Brésil - Corée du Sud : La danse de Tite, le retour du Joga Bonito… La Seleção se reconnecte à son ADN

FOOTBALL Le Brésil s’est baladé contre la Corée du Sud (4-1) et s’impose un peu plus comme le grand favori de la compétition (avec les Bleus, bien sûr). Mais faut-il s’enflammer après ce succès ou relativiser ?

William Pereira
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La danse de la Canarinha.
La danse de la Canarinha. — Manu Fernandez/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Doha,

L’avantage de mener 4-0 à la mi-temps, c’est qu’on peut vite faire de la seconde période un genre de jubilé à l’ancienne. Mi-football, mi-catch. Vous savez, les « Ronaldo friends vs Rest of the world » où l’on fait rentrer et sortir tout le monde, y compris le gardien, pour que chacun puisse participer à la fête. Et qu’importe qu’il s’agisse d’un 8e de finale de Coupe du monde. L’important, c’est la vie de groupe : Tite a donc fait rentrer Weverton à la place d’Alisson à dix minutes de la fin, alors que le gardien de Liverpool venait d’encaisser un « golaço » de Seung-Ho Paik pour fixer le score final à 4-1. La magie de la Coupe de France du riche.

« C’est un moment spécial pour moi, a déclaré le gardien, tout sourire en zone mixte. Ce n’était pas prévu. Le super match qu’on a fait a rendu mon entrée possible et m’a permis de sentir cette atmosphère spéciale sur le terrain. » Dix minutes plus tôt, on avait déjà trouvé assez folklorique l’entrée de Dani Alves à la place d’Eder Militão. Même joie chez l’ancien Parisien au moment d’expliquer l’utilité d’un tel turn-over.

« Je suis heureux d’avoir joué quelques minutes et d’avoir aidé comme je peux pour atteindre l’objectif. Beaucoup de gens ne s’en rendent pas compte, mais c’est grâce à l’équipe (largement remaniée) qui a joué contre le Cameroun que nous avons pu mettre cette intensité car les autres joueurs avaient eu du temps de récupération. »

S’enflammer ou relativiser, quelles conclusions tirer après la Corée ?

La question étant : quelles leçons tirer d’une rencontre pliée en une demi-heure face à un adversaire déjà heureux d’en être arrivé là et sans doute trop conscient de son infériorité sur le papier (n’enlevant en rien le fait que la Seleção a accouché d’un match de déglingos) ?

  • Le Brésil a utilisé tous ses joueurs : Conséquence du remplacement WTF d’Alisson à dix minutes de la fin, Tite est le premier entraîneur à avoir utilisé tous ses joueurs dans cette Coupe du monde. L’équivalent d’un trophée bronze sur Playstation adapté à la vraie vie.
  • Neymar a tenu le coup : Et il a même marqué sur penalty. Mais il n’était pas loin de craquer le jour de sa blessure contre la Serbie. « J’ai pleuré toute la nuit d’après, mais tout s’est bien passé au final., a confié le Parisien. Ça a valu la peine de rester jusqu’à 11h00 du matin le lendemain avec le kiné, puis tous les jours d’après. » A 30 piges, le Ney découvre enfin les bénéfices de l’entraînement invisible. Mieux vaut tard que jamais.
  • Le Joga Bonito n’est pas mort : Le but de Richarlison en est la preuve. Une série de jongles de la tête au bon souvenir de la fraude Kerlon puis un jeu en décalage avec… Thiago Silva et Marquinhos pour conclure le tout avec un sang-froid de lézard. En tribune presse, tout le monde a applaudi, certains se sont levés. Et nous, au milieu, on se demandait depuis combien de temps la Seleção ne nous avait pas autant fait vibrer.
  • Et Pelé vit dans les coeurs : Un petit tifo - toujours en anglais, on repassera pour l’autenticité - agité rapidement en seconde période et des mots doux des cracks de la Seleção, le roi a eu sa part de lumière dans ce glorieux 8e de finale de Coupe du monde. « « C’est difficile de parler de ça, mais je lui souhaite le meilleur, qu’il se remette le plus vite possible. J’espère qu’on lui a apporté du réconfort avec notre victoire », a déclaré Neymar. Vinicius va encore plus loin. « Cette victoire est pour lui, nous espérons que tout va bien se passer, qu’il va s’en sortir et qu’on sera champion pour lui ». Chiche ?



  • Tite sait aussi faire la danse du pigeon de Richarlison : En VO « a dança do pombo » est la marque de fabrique de l’attaquant de Tottenham. Inspiré d’un son de Mc Faísca e os Perseguidores - qui a réagi après le match - le move consiste à imiter les battements d’ailes, les secousses de la tête et même les bruits du pigeon. « C’était convenu avant le match, se marrait Richarlison après la rencontre. Tite m’a appelé et m’a demandé de lui apprendre la dança do Pombo ». Le sélectionneur expérimenté, réputé pour sa froideur quasi européenne, est bien décidé à s’éclater à fond avant de quitter le banc du Brésil après la Coupe du monde. Et il n’est pas le seul. A chaque pion marqué, les joueurs inventent une danse différente. Vinicius n’a pas l’intention de cesser. « J’espère qu’on va continuer à danser jusqu’à la finale ! »
  • Il ne vaut mieux pas trop partir à l’abordage contre cette équipe : L’attaquant du Real Madrid a sans doute, dans un élan d’autosatisfaction, donné un indice sur ce qu’il ne fallait surtout pas faire contre cette sélection auriverde. « Aujourd’hui [lundi], nous avons affronté une équipe qui nous a laissé de l’espace, et quand on nous laisse de l’espace, c’est compliqué pour les adversaires. » Josko Gvardiol prend note.
  • La Croatie a intérêt à bien récupérer : Dans leur malheur, les Croates auront quatre jours pour se remettre des 120 minutes + une séance de penaltys qu’aura coûtée la qualification contre le Japon. Quatre jours à passer en salle de massage, sur un vélo, en cryothérapie et en salle de sieste. Car en face, les Brésiliens sont frais comme des gardons. Ils peuvent remercier papy Alves et Weverton pour ça.