Manifestations en Iran : Attention à cette vidéo attribuée à Hadis Najafi, devenue le symbole de la révolte

FAKE OFF Si la vidéo ne montre sans doute pas Hadis Najafi, une jeune femme de 20 ans assassinée lors d’une manifestation en Iran, la symbolique reste inchangée

Lina Fourneau
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La vidéo de la manifestante de dos ne représente pas Hadis Najafi.
La vidéo de la manifestante de dos ne représente pas Hadis Najafi. — 20 Minutes
  • Le 13 septembre, une jeune Iranienne, Masha Amini, a été tuée après avoir été interpellée par la police des mœurs. Depuis, des manifestants sont descendus dans la rue pour dénoncer la répression du régime, notamment envers les femmes.
  • Mercredi 21 septembre, une manifestante a son tour été tuée de plusieurs balles. Elle s’appelait Hadis Najafi et avait 20 ans.
  • Sur les réseaux sociaux, de nombreux hommages utilisent une vidéo de la jeune femme, de dos, qui rejoint une foule de manifestants. Sauf que, d’après la BBC, il ne s’agit pas d’Hadis Najafi.

Depuis la mort de Masha Amini, arrêtée le 13 septembre par la police des mœurs pour ne pas avoir porté correctement son voile, la colère s’est installée dans les rues de Téhéran et partout en Iran. Plusieurs images et vidéos sur les réseaux sociaux montrent des centaines de personnes protester contre les autorités iraniennes, et notamment des femmes brûler leurs voiles en signe de protestation.

De nombreuses images sont devenues les symboles de cette nouvelle révolution iranienne, comme celle d’Hadis Najafi, tuée lors d’une manifestation. Mercredi 21 septembre, la jeune femme de 20 ans a été abattue en pleine rue par la police de six balles dans la tête, le cou et la poitrine. Dans cette vidéo devenue virale le week-end dernier, filmée de nuit à Karaj [dans l’ouest de Téhéran], on voit la jeune femme blonde nouer ses cheveux avant de rejoindre d’autres manifestants. Sauf que, d’après la BBC, ces images ne montrent pas Hadis Najafi, mais une autre femme.


FAKE OFF

Sur la vidéo, la femme est de dos et ne permet pas d’être reconnue. Pourtant, ce symbole de résistante au milieu de la foule a très vite été attribué par les médias et les réseaux sociaux à Hadis Najafi. Depuis sa mort, à travers ces images puissantes, la jeune fille est devenue le symbole du courage et de la bravoure des femmes iraniennes qui protestent contre la répression du régime.

Le problème, c’est que cette vidéo ne représente pas Hadis Najafi. Auprès de l’antenne iranienne de la BBC, une femme - qui a souhaité rester anonyme - a déclaré que c’était bien elle sur la vidéo, et non Hadis Najafi. Elle a également ajouté auprès de la chaîne que le but d’enregistrer cette vidéo était uniquement de donner aux jeunes filles iraniennes « le courage de descendre dans la rue ». « Je ne suis pas Hadis Najafi, mais je me battrai pour tous les Mahsas et Hadises », a-t-elle ajouté.


De multiples hommages

Il semblerait que l’image a trop rapidement été attribuée à Hadis Najafi par l’ensemble des médias à travers le monde. Dimanche, 20 Minutes relatait à son tour les faits : « Une vidéo de la jeune femme de 20 ans, se nouant les cheveux avant d’aller manifester, était devenue virale en ligne. Elle date de jeudi dernier, tout comme son exécution par les forces de sécurité d’Iran un peu plus tard ». La viralité de la vidéo n’aidant pas, les médias comme les réseaux sociaux ont rattaché l’image au symbole.

Par la suite, de nombreux hommages ont été publiés à travers des dessins ou des vidéos de la jeune femme de dos, se dirigeant droit vers la foule de manifestants. Pour autant, cela n’enlève pas le message de ce que représente la jeune iranienne de 20 ans, comme l’explique la témoin au micro de la BBC.

La révolte des femmes

Le phénomène actuel est inédit en Iran, car il a majoritairement été lancé par des jeunes femmes, descendues instinctivement dans la rue pour exprimer leur colère - comme pour affirmer que la mort de Masha Ramini était celle de trop. Depuis la révolution islamique de 1979, la liberté des femmes s’essouffle en Iran. Le voile a par exemple été rendu obligatoire dans les lieux publics. « Chaque fois que dans un autobus, un corps féminin frôle un corps masculin, une secousse fait vaciller l’édifice de notre révolution », justifiait à l’époque l’ayatollah Khomeini.

Plusieurs décennies plus tard, en 2021, une élection a aggravé leur situation : celle de l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi au pouvoir. Plusieurs droits ont alors à nouveau été empêchés, l’accès à la contraception a été durci et l’avortement presque interdit. En marge des contestations de ces derniers jours, ce même Ebrahim Raïssi a appelé à agir « fermement » contre les manifestants, qu’il accuse de porter « atteinte à la sécurité et le pays du pays et du peuple ».

D’après l’ONG Iran Human Rights (IHR), plus de 75 personnes ont été tuées en Iran depuis le début de la répression. L’organisation, basée en Norvège, affirme avoir des preuves en vidéos et des certificats de décès qui attribueraient ces décès à « des tirs à balles réelles ». Les autorités iraniennes ont indiqué, lundi, que plus de 1.200 manifestants avaient été arrêtés depuis deux semaines.