînement peut s’inventer en revanche ?
Quand on prépare quelque chose, on prépare l’enchaînement. Faire des figures, ce n’est pas le plus compliqué en trampoline. Un jeune de 16-17 ans a déjà presque toutes ses figures. Le plus dur est de savoir les enchaîner.
Vous êtes originaire de Seine-Saint-Denis, qui sera un des centres des JO de Paris 2024. Vous dormirez chez vous ou au village olympique ?
Je ne sais pas encore ! Ça dépend si j’oublie un truc chez moi. Je pourrai toujours faire l’aller-retour. En tout cas, ça donne encore plus envie de participer à ces JO. Ça sera la maison dans la maison. Mais d’abord, il faudra se qualifier.
Vous pensez que les JO vont changer le territoire de Seine-Saint-Denis ?
On espère. On sait que le métro circulaire et d’autres infrastructures vont être développés. On attend encore de savoir ce qui va être fait de la piscine du Stade de France, mais les JO vont forcément apporter quelque chose à la Seine-Saint-Denis. Beaucoup de monde dans mon entourage a acheté des places, il y a une certaine ferveur et une envie d’assister aux JO.



















