Manifestations en Iran : L’équipe nationale de football rattrapée par le mouvement de protestation

FOOTBALL La sélection iranienne s’est distinguée mardi soir en cachant le blason du pays au moment de l’hymne national, lors d’un match amical contre le Sénégal (1-1)

J.Lau. avec AFP
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Ici en janvier 2019 lors de l'Asian Cup, l'attaquant du Bayer Leverkusen Sardar Azmoun est l'un des symboles du mouvement de contestation qui émerge au sein de la sélection iranienne de football, à moins de deux mois du Mondial.
Ici en janvier 2019 lors de l'Asian Cup, l'attaquant du Bayer Leverkusen Sardar Azmoun est l'un des symboles du mouvement de contestation qui émerge au sein de la sélection iranienne de football, à moins de deux mois du Mondial. — Khaled DESOUKI / AFP

La préparation pour la Coupe du monde de football au Qatar (du 20 novembre au 18 décembre) est pour le moins perturbée pour la sélection iranienne. Les manifestations en cours en Iran ébranlent en effet l’équipe nationale quant à la position à adopter face à la répression du mouvement. Pour la « Team Melli », ce Mondial à ses portes s’annonçait déjà chargé politiquement, avec une rencontre de poule le 29 novembre contre les Etats-Unis. Mais le mouvement de manifestations qui secoue le pays depuis le 16 septembre et la mort de Mahsa Amini, 22 ans, trois jours après son arrestation à Téhéran pour non-respect du code vestimentaire, a rattrapé une équipe nationale influente dans un pays passionné de ballon rond.

Lors d’un match amical disputé mardi soir contre le Sénégal, près de Vienne en Autriche, des manifestants réunis à l’extérieur du stade ont scandé des slogans hostiles aux autorités de Téhéran et appelé les joueurs de l’équipe nationale à soutenir le mouvement en cours en Iran.



Une parka noire dépourvue de tout blason

« Nous sommes ici pour implorer l’équipe : s’il vous plaît, soutenez-nous au lieu de vous opposer à nous », a déclaré Mehran Mostaed, l’un des organisateurs du rassemblement. « Bien sûr qu’il y a des répercussions pour un joueur de football qui exprime son soutien au mouvement, parce qu’en Iran, les conséquences sont vraiment importantes pour ceux qui s’opposent au régime. Mais, clairement, ils doivent être prêts à en subir les conséquences », a-t-il ajouté.

Les joueurs de la « Melli » ont revêtu une parka noire dépourvue de tout blason et masquant le maillot de l’équipe nationale au moment de la présentation des équipes et des hymnes contre le Sénégal, sans toutefois donner d’explications à ce geste. Plus que tout autre, les déclarations de l’attaquant star de la sélection, Sardar Azmoun, qui évolue dans le club allemand du Bayer Leverkusen, sont scrutées à la loupe.

« Cela ne pourra pas être effacé de notre conscience »

Plus tôt cette semaine, des blogueurs iraniens amateurs de football ont publié des captures d’écran de messages postés sur le compte Instagram de Sardar Azmoun, où le joueur a évoqué le black-out régnant au sein de l’équipe : « En raison des règles restrictives pesant sur la Team Melli, je ne peux rien dire ». Mais l’attaquant de 27 ans avait semble-t-il décidé de passer outre, en estimant qu’il ne pouvait garder le silence face à la répression du mouvement en Iran, qui a fait plusieurs dizaines de morts.

« Cela ne pourra pas être effacé de notre conscience. Honte à vous », avait-il publié. Son commentaire a ensuite été supprimé et le contenu du compte Instagram du joueur, suivi par environ 5 millions de personnes, a disparu pendant plusieurs jours. Après le match amical contre le Sénégal, durant lequel Sardar Azmoun est entré en seconde période et a inscrit le but égalisateur de son équipe (1-1), son compte Instagram a refait surface et le joueur s’est excusé pour ses prises de position.


« Pas de division au sein de la Team Melli »

« Je présente mes excuses à mes camarades de l’équipe nationale car mes actions précipitées ont suscité des insultes de blogueurs à leur endroit et ont perturbé la paix et l’ordre au sein de l’équipe, a-t-il précisé. Il n’y a eu aucune pression sur moi pour écrire ou effacer un commentaire sur Instagram. Il n’y a pas de division au sein de la Team Melli. » Sardar Azmoun a ajouté un autre message pour soutenir une équipe féminine de volley-ball de Gonbad-e Qabus, sa ville natale, en soulignant que la mort d’Amini « a laissé une douleur dans le cœur de la nation que l’histoire n’oubliera jamais ».

Les manifestants qui réclament le soutien de leur équipe nationale peuvent aussi compter sur l’aura de l’autre grande star du foot iranien, l’ancien attaquant de la sélection Ali Karimi. Ce dernier a multiplié les prises de position sur les réseaux sociaux pour soutenir le mouvement de protestation en cours et dénoncer la mort d’Amini, estimant que « rien ne pourrait effacer cette ignominie ». « Je ne recherche que la paix, le confort et le bien-être des gens aux quatre coins du pays », s’est-il justifié.

Le légendaire Ali Daei a pris position

Le défenseur international Majid Hosseini, qui joue en Turquie à Kayserispor, et le milieu de terrain international Saeid Ezatolahi, prêté par le club danois de Vejle BK à l’équipe qatarie d’Al-Gharafa, ont eux aussi manifesté leur soutien sur Instagram. Ces déclarations ont été suivies d’un article de l’agence Fars appelant à son arrestation et suggérant que ses biens immobiliers en Iran pourraient être saisis.

D’autres grands noms du football iranien lui ont emboîté le pas, comme Mehdi Mahdavikia, ancien capitaine de la sélection nationale, qui a accusé les autorités d'« ignorer le peuple ». Quant à Ali Daei, un joueur légendaire dans son pays, il a exhorté le régime « de régler les problèmes du peuple iranien plutôt que de recourir à la répression, à la violence et aux arrestations ».