Manifestations en Iran : Mahsa Amini est morte après « un coup à la tête », selon son cousin

Récit Le décès de la jeune femme interpellée par la police des mœurs est à l’origine du mouvement de manifestations en Iran

20 Minutes avec AFP
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Les manifestations en soutien aux Iraniennes et réclamant justice pour Mahsa Amini se multiplient en Occident, comme ici à Lyon.
Les manifestations en soutien aux Iraniennes et réclamant justice pour Mahsa Amini se multiplient en Occident, comme ici à Lyon. — KONRAD K./SIPA

Depuis près de deux semaines, l’Iran s’est embrasé. Les manifestations se succèdent à Téhéran, dans un ample mouvement de libération des femmes et de contestation contre le régime. L’élément déclencheur fut la mort de Mahsa Amini, jeune Iranienne de 22 ans. Erfan Salih Mortezaee, son cousin installé en Irak, raconte les faits en détail, qu’il tient d’un appel téléphonique avec la mère de Mahsa après ce funeste 13 septembre.

La jeune femme se trouvait à Téhéran pour des vacances en famille avant d’entamer ses études universitaires dans la province de l’Azerbaïdjan occidental. Mahsa, son frère de 17 ans et d’autres femmes de la famille, ont voulu faire un tour dans la capitale. En sortant de la station de métro Haghani, « la police des mœurs les a stoppés, interpellant Jhina et ses proches », raconte le cousin, engagé dans le groupe nationaliste kurde iranien Komala, qui lutte contre le pouvoir iranien, appelant sa cousine par son prénom kurde.

Heurts avec la police des mœurs

Le jeune frère a essayé d’amadouer les forces de l’ordre en expliquant qu’ils sont « à Téhéran pour la première fois » et « ne connaissent pas les traditions » locales. Rien n’y fait. « Le policier lui a dit “nous allons l’embarquer, lui inculquer les règles et lui apprendre comment porter le hijab et comment s’habiller” », ajoute le cousin, assurant que la jeune femme était « habillée comme toutes les femmes en Iran, et portait un hijab ».

En Iran, les femmes doivent se couvrir les cheveux et le corps jusqu’en dessous des genoux. Mais au quotidien, une grande partie d’entre elles s’autorisent certaines libertés – un foulard négligemment noué sur les cheveux, par exemple. « Les policiers ont frappé Jhina, ils l’ont frappée devant son frère, il est témoin, insiste Erfan Salih Mortezaee. Ils l’ont giflée, avec un bâton ils l’ont tapée aux mains, aux jambes. »

Trois jours de coma

Ils ont également pulvérisé un spray au poivre au visage de son frère, pour le neutraliser, avant d’emmener les femmes dans un van de la police des mœurs. Direction leurs locaux, rue Vezarat. Les coups vont se poursuivre à bord du véhicule. « Quand ils l’ont frappée à la tête avec le bâton, elle a perdu connaissance. » Après son arrivée au poste, il a fallu attendre encore au moins une heure et demie avant qu’elle ne soit transportée à l’hôpital, selon son cousin.



Après trois jours dans le coma, son décès sera prononcé le 16 septembre. Toujours selon le récit de la mère rapporté par le cousin, les médecins à l’hôpital ont informé la famille que leur fille « avait reçu un violent coup à la tête ». Les autorités nient toute implication dans la mort de Mahsa Amini. Mais depuis, la famille a porté plainte selon Me Saleh Nikbakht, leur avocat cité mercredi par l'agence de presse Isna, et des Iraniens manifestent tous les soirs contre son décès.